LE CAPITALISME MONDIALISÉ, UN TIGRE DE PAPIER !

Bien au-delà de Macron et même de l’Union européenne, le mouvement des Gilets jaunes trouve sa source, à mes yeux, dans les absurdités criminelles du capitalisme mondialisé et financiarisé. Absurdités mettant en péril l’existence de toutes les espèces vivantes sur Terre. L’Union européenne et Macron n’étant que les fondés de pouvoir, chacun à son niveau territorial, du capitalisme mondialisé.

Rien ne serait plus réducteur que de limiter les débats tournant autour de l’Union européenne et du Brexit aux seuls problèmes de ses États membres. Lesdits problèmes s’inscrivent nécessairement dans une appréhension des desiderata des dirigeants mondiaux du système financier. Ce sont eux les vrais détenteurs du pouvoir. L’Union européenne n’est qu’un avatar de leur doctrine fondée sur la concurrence libre et faussée, ouvrant la porte à toutes les formes de dumping, et donc à toutes les formes de concurrence déloyale entre tous les États, toutes les entreprises, tous les hommes. Compétition et compétitivité sont leurs maîtres mots. Le profit maximum et immédiat leur seul objectif, au bénéfice de leur seule classe sociale. Et tant pis si leur quête va précipiter la fin de toutes les espèces vivantes sur Terre, y compris la nôtre.

Les apparences veulent que le système financier mondial semble inexpugnable au plus grand nombre, dans le monde comme en France. Or, rien n’est plus faux. En réalité, la lecture assidue de l’œuvre de Marx m’a permis de comprendre qu’en 1956, lorsque Mao Tsé-Toung a moqué le capitalisme sous les traits d’un tigre de papier, il avait raison. Et je n’ai jamais été maoïste.

Par les outrances de la spéculation financière, ce système est parvenu en même temps au faîte de sa puissance, mais aussi de son extrême fragilité. L’économie de tous les pays est placée sous l’empire des caprices des spéculateurs. La bulle financière, circulant à travers le monde à la vitesse de la lumière, peut à tout moment exploser en vol. Souvenons-nous de la crise des subprimes en 2008. L’ensemble du système capitaliste mondial est passé près du collapsus, après la mise en faillite de la banque américaine Lehman Brothers, agissant comme un domino faisant tomber de nombreux autres dominos. Ce système n’a dû son salut, pour l’essentiel, qu’à la transformation en dette publique de la dette privée spéculative accumulée par les banques et autres organismes financiers, placés de fait en état de cessation de paiements par leurs inconséquences. C’est-à-dire que la dette de ces banques faillies a été prise en charge par tous les contribuables. Pour justifier le sauvetage des banques privées, les chefs d’État ou de gouvernement, dont Sarkozy, ont forgé le slogan : « Too big to fail », trop gros pour tomber. Sous-entendu, laisser tomber une banque peut entraîner en cascade la chute de tout le système financier mondial.

 

LA FRANCE TOO BIG TO FAIL

Ce qui vaut pour une banque, vaut évidemment bien plus pour un pays, surtout quand il est de la taille de la France.

En 2019, le système capitaliste mondial est encore plus puissant et encore plus fragile qu’en 2008. La bulle spéculative s’est reformée, elle est même bien plus énorme. Un événement spéculatif d’une certaine dimension ou politique, survenant dans un pays comme le nôtre peut faire exploser la bulle financière et provoquer une crise économique mondiale.

Il y a donc lieu que la France tire force de cette situation et de ses spécificités uniques au sein de l’Union européenne.

Sauf que, par un extraordinaire renoncement à toute dignité, les déclinistes français, qui se succèdent au pouvoir à jets continus depuis 1983, à commencer par les présidents de la République et les gouvernements successifs de droite comme de « gauche », nous expliquent doctement que la France est devenu un tout petit pays à l’échelle du monde et même à l’échelle européenne, que sa dette publique est incommensurable, bref, que son peuple doit accepter sans mot dire tous les reculs sociaux induits par la mondialisation et mis en musique par l’Union européenne. Tout cela au nom de la soi-disant concurrence libre et non faussée, en réalité totalement déloyale, dont découle le mortifère libre-échange. Ils tentent même de nous faire croire que leur système économique est le seul possible puisqu’il procéderait d’un ordre naturel des choses. La preuve qu’ils ont raison, disent-ils, c’est que tous les autres systèmes économiques ont échoué. Et de nous renvoyer constamment à feue l’URSS.

