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Billet de blog 29 novembre 2025

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Notre camarade et ami Henri Benoits nous a quittés

Henri Benoits nous a quitté jeudi 27 novembre 2025, entamant sa centième année. Se réclamant de la IV ème Internationale depuis 1946, militant chez Renault pendant plus de 30 ans, toute sa vie militante et personnelle est celle d’un combattant du mouvement ouvrier au service des exploités.

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Henri Benoits est né en 1926 à Paris et était entré, comme il s’en félicitait, dans sa centième
année. Il fut un enfant des “fortifs”, entre Porte de la Plaine et Vanves, cette « zone » où se
construisit cinquante ans plus tard le boulevard périphérique.

Après son certificat d’études primaires obtenu à l’âge de 12 ans en 1938, et trois ans passés en
cours complémentaire industriel, il est embauché en 1941 comme apprenti dessinateur chez
Ferodo, un fabricant de freins et d’embrayage, à Saint-Ouen, et suit en même temps une
formation jusqu’à un CAP. Il y rencontre aussi un réfugié espagnol anarchiste qui lui « prête des livres »... et quelques idées.

A dix sept ans en 1943, il fit au hasard des rencontres la connaissance d’un ouvrier acquis aux
idées révolutionnaires Daniel Renard, et fut admis courant 1944 à intégrer l’organisation qui
venait de réunifier la plupart des différents courants trotskistes actifs en France, le Parti
communiste internationaliste, le PCI. Il a participé à la « libération », d’une barricade érigée
dans son quartier du 15 ème arrondissement de Paris jusqu’à l’occupation de son usine Ferodo
située à plusieurs kilomètres de là. Jamais isolé, toujours avec d’autres, partageant les mêmes
espoirs : c’est déjà la marque d’Henri qui l’accompagnera tout au long de ses décennies
d’engagement.
C’est de cette année que date l’autre fil conducteur de la vie militante d’Henri, son
internationalisme. La manifestation du 1er mai 1945 à Paris, la première après la fin de
l’Occupation, est pour lui fondatrice avec le cortège massif, en plein Paris, de l’émigration
algérienne du PPA -MTLD, drapeaux nationaux déployés. Une semaine avant les massacres de Sétif
et Guelma le 8 mai 1945. Et au retour de son service militaire en Allemagne, il participe aux
brigades Spartacus de soutien à la Yougoslavie organisées par le PCI suite à la rupture de Tito avec
Staline.
Après avoir animé un travail “jeunes” dans la CGT, et participé à la reconstruction syndicale dans l’usine Ferodo de Saint-Ouen puis chez Alstom, il est embauché chez Renault en 1950 comme
dessinateur. Il y passera plus de trente ans de vie professionnelle et militante. Le PCI décide dans
un premier temps de son adhésion à FO pour y favoriser l’unité syndicale, mais en 1952 il co-signe
avec la CGT un appel à la grève générale sur l’usine. Exclu pour ce motif de FO, il rejoint la CGT. Et c’est au cours de ces journées tumultueuses qu’il rencontre Clara, employée chez Renault,
militante CGT qui deviendra son épouse jusqu’à son décès, en décembre 2023.

Dessinateur, Henri appartient au deuxième collège et poursuit une activité de délégué auprès de
ses collègues de travail. Les salariés Renault des centres d’études actuels seraient étonnés de
savoir que les enquêtes salaires encore aujourd’hui diffusées datent des initiatives qui furent les
siennes pour agir contre l’arbitraire patronal, « à la tête du client ».

