Macron le petit, car petitement élu

Près de 84 % des Français n'ont pas voté pour Mr Macron, et près de 86 % d'entre eux n'ont pas voté pour les candidats de la majorité présidentielle. Ils ont la même légitimité à définir la ligne politique du pays que les – rares – électeurs d'Emmanuel Macron.

Comment expliquer que le président de la République et son gouvernement se retrouvent face à des Gilets jaunes très nombreux qui contestent sa politique et qui sont soutenus par les trois quarts des Français selon les sondages, alors qu'il a été élu 18 mois plus tôt par plus de 66 % des électeurs et que son mouvement LREM a obtenu 350 députés sur 577, soit près de 61 % ?

Que certains de ses électeurs aient été déçus ne peut à lui seul expliquer cette chute vertigineuse. En fait, il y a plusieurs effets d'optique qui biaisent la présentation des résultats des élections :

1) Au second tour, certains électeurs ont voté non pas pour le candidat Macron ou pour le candidat LREM, mais contre l'autre candidat – Marine Le Pen par exemple à la présidentielle. Les vrais électeurs de l'actuelle majorité sont ceux qui ont choisi le ou les candidats LREM au premier tour, bien moins nombreux.

2) Les pourcentages généralement annoncés – et que nous avons repris plus haut – sont calculés sur le nombre de votes exprimés, donc sans tenir compte des votes blancs ou nuls, qui ensemble ont représenté aux premiers tours de la présidentielle et des législatives respectivement 2,6 et 2,3 % des votants, et 13 et 11 % aux seconds tours.

3) Ces pourcentages ne tiennent pas compte non plus des abstentionnistes, c'est-à-dire des électeurs inscrits qui n'ont pas été voter. Or ceux-ci ont représenté 22,2 et 25,5 % des inscrits respectivement aux premier et second tours de la présidentielle, ces chiffres montant respectivement à 51,3 et 57,4 % aux législatives.

4) Ils ne tiennent pas compte non plus des Français adultes qui ne se sont pas inscrits sur les listes électorales. Leur nombre est plus difficile à établir précisément. Dans un communiqué de 8 mars 2017, soit six semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle, le ministère de l'intérieur a annoncé que le corps électoral se divisait en 45,678 millions d'inscrits en France, soit 88,6% des Français majeurs résidant sur le territoire, et 1,3 million de Français établis hors de France inscrits sur les listes électorales consulaires. On peut en déduire qu'à cette époque il y avait 51,555 millions de Français majeurs résidant sur le territoire, auxquels il faut ajouter 1,300 millions de Français établis hors de France et inscrits. Cela donne un potentiel d'inscrits de 52,855 millions de Français, sans tenir compte des Français majeurs établis hors de France et qui ne se sont pas inscrits – impossibles à estimer. On peut faire l'hypothèse que ce nombre de près de 53 millions n'a guère varié entre le 3 mars et les différents tours électoraux. Cela donne un nombre a minima de non inscrits de plus de 5 millions.

Or tous ceux qui ont voté blanc ou nul, qui se sont abstenus ou qui ne se sont pas inscrits sur les listes électorales sont des Français majeurs qui sont tout aussi légitimes pour définir la politique de la France que ceux qui se sont exprimés lors des élections. Ils sont près de 17 et 21 millions respectivement aux premier et second tours de l'élection présidentielle, équivalents à 47 et 68 % des votes exprimés, ce qui est loin d'être négligeable. Ces chiffres se montent respectivement à 30 et 35 millions aux élections législatives, soit 133 et 191 % des votes exprimés, ce qui est énorme.

Finalement, quel pourcentage de Français ont réellement voté pour Mr Macron au premier tour de la présidentielle ou pour les candidats LREM au premier tour des législatives ? 16,4 % et 13,9 % seulement.

En d'autres termes près de 84 % des Français n'ont pas voté pour Mr Macron, et près de 86 % d'entre eux n'ont pas voté pour les candidats de la majorité présidentielle.

Les pourcentages annoncés de votes en faveur du candidat Macron ou des candidats de sa majorité sont trompeurs et ne disent finalement pas grand chose de l'adhésion des Français à sa politique. La force des Gilets jaunes et le soutien qu'ils ont dans l'opinion n'ont donc rien d'étonnant.

Ceux qui ont voté Macron ou LREM aux deuxièmes tours faute de mieux, ceux qui ont voté blanc ou nul, ceux qui se sont abstenus, ceux qui ne se sont pas inscrits sur les listes électorales sont des Français comme les autres : ils ont la même légitimité à définir la ligne politique du pays que les – rares – électeurs d'Emmanuel Macron. Et ils sont très très nombreux. Ils sont en droit de dire « Macron démission ».

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.