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Billet de blog 5 févr. 2009

Je blog, tu blogs, il/elle blog, nous . . .

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mais, est-ce que c’est blogger, bloggir ou bloggre (blogre!), et qui décide?
Pourquoi un sandwich et pas une sandwich? Est-il si masculin, le weekend? Un string (quel faux-ami) pas une. Le parking, un brushing. Le babysitting. Un best-of. Un corner? Pourquoi? Et qui décide?
Je sais bien que l'Anglais aussi a ses mots français (certains vont même jusqu'à dire que la langue toute entière est un rejeton, sinon une perversion, du Français normand du XIIe siècle) corrects et incorrects – avoirdupoids est notre système de poids et mesure, connoisseur est mal orthographié et correctement prononcé, double-entendre est franchement bizarre. Nom de plume, cri de coeur. Canard étant sans doute le plus étrange. A-t-il jamais eu ce sens-là en français ? La liste est sans fin et souvent honteuse.
Je sais aussi que le Français est très difficile à écrire. La plupart des relations avec les langues commencent de la même manière – d’abord vous lisez et vous comprenez, puis vous entendez et vous comprenez, ensuite vous ecrivez, enfin vous parlez. Mais pas le Français. Ecrire couramment vient toujours en dernier. Ecrire le Français est une épreuve ingrate et sans pitié. Et pour les gens qui ont du mal à supporter les balbutiements des etrangers, souvent criminel. Je sais que l’expression ecrite a fait récemment l’objet de controverses sur le blogland (le ou la?) de Mediapart. Je ressens une empathie et une fraternité infinies pour tous ceux qui luttent.
Je fais des fautes incroyables quand je parle en français. Il n’y pas si longtemps, dans un chic raout parisien, j’ai dit à un groupe de femmes plutot strictes que j’étais un bon coup (ce qui n’était pas du tout ce que je voulais dire). Je m’exprime en français comme un enfant de cinq ans qui aurait pas mal d’imagination et une grave blessure au cerveau. J’ai conscience que cela puisse parfois être douloureux pour mon entourage. Il faut être humble. Je cherche mon chemin dans le labyrinthe du Français moderne et je sais qu’il y aura des catastrophes sur la route (je suis un bon coup – je m’en réveille encore en hurlant). Si on est anglophone, on est paresseux. Et cette langue avec son côté 'anything goes' ne prepare pas à une langue de logique. Une qui fasse du sens.
C’est mignon, on dirait qu’il y a un contrat tacite entre les francophones, une sorte de dosage du nombre des fois que l’on voudra bien me reprendre gentiment. Corriger une bêtise sur cinq paraît acceptable et corriger une bêtise sur dix est clairement la limite de bonté et de grâce. Très bien. J’accepte.
Les gens se montrent particulierement tolérants quand des anglophones s’emmêlent les pédales dans les genres français. Cela semble attendu et presque entendu. Je suis convaincu que les anglophones, avec leur langue asexuée et gigantesquement chargée en noms, n’ont en réalité aucune place physique disponible dans leur cerveau pour stocker et réfléchir aux genres. Nous leur sommes biologiquement résistants et avons beaucoup de mal à les prendre au sérieux. "Ils vont comprendre ce que nous voulons dire", pensons-nous en parlant de le poubelle et de la vent, de le lune et de la soleil. Ce qui sous-entend un autre petit piege – que les fautes sont tout simplement moins graves en anglais. En anglais, on comprend toujours ce que vous voulez dire alors on s’en fiche si c’est un peu maladroit ou bizarre (de fait, c’est souvent mignon, souvent utilisable - et on a l’habitude d’entendre l’Anglais dans des bouches étrangeres). L’Anglais est une langue (un créole, vraiment) motivée par le besoin d’être comprise correctement, le Français par le besoin d’être exprimée correctement.
Donc vous êtes sympas de ne pas passer votre temps à corriger nos fautes de genre. A une remarquable exception près. Quelque chose de si surprenant et atypique que ça me file la migraine. Si j’utilise un mot anglais qui existe en français, et que je fais une erreur sur le genre imposé en français, on me reprend toujours d’office (et même parfois sur la prononciation). "Non, Robert, le weekend, un hamburger. Qu’est-ce que tu racontes?"
Franchement, c’est pas cool. ‘Chuis bien conscient que j’ai souvent besoin d’être corrigé (gentiment). Oui, oui, ça va. Mais ce que personne ne me dira sur le genre des mots anglais en français et que je veux vraiment savoir c’est POURQUOI ET QUI DECIDE!

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