Qu’est-ce que c’est que cette histoire… de droits de l’Homme ?
Il y a quelques années, de passage dans l’Afrique sauvage, « un, du fleuve » me demanda ce que c’était que les droits de l’homme…et si ça pouvait marcher aussi pour les « Toutcouleur » .
Avant de ne pas tomber dedans, j’ai longtemps reniflé ce piège qui ne pouvait avoir été tendu que pour le « blanc » ; je le rassurai, lui disant que tout ça n’était qu’une déclaration, qu’il n’y serait sans doute jamais confronté, que ça n’était pas ses oignons, ni même ceux de personne, que ce truc là posait vraiment un tas de problèmes, que les responsables qui l’avaient écrit pour de rire, n’avaient pas pensé une seule minute que la savane pût s’en faire l’écho ni s’inquiéter de son application.
Il faut dire à leur décharge, que c’était sous le coup de l’émotion que les victorieux de la guerre, tout contents de l’avoir gagnée, avaient commis ce manifeste par lequel ils déclaraient jusqu’où pouvaient aller trop loin les Hommes, et que rien de ce qui était arrivé ne pourrait plus jamais se produire.
Mais maintenant ils étaient tous morts … et ceux qui avaient hérité du manuscrit ne se sentaient pas de respecter les droits des auteurs, ni même leurs devoirs… les dignes ou pas, héritiers, renoncèrent à leur héritage au motif qu’il y avait trop de droits de succession là-dessus et que cela hypothèquerait drôlement leurs pouvoirs, qu’ils n’allaient plus pouvoir rien faire, parce que tout y était trop prévu, qu’il n’y avait pas assez de détails où le diable pût se cacher, foi d’animal !
Et ça, ca préambulait très mal, dès le premier paragraphe, qui faisait naître les hommes tous égaux en droit !
Il était manifeste que tout était verrouillé ; il n’y avait plus qu’à trouver un moyen de rétablir les torts et de déposer un amendement à cette irresponsable déclaration.
Il fallut faire appel à des experts de la sémantique pour contourner les sens interdits et rendre enviable ce qui avait été l’objet de toutes les résistances. Il s’agissait d’énumérer dans chaque principe l’essence et le jugement ;
Positive, la discrimination devint acceptable, plus adaptée aux besoins du moment qu’elle était ; le racolage devint passif ; la mendicité, agressive, la guerre, préventive ; la tolérance, zéro ; la délation, citoyenne ; on enferma les témoins pour présumer de leur innocence, on n’était plus gardé à vue, on voyait la garde, il n’y eut plus de suspect, mais des témoins assistés, tandis que « voisins solidaires » s’occupaient de "l’accueil" des nouveaux migrants;
Exit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les Nations pour l’occasion, unies, allaient s’en occuper ; ils firent de l’ingérence, un droit, et de canarder tous ceux qui ne partageaient pas leurs valeurs, un devoir.
Les Etats, ne peuvent accepter l’indifférence à la raison humanitaire : ils ne font pas de prisonniers. On barbela les murs pour mettre la trouille à ceux qui n’avaient de cesse que de la fuir, on rétentionna dans des centres, la misère qu’ils avaient produite. Nos voisins qui n’avaient plus vocation de prendre chez nous leurs quartiers d’hiver, ni leurs repas, allaient pouvoir se réinsérer chez eux, qu’ils n’avaient pas.
En fait, je n’ai pas trop bien su expliquer au “Toucouleur” comment les « droits de l’homme » avaient laissé la place aux “Hommes de droit”. Il eût l’air triste et contrarié . En tournant ses talons d'argile, il me répondit dans sa langue, quelque chose qu’à mon tour, je ne compris pas très bien, qu’ Owimbowè, Owimbowè, ça allait être la jungle, que le lion était mort ce soir …
Robin Dubois