Mais pourquoi ai-je dit que le renoncement de nos déclinistes à toute dignité était délibéré ? Tout simplement parce qu’ils sont entièrement asservis aux intérêts de la finance mondialisée et que le peuple français est pour tout ce « beau » monde, le plus rétif, le plus résistant à leurs théories fumeuses. De sorte qu’il s’agit de nous réduire à leur merci. Ces gens ont donc fait le choix intentionnel de trahir leur peuple.

Les spécificités de la France, qui sont autant d’atouts, c’est, en premier lieu, sa position géographique idéale. À l’extrême ouest de notre continent, ouverte par ses océan et mer sur l’Europe du Nord, les Amériques, l’Afrique et l’Orient. La France est aussi la seule porte d’entrée territoriale au reste de l’Europe pour deux États membres de l’Union européenne, dont le quatrième : l’Espagne et le Portugal. De ce seul fait, le trafic commercial entre ces deux pays et le reste de l’Europe, transitant obligatoirement à travers la France, par trains ou par camions, ne peut se faire qu’aux conditions posées par la France. Si bien qu’ipso facto, la France ne parle pas qu’au nom de ses 67 millions d’habitants. L’ensemble ibérique plus la France dépassent les 125 millions d’habitants et pèsent bien plus que le PIB de l’Allemagne, par exemple.

Les possessions ultramarines de la France sont un autre de ses atouts. En comptant toutes ses eaux territoriales, entourant la métropole et tous ses territoires ultramarins jusqu’à 200 miles marins (370 km) au-delà de leurs rivages, selon le droit marin international, la France est le deuxième pays le plus étendu au monde, après les États-Unis. Pour comparer, la superficie de la France est de 10 460 176 km², celle de la Grande Bretagne est de 5 714 564 km², de l’Espagne 1 545 225 km², de l’Italie 843 251 km², de l’Allemagne 414 599 km²,…. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_%C3%A9conomique_exclusive).

Qui peut nier que les mers et les océans recèlent des richesses considérables ? Au plan énergétique, grâce à la force du vent, des marées, de la houle, des écarts de température,…... C’est une source inépuisable, renouvelable et écologique de production d’énergie. Au plan alimentaire, si la ressource halieutique est bien gérée écologiquement et non à la manière actuelle du capitalisme mondialisé, c’est aussi une ressource inépuisable et renouvelable en poissons et crustacés, mais également en algues et plancton. Au plan pharmaceutique, algues et plancton peuvent fournir d’innombrables molécules entrant dans la fabrication de nombreux médicaments. Parmi nos ressources alimentaires, je n’oublie pas que notre pays peut être le plus grand garde-manger de l’Europe, grâce à ses sols fertiles et à ses agriculteurs, pourvu qu’on les libère des imbéciles règlements de l’Union européens, les poussant aux cultures intensives par l’usage criminel de pesticides. Une agriculture plus respectueuse des sols, de l’eau et de l’atmosphère serait créatrice de centaines de milliers d’emplois.

Ajoutés à nos gisements énergétiques marins, nos moyens énergétiques terrestres, renouvelables et écologiques (hydraulique, solaire, vent, géothermie) sont en capacité de rendre la France totalement autonome et même exportatrice, à condition que des dirigeants amoureux de leur pays et de son peuple investissent les sommes nécessaires pour rendre tous nos moyens exploitables et créer par là-même des centaines de milliers d’emplois.

Je ne tiens pas pour atout nos capacités énergétiques en matière nucléaire, pourtant réelles, parce que je ne tiens pas ce type d’énergie pour renouvelable et écologique, et que de plus, l’uranium nécessaire à sa fabrication est importé à 100 %. La fermeture de nos centrales nucléaires doit donc être programmée au long des 20 à 30 ans à venir.

