LAURENT BERGER : MOUTON DU MEDEF ET DU POUVOIR

Ce 1er-Mai 2015 a été l’occasion, pour Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, de se répandre dans de nombreux médias. Deux mots : cambouis et déringardiser ont dominé ses propos. Tout cela sous couvert de modernisation. Que se cache-t-il derrière ces mots ?

Notre homme a de très hautes ambitions pour le syndicalisme du 21ème siècle. C’est pourquoi, en vue de cet objectif louable, la CFDT, dit-il, « met les mains dans le cambouis pour faire des propositions quels que soient ses interlocuteurs ». Et comme il est très sensible, Laurent Berger n’apprécie pas du tout, mais alors pas du tout, qu’on puisse dire de lui qu’il est l’interlocuteur privilégié du gouvernement. Pour aggraver son cas, j’ajoute qu’il est aussi l’interlocuteur privilégié du MEDEF.

Mettre les mains dans le cambouis cela signifie se salir les mains. Comment mieux se salir les mains, pour une organisation syndicale, que de participer aux plus basses besognes contre les salariés, en signant des accords scélérats (gagnants pour les patrons, perdants pour les salariés). C’est-à-dire que les syndicats de travailleurs ne devraient plus être là pour faire progresser leurs droits sociaux, mais pour les leur faire perdre plus ou moins vite selon leur degré de résistance.

Pour Laurent Berger et la CFDT, la modernisation, pardon la déringardisation, du syndicalisme c’est cela. On comprend mieux pourquoi ceux-ci sont les chouchous du MEDEF, des gouvernements successifs et des médias.

Il s’agit là d’une véritable perversion du syndicalisme, qui est dans la droite ligne de l’évolution de la CFDT mise en œuvre par les prédécesseurs de Laurent Berger depuis 1971. En février 2013, déjà, dans un article que vous pouvez retrouver ici-même dans ce blog (http://robertmascarell.overblog.com/apr%C3%A8s-la-cfdt,-la-carri%C3%A8re-est-juteuse), j’ai imagé cette évolution par le déroulement de la carrière des dirigeants de la CFDT, après qu’ils aient quitté leur fonction à la tête de leur organisation. Tous sont devenus des stipendiés du patronat et/ou des pouvoirs successifs.

D’ores et déjà, Laurent Berger a probablement assuré la suite de sa carrière, lorsqu’il ne sera plus le secrétaire général de la CFDT. Mais reconnaissons-lui un mérite. Il dit beaucoup plus crûment que ses devanciers ce qu’est l’objectif poursuivi par la CFDT : faire accepter par les salariés la perte de leurs droits sociaux, sans mettre en cause une seule seconde l’aggravation des inégalités sociales au profit des employeurs.

Pour ce faire, il fait siennes les thèses du patronat et des gouvernements successifs sur l’inexistence de la lutte des classes et sur la nécessité de conformer les droits des salariés aux règles économiques et sociales de la mondialisation capitaliste. Bref, au nom de la compétitivité, les travailleurs, en particulier, et la société, en général, doivent accepter la généralisation de la précarité et du moins disant social.

J’exagère ? Que nenni ! Je cite ce que disait Laurent Berger le 21 avril 2015 : « Quand un syndicat accepte de discuter, voire de s'engager, il est dans le partage de risques. » http://bfmbusiness.bfmtv.com/emploi/laurent-berger-cfdt-met-mains-cambouis-759283.html 

Vous avez bien lu. Pour Berger, les salariés doivent partager les risques avec leurs patrons, mais pas leurs profits.

De même, à la manière du MEDEF, le 11 février 2014, il a exhorté le gouvernement à aller beaucoup plus vite en matière de réduction du nombre de fonctionnaires : « Le gouvernement fait du rabot quand il faut faire des choix ». http://www.bfmtv.com/politique/laurent-berger-le-gouvernement-fait-rabot-faut-faire-choix-707598.html.

Enfin, à propos de ce 1er-Mai 2015, Laurent Berger a estimé qu'il « faut arrêter de considérer qu'il y a des traditions immuables. On entend depuis ce matin parler du -traditionnel défilé du 1er mai-. La CFDT ne défile pas aujourd'hui. » http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualites/laurent-berger-cfdt-veut-deringardiser-le-syndicalisme_1676507.html

Ainsi, ce rendez-vous de luttes ouvrières à travers le monde, gagné avec leur sang par les ouvriers à la fin du 19ème siècle, est ravalé au niveau d’une tradition sans signification par ce responsable syndical, comme une simple fête religieuse dont l’origine fumeuse remonte à 2000 ans. Pitoyable.

Dussé-je passer pour un indécrottable ringard, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour que le syndicalisme demeure un syndicalisme de luttes, mieux de lutte des classes, afin d’améliorer les droits sociaux, économiques et même politiques des travailleurs.

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