Il n'est pas rare que les enfants surpris les doigts pleins de confiture et accusés d'avoir pillé le pot rétorquent contre l'évidence : "c'est pas moi, j'ai rien fait !". Car ils ont découvert dans le cours de leur expérience la force du déni, un acte de langage capable de changer le présent, au moins un instant. En effet tout énoncé possède ce que les linguistes appellent un aspect "performatif" ou "force illocutionnaire", des termes techniques qui signifient simplement que le langage possède une capacité certaine, même si elle est fugitive, d'ajuster le monde aux mots. Certains politiciens ont démontré récemment qu'ils étaient de grands enfants … Brève incursion dans un monde qui s'ajuste si bien à leurs mots …
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Il n'est pas rare que les enfants surpris les doigts pleins de confiture et accusés d'avoir pillé le pot rétorquent contre l'évidence : "c'est pas moi, j'ai rien fait !". Car ils ont découvert dans le cours de leur expérience la force du déni, un acte de langage capable de changer le présent, au moins un instant. En effet tout énoncé possède ce que les linguistes appellent un aspect "performatif" ou "force illocutionnaire", des termes techniques qui signifient simplement que le langage possède une capacité certaine, même si elle est fugitive, d'ajuster le monde aux mots. Certains politiciens ont démontré récemment qu'ils étaient de grands enfants … Brève incursion dans un monde qui s'ajuste si bien à leurs mots …
La légion d'honneur de M. de Maistre emboîtée dans trois mondesDans un monde n°1 produit par M. Woerth en réponse à une question,M. de Maistre est, pour lui, juste une "connaissance", c'est-à-dire une personne qu'il connaît quelque peu pour l'avoir déjà rencontrée …Dans un monde n°2 M. Woerth connait M. de Maistre puisqu'il lui a remis en personne la Légion d'honneur mais il n'est pas intervenu pour sa nomination …Dans un monde n°3 M. Woerth a signé une lettre à Nicolas Sarkozy pour demander cette nomination …Les trois mondes sont emboités. M. Woerth a créé le premier avec des mots. Les faits découverts par la suite ont donné lieu à son ouverture vers les deux autres mondes. Chaque passage résulte d'une nécessité logique car chaque fait nouveau ne peut exister dans le monde n°1. La création verbale de M. Woerth ne cesse de lui échapper en grossissant. Un juge d'instruction découvrira-t-il des clés ouvrant vers de nouveaux mondes ?D'autres faits sont inclus dans ces mondes : l'emploi de Mme Woerth à 15000 € par mois, des chèques signés par Mme Bettancourt à l'ordre de grands et de petits partis …pour l'heure ils conservent un statut garanti par des "présomptions d'innocence" dont la fonction est précisément de conserver ces faits dans le plus petit des mondes possible. Mme Woerth a demandé conseil à M.de Maistre, les chèques et les micro-partis même s'ils dévoient l'esprit de la loi sont légaux sont des faits encore compatibles …Le monde "logique" des retraites"Puisqu'on vit plus longtemps il faut travailler plus longtemps". Voilà une assertion répétée à l'envi dans tous les medias comme une évidence logique. Dans le monde créé par ces mots on vit plus vieux et on travaille plus longtemps. C'est une création robuste car ce monde est charpenté par la logique arithmétique -une loi d'airain- qui s'impose à l'esprit comme une vérité universelle. De plus pour s'ouvrir sur un autre monde il doit être réalisé. Il faut vérifier que si on travaille plus on ne raccourcit pas sa vie. L'Histoire n'est d'aucun secours car ce monde est inédit. Tout cela "tombe sous le sens" …Le sens commun bien entendu. Ne pas s'y soumettre c'est prendre le risque fatal d'aller contre la logique. D'ailleurs cette soumission à la loi est validée tout autour de nous, ce qui renforce l'idée selon laquelle il s'agit bien d'une vraie loi. Tout autre monde ne saurait être décrit autrement qu'en termes catastrophiques : mondes effroyables sans retraites rendus présents à nos esprits dans le temps même du discours. Les évoquer dénie "logiquement" toute autre monde, notamment ceux dans lequel le capital serait mis un peu plus à contribution car dans ce cas c'est l'économie toute entière, privée de vrais riches, qui s'effondrerait. En conséquence la politique ne peut rien contre la logique sauf à s'y conformer sans état d'âme. Mais alors la politique serait l'art de découvrir des logiques sociales et de s'y conformer ? Cependant on pourra observer que des logiques de mondes créés avec des mots ne sont pas autre chose que des logiques d'idées portées par ces mêmes mots, c'est-à-dire des idéologies. Et le sens commun n'est peut-être qu'un autre nom de l'idéologie dominante …L'art de gouverner par déni "performatif"La politique pratique à tout bout de champ le déni afin de créer et de faire accepter des mondes dans lesquels elle peut réaliser ses fins ultimes tout en refusant le droit à l'existence à d'autres mondes possibles. Les exemples sont légion : c'est Lyssenko qui en 1920 crée un monde dans lequel les plantes acquièrent leurs caractères dans l'environnement ( la génétique mendélienne est exclue comme "réactionnaire")* ; c'est Paul Reynaud qui en 1940 crée un monde sans fer suédois pour Hitler ("la route du fer est coupée" !) ; c'est Guy Mollet qui en 1956 crée un monde de paix en Algérie ("la pacification n'est pas la guerre") ; plus près de nous c'est G.W. Bush qui crée un monde habité par les armes de destruction massive de Saddam. Aujourd'hui c'est devenu un grand classique d'entendre des politiques sous le nez desquels on agite des documents irréfutables menacer ceux qui les rendent publics de procès en diffamation. On ne remerciera jamais assez le maître d'hôtel de Mme Bettancourt pour tous les mondes enchantés qu'il a détruits avec les mots cachés dans le salon de sa patronne et tous les mondes qu'il a créés dans lequel politique et argent dansent une discrète sarabande."J'ai pas menti, j'ai dit que j'allais faire, et je le ferai !" (Nicolas Sarkozy) Cette phrase on l'on entend tous les jours sur la Radio (RMC, La France de Nicolas). Elle est parfaitement emblématique de la "performativité" comme mode de gouvernement. Son auteur croit tellement au verbe qu'il peut affirmer au passé ne pas mentir dans un monde qui reste à venir et qu'il s'est engagé à créer ! Finalement ce qui est dénié par avance c'est l'accusation de promettre sans tenir. Grâce au déni permanent il n'est d'autre réalité qu'enfermée dans un discours.*Conséquence : 15 ans de retard pour l'agriculture soviétique …
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