J’entends dire avec tristesse, que des centaines de jeunes en potentielle fragilité, facilement influençables par le discours politique et les offensives médiatiques, auraient fait don de leur corps à l’armée qui leur promettait salut, fierté et estime de soi, du développement personnel quoi ! Ils y trouveraient, dans de vrais camps d’entraînements, leur vocation de Combattants de la République, en tous cas, c’était la promesse des affiches qui les suivaient partout dans le métro et sous leur verre aux terrasses de leur café. Je n’ose pas encore dire ce à quoi tout ça me fait penser...
J’entends aussi dans les écoles, de plus jeunes recrues appelées aux armes, chanter des champs barbares les initiant à faire couler dans nos sillons plein de sang impur, et des plus grands, invités à élever à leurs fenêtres de sanglants étendards. Nous devons faire nôtres les "fake" dont les grapheurs d'Etat honorent les palissades au nom d'une fierté nationale. Nous n'avons plus qu'à répéter.
On dirait la guerre et malheur aux professeurs qui ne laisseront pas une minute au silence, nos imams de la laïcité se chargeront de les châtier, de républicaine façon. En opposant au drapeau noir, le tricolore, je me demande par quels réseaux nos Républicains Jihadistes ont été approchés pour se radicaliser à ce point.
Chaque année nous désigne un nouvel ennemi qu’on ne se connaissait pas, qu’on ne connaissait pas non plus, qui ne nous avait rien fait.
A volonté, nous actionnons le bouton terroriste et la machine va-t-en guerre. Piètres citoyens que nous sommes, nous n’avons pas droit à ce bouton réservé à un seul votant. Mais qui terrorise qui ? Occidentaux que nous sommes, avons droit à toutes les guerre que nous n’avons pas à subir, nous sommes comme ça ! Quand nous la portons dehors, c’est de la légitime défense, quand elle vient sur notre sol, c’est du terrorisme. Et nous faisons des marches, des deuils, des bougies, des fleurs et tout un tintouin pour prendre à témoin le monde que nous en sommes les victimes.
Je me demande à quoi pensent nos pilonneurs de villages en banco du Mali... sans doute que personne ne peut habiter là dedans ! je me dis que ça ne doit pas être facile quand même pour ces familles de vivre sans cellule de soutien psychologique quand on n’a déjà ni l’eau courante, ni l’électricité. Et nous qui comptons nos morts et qui ne sommes pas autorisés à savoir combien nous en faisons… il n’y a jamais d’images sur les guerres que nous faisons.
Pauvres petits blancs qui apprenons la guerre parce qu’elle vient frapper à notre porte, avec du vrai sang, des larmes et tellement de bruit. Les médias se l’arrachent et le pouvoir s’en empare, il faut prolonger l’événement qui devient un marché, celui que le personnel politique affectionne pour y vendre des salades et acheter nos voix. Dans la panique, il piétine les victimes qu'il ne connaît plus.
Dans ce concert de violence mené de magistrale baguette, les medias et le pouvoir s’unissent, dans d’ultimes mises en scène, la psychose s’organise dans laquelle il va faire son nid et peut-être aussi des petits. Les journaux introduisent des sirènes dans leurs génériques, c’est « corporate », les images sont en boucle il faut ressasser, revenir sur l’événement, le "grand-décrypter", l’analyser, l’émotion sert de réflexion et de véhicule, nous sommes endoctrinés ; l’Etat est à l’urgence, mais l’urgence de quoi ?
Moi je sais bien comment combattre le terrorisme ; conduisons nous bien avec tout le monde, mettons à l’épreuve ces fameuses valeurs de la République ou pas, dont chacun s’honore et se prévaut pour guerroyer, et puis, chacun sera en sécurité.
« Va déjà nettoyer ton bol de riz, ensuite je t’apprendrai la sagesse ».