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Billet de blog 10 novembre 2009

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Identités : retour gagnant ...

Le débat politicien Besson-Sarkozy sur l’identité nationale n’est pas qu’une grosse ficelle électoraliste, tout comme la création en 2007 du Ministère correspondant. Officiellement, il est justifié par la nécessité de mettre en place des protections afin de préserver l’intégrité de la « nation française » menacée par des vagues incessantes d’immigrés inassimilables (principalement musulmans du Maghreb et africains). Objectivement, sa fonction, peut-être impensée, est de circonscrire un « danger » autrement plus menaçant pour elle, à savoir le retour dans le champ géopolitique des « nations sans état ».

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Le débat politicien Besson-Sarkozy sur l’identité nationale n’est pas qu’une grosse ficelle électoraliste, tout comme la création en 2007 du Ministère correspondant. Officiellement, il est justifié par la nécessité de mettre en place des protections afin de préserver l’intégrité de la « nation française » menacée par des vagues incessantes d’immigrés inassimilables (principalement musulmans du Maghreb et africains). Objectivement, sa fonction, peut-être impensée, est de circonscrire un « danger » autrement plus menaçant pour elle, à savoir le retour dans le champ géopolitique des « nations sans état ».

Quand l’électoralisme rend aveugle

C’est justement la distance interculturelle et la faible volonté intégratrice des uns et des autres qui fait de la menace extérieure un véritable « tigre de papier ». Très utile hier pour siphonner les électeurs du FN à la présidentielle, réactivé aujourd’hui pour repêcher parmi eux les déçus du sarkozysme incarné. L’identité nationale en question aujourd’hui véhicule en fait une confusion fatale entre Etat et Nation. En effet, le fallacieux concept d’ « État-nation » présuppose un État qui coïncide avec une nation, c'est-à-dire la concordance entre une notion d'ordre identitaire, un sentiment partagé d'appartenance à une communauté, la nation, et une notion d'ordre juridique, une forme de souveraineté et d'institutions politiques et administratives qui l'exercent, l'État. Cette concordance maintenue par la coercition des appareils d’Etat est rongée par l’Histoire. Les nations historiques, même très affaiblies, n’ont jamais cessé d’exister (en tant que « petites patries » par exemple). Au moindre relâchement, à la moindre opportunité historique, elles retrouvent naturellement vigueur et légitimité en s’appuyant sur la permanence de leur territoire. La construction européenne, motivée par des fortes évolutions macro-économiques, a apporté dans ses bagages un principe fondateur -la subsidiarité*- qui a ouvert la boîte de Pandore en revitalisant les nations historiques.

10 jours pour traverser la rue

C’est le directeur de la Maison de la Généralitat de Catalunya à Perpignan qui le rappelle : une lettre postée du côté français dans le village frontalier du Perthus met 10 jours pour traverser la rue ! Un bon exemple pour comprendre la puissance réformatrice de la logique de subsidiarité : si l’on veut vraiment mettre fin à cette absurdité, il n’est pas d’autre solution que d’effacer la frontière ! Rapporté à l’ensemble des activités économiques et sociales, par exemple sur un territoire comme la Catalogne qui s’est constitué dans le temps précisément sur cette logique, ce sont toutes les frontières crées au moment des révolutions politiques qui ont précédé ou accompagné la révolution industrielle qui doivent être reconsidérées. On en voit déjà les effets en Cerdagne. Sans arrêt, les programmes transfrontaliers à l’œuvre ou en gestation démultiplient les effets ravageurs de la subsidiarité en acte. Il en résulte que les revendications dites « régionalistes » ne relèvent plus d’un passéisme romantique et folklorique mais sont devenues l’expression des nouvelles lois d’airain du capitalisme mondialisé. Ce sont de vraies « communautés de fait » qui se mettent en place ignorant les frontières qui traversent des territoires toujours vivaces. Les jacobins les plus endurcis eux-mêmes sont contraints d’y participer.

Les identités retrouvées marchent à l’ombre des débats byzantins …

Pendant que Paris s’efforce d’attiser les sentiments xénophobes et mobilise ses préfets pour disserter sur la burqa, la multiplication des programmes transfrontaliers subventionnés par l’Europe, l’inventivité propre à un « génie territorial » très peu entamé par l’histoire récente sont en train de jeter les bases de futures « communautés de droit » dans les périphéries d’un jacobinisme déclinant. D’ailleurs, toutes les logiques à l’œuvre actuellement dans cette nouvelle donne, y compris dans la crise, concourent à la reconstitution des nations historiques. Certains crieront au scandale et verront s’écrouler leurs constructions mentales ; d’autres, toujours établis sur leurs territoires, s’en réjouiront … et pousseront à la roue de l’Histoire …

* Le principe de subsidiarité est une approche politique et sociale pour laquelle l’action publique, doit être exercée par la plus petite entité administrative capable de gérer rationnellement les problèmes.

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