A propos d'une définition de l'antisémitisme

A propos d'une définition de l'antisémitisme

Les dictionnaires nous apprennent que les Sémites représentent un ensemble de peuples issus d'un même groupe ethnique et que les principaux de ces peuples sont les Juifs et les Arabes. Pourtant, a la définition de l'antisémitisme relevant de la simple étymologie qui voudrait que «l'antisémitisme soit le racisme dirigé contre les Sémites », ces mêmes dictionnaires en donnent un autre a savoir que " l'antisémitisme est le racisme dirigé contre les Juifs".

Dans cette acception concernant les seuls juifs, on peut noter que le terme n'a été forgé qu'à la fin du XIXe siècle par 1'Al1emand Wilhelm Marr lequel, dans son ouvrage "La victoire du judaïsme sur l'Al1emagne" (ouvrage devenu le "premier best-seller antisémite") démontrait que son hostilité a l'égard des juifs obéissait non pas a des motifs religieux mais au rôle social et économique prépondérant des juifs vus comme « d'origine étrangère ». 

Comment expliquer la survivance de cette définition restrictive et a priori surprenante ?

La raison essentielle me parait être la caractère très récent du racisme anti-arabe alors que le racisme anti-juif disons l'antisémitisme banal des dictionnaires est a la fois fort ancien et qu'il a été souvent spectaculaire par sa violence. Depuis le grammairien grec Apion et l'historien romain Tacite qui accusèrent les Juifs des pires abominations, depuis les Empereurs romains (Vespasien, Trajan, Hadrien) qui menèrent des guerres anti-juives particulièrement sanglantes jusqu'aux théoriciens nazis et a la Shoah en passant par Holbach, Voltaire et Karl Marx..., les formulations théoriques anti-juives ou les manifestations sur le terrain, brutales voire sanglantes, n'ont jamais cessé au cours des deux derniers millénaires.

A coté de cet antisémitisme laïc très virulent, que dire de l'antisémitisme chrétien, et plus particulièrement de l'antisémitisme catholique, bien analysé depuis un demi-siècle ?

Quant au racisme anti-arabe, peut-être est-il apparu chez les chrétiens dans leur reconquête de la "Terre Sainte" bien qu'il ait procédé avant tout d'un sentiment anti-musulman, les chrétiens allaient combattre les Infidèles mais c'est manifestement le développement de l'idéologie sioniste qui, depuis un siècle et plus particulièrement depuis la création de l'Etat d'Israël, l'a engendré et ce avec une ampleur inégalée.

Et l'Occident, n'est pas sans avoir subi une certaine contagion de ce racisme anti-arabe engendré par le sionisme.

En 1947, l'attribution par l'ONU aux sionistes des terres possédées par les Arabes tenus pour "quantité négligeable" est un exemple de cette "culture du mépris" (selon l'expression de Jules Isaac appliquée aux chrétiens vis-a-vis des juifs) culture a laquelle succède volontiers le racisme lorsque, comme c'est le cas, une ethnie est en cause. 

A l'époque actuelle, a partir des réalisations des Israéliens depuis 65 ans, réalisations qui ne manquent pas certes d'être remarquables dans bien des domaines, un certain discours ne justifie-t-il pas a retardement l'attribution autoritaire des terres aux sionistes « puisque les Arabes sont incapables de faire fructifier leur pays » et qu'ils « peuvent aller dans les pays musulmans de voisinage » ?

 L'antisémitisme lié au sionisme

Fait remarquable, 1e racisme anti-arabe caractérisé de nombre de juifs israéliens n'a guère engendré de racisme anti-juif. Alors que l'antisémitisme ordinaire a toujours sévi et sévit toujours a1'époque moderne, notamment dans sa manifestation dite "négationnisme", dans les populations de tradition chrétienne, croyantes ou non-croyantes, politiquement "de gauche" ou "de droite" et d'autant plus qu'elles sont "croyantes" ou"extrémistes", il est resté marginal ou inexistant chez les Arabes. Bien des autorités arabes (Mohammed V au Maroc, Bourguiba en Tunisie...) ont toujours défendu leurs ressortissants juifs et c'est dans le monde arabe que les juifs chassés d'Espagne se sont réfugiés tout au long de l'Histoire.