D’ores et déjà, et avant même que tous nos atouts économiques soient réellement mis en valeur, la France est la deuxième puissance économique de l’eurozone. Elle est aussi la 2ème en importance de population.

Jusque-là, j’ai surtout mis en avant nos atouts économiques et géographiques, mais nous avons aussi des atouts politiques et militaires. La France est le seul État membre de l’Union européenne à disposer d’un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, lui conférant un droit de véto sur toutes les décisions de cet organisme. La France est à la tête de la plus grande force armée de l’Union européenne.

Par quelle mystérieuse démission, nos présidents et gouvernements successifs n’ont-ils pas décidé d’explorer et d’exploiter toutes les ressources pouvant être tirées de nos littoraux et de mettre en avant notre poids politique ? Ne cherchez pas la réponse, ils sont aux ordres, comme tous les gouvernements de l’Union européenne, des dirigeants du capitalisme mondialisé et financiarisé.

J’affirme donc avec force, qu’avec de tels atouts, la France a les moyens de se faire entendre bien plus au sein de l’Union européenne. C’est-à-dire qu’au minimum, les traités la régissant doivent être radicalement revus. Il ne peut être question, par exemple, que ses États membres se concurrencent entre eux. Qu’elle abrite des paradis fiscaux. Que la directive sur les travailleurs détachés organise la concurrence déloyale entre tous les travailleurs. Que les services publics soient privatisés. Que l’austérité soit l’alpha et l’oméga de la politique sociale et économique de l’Union européenne,…..

Il va de soi que, si nos partenaires européens refusent nos propositions de modifications, nous devrons les appliquer quand même. Sachant que sans la France, l’Union européenne ne peut instantanément continuer à exister. Que mieux, l’Union européenne ainsi déstabilisée, c’est la totalité du système financier mondialisé qui sera mis à mal.

Cette position cardinale de la France dans l’Union européenne constitue un atout supplémentaire pour notre pays. Seule l’Allemagne peut prétendre à ce statut, mais à un degré moindre.

 

NOTRE UNIQUE MAISON BRÛLE

Toutes ces propositions, faites à partir de l’exploitation des atouts naturels de la France, s’inscrivent dans une logique économique totalement inverse à celle qui prévaut aujourd’hui en France comme dans le monde.

Dangers du réchauffement climatique obligent, l’humanité entière va devoir repenser l’économie en fonction de l’intérêt général humain et non plus en termes de coût et de concurrence. Notre unique maison brûle. Le genre humain doit reconsidérer urgemment sa présence sur terre en terme de coopération ou il disparaîtra. Que ça nous plaise ou pas, tous nos modèles économiques doivent être sacrifiés. Y aurait-il des réserves inépuisables d’énergie fossile dans le sous-sol, extractibles pour pas cher, qu’il faudrait impérativement les y laisser. Tout doit être relocalisé. Tout doit être reconçu pour durer et être recyclé. Notre consommation doit se défier du superflu. La croissance doit être sélective, c’est-à-dire qu’elle doit être exclusivement utile socialement. Cela veut dire que toutes les activités qui ne le sont pas doivent décroître ou disparaître. Nous ne devons pas prendre à notre Terre plus qu’elle n’est capable de reconstituer. C’est ce que Mélenchon appelle la règle verte, qu’il oppose à l’absurde règle d’or, consistant à ne pas dépasser le fatidique déficit de 3 % du PIB, imposé par l’Union européenne. Et même en faisant tout cela, je crains qu’il ne soit déjà trop tard. Mais au moins, faisons en sorte de retarder l’échéance fatale.

Le capitalisme a été historiquement et socialement utile. Il est maintenant le fossoyeur de la vie sur Terre.

La France, par sa taille, son rayonnement culturel, ses atouts naturels, le haut niveau de qualification de son peuple,….. a les moyens de déstabiliser le capitalisme mondialisé. N’oublions pas que ce monde ne tient que par l’existence d’une énorme bulle financière spéculative. C’est un véritable château de cartes.

