À Marseille, la colère et le désespoir

À Marseille, quelques mois après le drame de la rue d'Aubagne, le temps des larmes n'est pas fini. Malgré les écrits, les luttes des collectifs qui s'organisent et interpellent, malgré les résistances et autres marches de la colère si justifiées, les évacuations lamentables continuent de façon toujours aussi indignes.

Délogés, expulsés, évacués... Autant de termes qui portent en eux toute la misère et le désespoir d'une situation. Marseille, ville de rencontres entre les différentes communautés du monde, peine à mettre en place les outils nécessaires pour un avenir en commun serein et constructif. Depuis longtemps laboratoire d'une politique urbaine désastreuse où l'humain ne trouve pas sa place, cette ville d'immigration, d'émigration, de mixité, veut jouer la grande bourgeoise. Elle s'oublie dans ses contradictions impossibles car mal gérées. Les politiques successives visent très clairement à un autre avenir que "l'on" voudrait croire, ou nous faire croire, plus noble et plus riche... Il n'y a qu'à voir sur une carte l’implantation des lignes de tram et de métro rejetant sur les extérieurs une population jugée indigne du cœur de ville et que peut être il serait bon de faire grossir avec les délogés... Et les années passent suivant d'autres années pour une même politique de tout bords étrangère aux vrais besoins, faisant fi de l'âme de Marseille. 

Le drame de la rue d'Aubagne n'est que le point d'orgue de ces politiques qui nient la beauté  d'un vivre ensemble coloré et social. Le mal sourd de la folie du pouvoir ronge les pierres, mine les fondations jusqu'à l’effondrement. "On" voudrait nous faire croire à une catastrophe naturelle quand ce n'est que le résultat d'une dégénérescence élitiste. 

Le temps des larmes n'est pas fini. Malgré les écrits, les luttes des collectifs qui s'organisent et interpellent, malgré les résistances et autres marches de la colère si justifiées, les évacuations lamentables continuent de façon toujours aussi indignes. Et les visages se ferment, la solidarité ne suffit pas à faire face au désespoir qui s'installe. Demain, à qui le tour? Sommes-nous en temps de guerre ? Verrons-nous les pathologies post-traumatiques se développer ? Un après catastrophe tout aussi catastrophique est à redouter. A quand les premiers morts de douleur quand les maladies sont déjà là? Ce soir j'ai vu à côté de mon atelier le visage de cette angoisse qui vient de l'attente, j'ai vu cette maladie du désespoir faire ses rides dans ce visage qui ne voudrait que la paix d'une vie à s'être beaucoup donné dans le travail pour si peu, si peu si énorme à perdre. A quoi faut-il se préparer ? 

Robert Serfati 

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