Certes, certains milieux islamistes peuvent parfois faire ressurgir quelques différends survenus jadis entre le prophète Mahomet et les tribus juives de l'Arabie, mais il n'y a jamais eu de contentieux doctrinal entre le judaïsme et l'Islam alors que l'antagonisme entre les religions juive et chrétienne, qui s'est manifesté de façon dramatique a de multiples reprises, est fondamental et à jamais irréductible.

On sait que les juifs mépriseront toujours les chrétiens pour avoir fait d'un juif un dieu et que les chrétiens, de leur coté, déploreront toujours avec une certaine condescendance que les juifs se soient, par leur rejet du Christ, amputés de la Rédemption chrétienne. C'est ainsi que l'opposition des Arabes est dirigée essentiellement en Palestine/Palestine, non pas contre les juifs avec leur tradition ou leur culture d'origine religieuse, mais contre les sionistes dont l'idéologie les opprime depuis plus d'un siècle.

L'antisémitisme chez les Arabes a essentiellement vu le jour il y a quelques années lorsque, en Europe, ont circulé les thèses niant le génocide juif, thèses adoptées alors par quelques intellectuels.

I1 reste malgré tout que les violences et les injustices inouïes engendrées par le sionisme pendant tant d'années à l'encontre d'un peuple totalement innocent des malheurs juifs et ce avec le soutien aveugle de nombre de juifs occidentaux  auront finalement abouti, par un phénomène de généralisation abusif mais banal, a faire pénétrer durablement l'antisémitisme au sein de populations qui précédemment en étaient pratiquement indemnes !

Si le sionisme a manifestement fait naître l'antisémitisme chez les Arabes, il est évident que le phénomène peut, en Occident où il est endémique, revêtir une tout autre ampleur. Les attaques de synagogues ou la destruction des symboles juifs a la suite de la sanglante répression contre les Palestiniens lors de l'Intifada 2000, sont des exemples caractéristiques où un amalgame se créé a l'occasion de l'opposition justifiée aux sionistes d'Israël. 

Mais, par dela ce type d'antisémitisme "primaire" suscité par les exactions sionistes il y a des attitudes collectives bien plus efficaces pour perpétuer l'antisémitisme. Comment le statut hors-normes d'Israël, a la fois revendiqué par les sionistes et accordé par le monde non-juif pour des motifs divers : ignorance de l'idéologie sioniste, intimidation face au lobby, intérêt quelconque..., avec l'indulgence coupable qui en découle, pourrait-il ne pasêtre un de ces facteurs en faisant des juifs, non pas des hommes "différents", tous les hommes le sont, mais fondamentalement "autres". Comment l'exploitation caractérisée par les sionistes de la Shoah exploitation dénoncée par tant de juifs lucides, telle Esther Benbessa dans un article de Libération (1 1/09/00) : « La Shoah comme religion » — pourrait-il ne pas être un autre de ces facteurs ?

OU EN EST ISRAEL ?

Par sa capacité intellectuelle, gage d'une recherche de pointe dans de nombreux domaines, par ses réalisations industrielles, son commerce, son agriculture, son armée... Israel est devenu en soixante-cinq ans ans une super-puissance régionale et a surpassé nombre de nations, telles l'Espagne ou la Nouvelle-Zélande. 

Pourtant, malgré cette force, Israel est de plus en plus fragile...

Une société minée par le doute et la mauvaise conscience

Certes, ce doute et cette mauvaise conscience ne concernent pas les juifs religieux, ni les juifs inconditionnels que l'on trouve dans de nombreux pays occidentaux, mais un nombre notable d'Israéliens instruits lesquels ont commencé, grâce au travail de leurs historiens modernes, a ouvrir les yeux sur les mensonges perpétués par les sionistes depuis 65 ans, à s'interroger sur la légitimité d'Israël, voir de la contester ouvertement comme le font certains intellectuels.

 

 



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