 

CONCOURS DE DÉMAGOGIE CHEZ LES EUROBÉATS

Dans deux mois, tous les peuples européens vont être appelés aux urnes pour choisir les députés européens. En France, les européistes macroniens, UMP (je ne peux pas dire républicains), PS, EELV, se fendent de grands discours sur la nécessaire Europe sociale. Ce coup-ci, après plus de 35 ans de casse sociale orchestrés par les susdits, c’est sûr, la France va devenir un paradis grâce à une Europe enfin harmonisée. Tous ces propagandistes, de Macron jusqu’au plus petit eurobéat, conjuguent le mot harmonisation à toutes les sauces. Ils n’oublient qu’un tout petit détail : le traité de Lisbonne, véritable Constitution de l’Union européenne, s’imposant à tous les États membres, interdit formellement toutes les harmonisations. Qu’elles soient sociale, fiscale, environnementale,…..

Mais je tempère mes propos sur l’harmonisation. Il est bien des secteurs d’activités où les règles européennes sont harmonisées jusque dans les moindres détails. Nos amis agriculteurs en savent quelque chose, à leur détriment. Comme est harmonisé le principe de la concurrence déloyale. Bref, ne sont harmonisés que les directives et principes contraignants pour les peuples.

Les mêmes propagandistes glosent sur la nécessité de favoriser la coopération entre deux ou trois États membres autour d’un grand programme industriel ou de recherche. Sauf que, là encore, le traité de Lisbonne ne permet les coopérations que si au moins neuf États membres y participent et que l’unanimité des 27 pays le veut bien. Autant dire qu’elles sont donc impossibles.

Ces propositions sont évidemment démagogiques, puisqu’aucun des candidats eurobéats ne propose de modifier le traité de Lisbonne.

 

LE BREXIT UTILISÉ COMME ÉPOUVANTAIL

En revanche, nos eurobéats en font des tonnes sur le Brexit. Histoire de faire peur aux Français hostiles à cette Union européenne. Comme ils l’avaient fait avant, avec la Grèce.

Les européistes libéraux français voient dans les difficultés de la Grande-Bretagne à mettre en œuvre le Brexit voté par le peuple britannique, il y a 32 mois, la preuve qu’il est impossible à n’importe quel pays membre de l’Union européenne de vivre hors des clous imposés par les traités régissant l’UE. Sous-entendu, vous, Françaises et Français, ne pourrez faire autrement, le 26 mai prochain, que de voter pour les formations politiques favorables à l’application intégrale de ces traités.

Pour eux, ce que la Grande-Bretagne a du mal à faire, la France sera encore plus en peine de l’obtenir.

Or, il n’y a pas de commune mesure entre le poids de la Grande-Bretagne et celui de la France au sein de l’UE.

La principale différence entre la France et la Grande Bretagne est que, Brexit ou pas, avec ou sans la GB, l’Union européenne continuera à fonctionner sans problème. Alors que sans la France, l’Union européenne ne peut instantanément plus fonctionner. Et pourtant, la France et le Royaume Uni pèsent à peu près du même poids sur le plan économique et démographique et que, côté endettement public, nos deux pays se valent. Il y a donc lieu de déterminer pourquoi, dans un cas l’UE continuerait à fonctionner et pas dans l’autre ?

Admettons donc que la GB aille jusqu’au bout du Brexit et qu’elle sorte complètement de l’Union européenne. J’affirme que l’UE continuera à vivre pratiquement comme devant. Pour deux raisons principales. 1/ La GB ne fait pas partie de la zone euro, contrairement à la France. 2/ La GB est une île. Elle n’a donc aucun rattachement terrestre à l’Europe. Et, surtout, elle n’a pas du tout les mêmes atouts que ceux que j’ai décrits dans le chapitre que j’ai intitulé « La France too big to fail ».

Toutes ces différences donnent à la France un poids considérable, que ne peut pas avoir la GB.

À nous Françaises et Français, de ne pas tomber dans le piège grossier qui nous est tendu une énième fois. Je gage que le mouvement des Gilets jaunes marque le réveil de notre peuple.

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