Qu’est -ce que c’est que cette histoire de légion d’honneur ?
Parce qu’il disait que c’est avec des hochets qu’on faisait avancer les hommes, Napoléon l’a inventée.
Mais aujourd’hui cette « légion » ne fait plus recette et encore moins honneur, c’est très grave. Comment faire pour calmer les nouveaux grognards de la République, récemment instruits, auxquels on ne la fait plus, avec des médailles qu’ils ne revendiquent plus, parce qu’ils ne les doivent qu’à eux-mêmes.
Discrètement, d’obscurs plénipotentiaires dépêchés par le nouvel Empire multiplient les missions de reconnaissance, sillonnent le pays et scrutent, à longue vue, le paysage, à la recherche des dignes récipiendaires susceptibles d’honorer de leur rayonnement, leur médaille en chocolat. Il faut trouver les porteurs « sains », et c’est là que ca se complique : ils ne sont pas légions à pouvoir l’adopter: une médaille se mérite. Pour qu’elle ne devienne pas la légion d’horreur, le personnel politique a quelque peu disparu des campagnes d’investigation Napoléoniennes, et ça, en faveur du domaine Culturel où les grognards font de plus en plus d’émules ; il n’y a que des avantages à se faire de la création récalcitrante et pourvoyeuse de pensée indépendante, une amie.
Et ils se mettent en tournées : celles des chanteurs, des musiciens, des chorégraphes, des théâtreux, des humoureux, de la littérature et de tous ceux par qui le scandale pourrait arriver… Aucune scène n’est laissée au hasard, ils vont de campagnes en « premières », dans les Festivals, et les « évènements » à l’approche de poitrines talentueuses même dépenaillées, qui pourraient servir de support, pour savoir si dès fois, confidentiellement, elles ne seraient pas candidates à leur légion. Car cette médaille là ne souffre pas le refus ; pour avoir défié les pouvoirs qui leur étaient conférés,certains civils désobéissants en ont pris pour leur grade : ils ont perdu tous les leurs !
Dernière marque de l’autorité de l’Empire sur son sujet dans un univers qu’il ne peut réguler, il s’approprie la création… et le sujet le sujet qui va avec. Qu’honore donc cette médaille de Grand Croix , d’officier, ou de simple légionnaire que personne ne songe à réclamer, et pour quelle guerre ? Pour quels hauts faits d’armes sont récompensés ceux qui n’en ont jamais portés et qui n’en porteront jamais dans un champ qui n’est pas de bataille ! Qui donc honore qui ? Je crois que la mission du porteur est de faire rayonner la médaille plus que la médaille ne pourrait l’honorer celui qui veut bien s’y laisser épingler. Il est son présentoir, garant de sa pérennité.
Vive donc la légion, qui porte la charge de tous ceux qui la décernent, qui en vivent mieux que ceux qui parfois l‘acceptent. La Culture vienne en aide à ce dernier corps d’élite, à tous ses ressortissants et à leurs ayant-droit pour ne pas connaître la retraite anticipée et la débâcle des marais de Waterloo… longue vie à l’empereur et à ses légions, si jamais d’honneur il s’agissait encore.
Robin Dubois