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Billet de blog 3 décembre 2015

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C’est quoi cette histoire de dons d’organes ?

et tant pis pour celui qui ne sera pas caché...

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C’est quoi cette histoire de dons d’organes ?

  Et voilà, je suis encore en pétard ! Depuis qu’à mon insu, la loi a fait de moi, un donneur qui s’ignore, je ne vis plus tranquille, je ne sais plus où cacher ma dépouille.

 A bord de ma vieille voiture, je redouble de vigilance, mais je vois bien les cercles de la brigade volatile se resserrer au-dessus de moi ; une fois passé par dessus la rambarde, ils fondront sur moi, pour me dépecer sur place et me ramener en carboglace à Paris où je suis attendu avec impatience et les honneurs réservés à un grand chef d’Etat ; tout ça parce que presque mort on peut encore sauver des vies, qui songerait à s’y opposer ?

 La liste est longue, d’attente, des receveurs tous consentants, qui sans oser l’espérer m’attendent au tournant, tellement longue que le  « génie civique »  a décidé de faire de tous les porteurs sains de « présumés donneurs »,  il n’y a plus qu’à se servir et à jeter l’eau propre sur les objecteurs de conscience du commerce de bétail, qui pour vouloir partir comme ils sont venus, sont tenus de déclarer préalablement et par écrit qu’ils souhaitent ne pas sauver de vies. La honte !

Mais pourquoi vouloir à tout prix sauver des vies ? Voilà que laisser la vie partir devient le danger auquel ne pas prêter assistance s’apparente à un crime.  Qui donc veut nous faire croire ça ?

 Au motif qu’elle en a les moyens, tout ce que ne ferait pas la science pour la retarder, serait la prescrire et puis l’administrer : la mort, on ne peut plus la sentir.   Et la médecine la harcèle, les médecins sont devenus, casseurs, bricoleurs de génie, mécaniciens, légistes, leur nouvelle fonction crée de nouveau l’organe… ou le récupère.

 L’anthropophagie ne connait plus de limites ; le don d’organe porte bien mal son nom, c’est du vol ; au mieux du prélèvement automatique... Je ne veux pas être débité. Je ne me résous pas à l’usage de magasin, à ce que mon cœur très peu servi, soit réaffecté à celui ou celle qui n’en aurait jamais eu, que mon corps soit démantelé, dispersé à tout va comme celui d’Osiris disqualifié pour « l’au-delà ». Je me demande ce qu'en diraient les Egyptiens, pour lesquels un corps incomplet n'aborderait jamais sur l'autre rive du Nil, ce pour quoi ils rangeaient si bien leur foie, leur rate et leur gésier dans leurs bagages pour ne pas les perdre dans la traversée.

 Pauvres mortels, le seul audelà auquel nous acceptons de croire est celuide nos limites, nous voulons vivre eplusieurs vies dans la même alors les organes c’est tout de suite. C’est faire peu cas de leur conscience,  de leur propension à se reconnaître et à vivre ensemble, car si on dit souvent que le patient a rejeté la greffe, on ne dit jamais que le greffon a rejeté son « hébergeur ». Les organes ne sont pas seulement des viscères. Leur point de vue est clair : ils refusent. Les haruspices savaient les lire.

 La grève du cœur, moi, je la fais.  Je sais, bien que ça n’est pas bien, mais quand même, tout ce tralala pour « attarder » quelques vies alors que tous les jours, sans rien faire, on regarde de loin les autres renoncer à la leur…  sauver des vies, bien sûr, mais je préfère le faire de mon vivant. Finirons-nous par guetter la mort des autres pour gagner de la vie, un surcroît d’espérance et par nous inquiéter à chaque fois qu’on nous demandera comment ça va bien ?

 Alors Messieurs les éthiques-bio, médecins légistes ou pas, responsables de toutes les Institutions concernées par mon corps, à défaut d’être un présumé donneur, assurez-vous que je sois bien un donneur consentant ; Ne prenez donc pas ce que je peux donner. Pouvons nous en même temps prolonger la vie de ceux qui veulent la quitter et abréger celles dont on a besoin ?

Honorables professeurs, grands sages de l’Ordre de la Vie, les transplantations ne sont pas que des affaires de cœur, de rate, ou de rognons, vous n’avez pas idée de tout ce qui se greffe là-dessus ! Pour le savoir, il vous reste à devenir aussi de grands prêtres.

 Robin Dubois.

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