GILETS JAUNES : AVEC LEUR COMBAT, CONTRE LES DERIVES ANTISEMITES

Ce samedi, les Gilets jaunes ont encore surpris tout le monde. Leur lutte n'est pas finie, comme le croyait le pouvoir. Mais il y a eu des dérives antisémites inacceptables

Le samedi 22 décembre aura été le jour des surprises : personne ne s'attendait à ce que la mobilisation des Gilets jaunes se maintienne, ce qu'elle a réussi à faire à deux jours de Noël, même s'il y avait moins de monde cette fois. Cela montre que les reculs du gouvernement, réels, ne suffisent pas, tant est grand le mécontentement qui a explosé à l'occasion de cette mobilisation. Ce mouvement n'est pas terminé et il conviendrait que les gauches, Edwy Pleyel l'a écrit, l'appuient avec plus de détermination. Mais aussi sans cacher leurs désaccords avec certaines manifestations problématiques.

Or, ce samedi, il y eut un gros problème sur les marches du Sacré-Cœur à Paris. Un groupe non négligeable de GJ faisait la quenelle antisémite de Dieudonné, l'un d'entre eux au moins faisant même le salut nazi. Le même jour, dans le métro, des Gilets jaunes, éméchés, insultaient une vieille dame qui leur avait demandé de cesser le geste ignoble de la quenelle. Quelques jours plus tôt, une banderole ciblait des responsables juifs. Tout cela montre qu'une partie du mouvement, certes minoritaire et sans doute inspirée par l'extrême droite, confond le rejet d'un système injuste avec la désignation d'un bouc-émissaire, toujours le même depuis si longtemps.

Quel est le rôle de la gauche dans ces conditions ? Tweeter que l'antisémitisme est inadmissible, comme Clémentine Autain, Yann Brossat ou Esther Benbassa l'ont fait  très vite. Certes. Mais aussi expliquer aux GJ qu'ils se trompent d'adversaire et tout faire pour qu'ils ne se laissent pas entraîner part ces fascistes qui gangrènent le mouvement. La décapitation de Macron à la manière de Daesh, ce n'est pas mieux. La haine des individus ne conduit à rien, elle détourne des vraies questions, elle est toujours d'extrême droite. Ces dérives sont d'autant plus problématiques qu'il y en eut sur les migrants, les noirs, les homosexuels... Un des leaders facebookiens, parti du prix de l'essence, en arriva à considérer qu'il y avait top de musulmans en France !

Alors, à part ces quelques personnes citées (à féliciter), la gauche a-t-elle réagi aux événements de samedi ? Le NPA a fait un long communiqué où une ligne dénonce "des propos haineux". Pourquoi ne pas dire les mots : "Juifs", "antisémitisme" feraient-ils peur ? Il fut un temps où la Ligue Communiste n'hésitait pas à dire ces mots et à dénoncer les antisémites. Quant à Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard, ils ont réclamé la libération d'Éric Drouet, un des leaders, peu progressistes du mouvement des GJ, mais n'ont rien dit sur l'antisémitisme. Les leaders des GJ, si prolixe sur tout et rien, n'ont pas jugé utile de facebooker, semble-t-il. Ils ont tort : ces dérives décrédibilisent leur mouvement.

Soutenir les Gilets jaunes de manière opportuniste, sans rien dire sur les dérives de certains, cela ne mène la gauche à rien, cela lui fera juste perdre son honneur. Et cela laisse le gouvernement dénoncer presque seul ces dérives. La gauche, ce n'est pas se taire pour ne pas choquer les pauvres, Ou alors ce n'est plus la gauche, c'est peut-être cela le problème. Et c'est bien souvent sur l'antisémitisme que la gauche s'est tue, au début de l'affaire Dreyfus comme ces dernières années. 

 

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