Henri, toujours cohérent avec ses orientations, se lie d’amitiés politique et personnelle avec les
militants immigrés, notamment algériens du syndicat. C’est à eux, Clara et Henri, qu’est annoncée
en priorité la création sur l’usine d’une instance du FLN. C’est cette pratique militante qui a
conduit la IVe Internationale à associer Henri à l’aide politique et matérielle apportée au FLN. De
ce moment date son amitié avec Mohamed Harbi, qui a préfacé l‘ouvrage de Henri et Clara,
L’Algérie au cœur. Après l’interpellation de Henri par la DST, ils se concentrent sur la solidarité
avec l’UGTA au cœur de l’organisation des prolétaires algériens pour l’indépendance.
Et c’est dans la continuité de cet engagement que la fédération de France du FLN choisit Henri et Clara, avec quatre autres salariés de Renault Billancourt, comme observateurs de la
manifestation préparée pour le 17 octobre 1961. Henri et Clara étaient placés sur le parcours de la
manifestation entre Opéra et le cinéma Le Rex au métro Bonne-Nouvelle. Leur témoignage sera
apporté, quelque trente ans plus tard, lors du procès que Papon, l’organisateur de la répression
sanglante du 17 octobre contre les Algériens, intente à Jean-Luc Einaudi, l’historien qui a révélé,
après une enquête inédite, l’étendue du massacre perpétré.
A leur place de militants, Henri et Clara participent dans l’usine de Billancourt, en mai 68, à la
grève générale et à l’occupation de l’usine, poussant à l’auto-organisation, dans les limites
permises par la conscience à ce moment, des ouvriers et employés grévistes. Ils seront pourtant
accusés, contre toute vraisemblance, par la direction du syndicat CGT d’être à l’origine de la
bronca qui accueille la lecture du contenu des accords de Grenelle par Georges Séguy.
Dénonciation vite oubliée en raison du respect dont ils ne cesseront de bénéficier auprès de leurs
camarades et collègues de travail.
Militant chez Renault et internationaliste convaincu, Henri s’est constamment référé à la IVe Internationale dont l’histoire est traversée de nombreuses scissions et regroupements.
Les actions d’Henri furent toujours guidées par ce qu’il croyait être le plus décisif en terme de
solidarité internationaliste. Ce fut le cas en 1953, lorsqu’aux côtés des Vietnamiens des cellules
Renault, il choisit d’être minoritaire avec Pierre Franck dans la section française. Ce fut le cas en
1965, lorsqu’il accompagna Michel Pablo dans sa sortie du cadre organisé de la IVe Internationale
et milita ensuite au sein de l'Alliance marxiste-révolutionnaire, l’AMR, se revendiquant de
l’autogestion. Les courants auxquels il a appartenu le firent devenir par deux fois membre du PSU,
en 1960 où il y fut membre de la direction nationale au titre de la tendance socialiste-
révolutionnaire et co secrétaire de la section d’entreprise Renault, puis en 1975 avec l’AMR.
Ensuite, au début des années 1990, il rejoignit à nouveau le cadre organisé de la
IVe Internationale, et en France la LCR puis le NPA.

Retraité de Renault en 1984, Henri ne renonça jamais. Militant actif de la section retraités de la
CGT Renault, ses activités les plus constantes et les plus obstinées furent au service des
travailleurs immigrés. Il assura notamment, jusqu’à l’âge de 90 ans, une permanence hebdomadaire, tout près de l’ancienne localisation des usines Renault à Boulogne-Billancourt, pour assurer la défense des droits de la population immigrée avoisinante, à commencer par les retraités de Renault et leurs familles.

Ces dernières années, il était devenu, surtout depuis le décès de Clara, moins autonome. Il
n’empêche qu’il lisait tous les jours les quotidiens Le Monde et L’Humanité et qu’il continuait
d’être abonné à la presse du NPA et de la IVe Internationale, L’Anticapitaliste et Inprecor. Son
dernier acte militant fut porté par sa fille Sophie il y a un mois : témoigner sur le 17 octobre 1961
lors d’une réunion tenue au jour anniversaire, en hommage à Jean-Luc Einaudi.
Henri exprima le vœu que, le moment venu, le drapeau de la IVème Internationale recouvre son
cercueil. Une vie militante digne d’être vécue ! Salut et fraternité !

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