« Jusqu’où s’arrêteront-ils ? »

Voilà que la célèbre phrase de Coluche est de nouveau d’actualité, mais dans le microcosme de la restauration cette fois.

Eh oui, sous la voûte multi étoilée de la noble cuisine, les Chefs n’aiment pas qu’on photographie leurs plats, pardon, « leurs œuvres », et vont même, pour les plus revendicatifs, jusqu’à affirmer un droit à la propriété intellectuelle sur leurs productions. La belle affaire !…

La restauration serait donc le seul secteur commercial où le client pourrait acheter un produit mais pas en faire ce qu’il veut une fois qu’il l’a dûment acquis. Vous imaginez aller chez votre concessionnaire favori acheter une nouvelle voiture et que celle-ci vous soit livrée avec un petit logo représentant un appareil photo barré, sous prétexte que vous pourriez bafouer la propriété intellectuelle du constructeur !?

Tant qu’ils y sont, ils devraient faire un procès à Trip Advisor, maintenant que l’action collective est possible en France.

 

Auréolés de leur gloire, ils ont juste « zappé » un élément essentiel, c’est que le client, en payant, devient propriétaire du bien et du service chèrement acquis. Il n’a donc de compte à rendre à personne quant à l’utilisation qu’il en fait, tant qu’il se souvient que le restaurant est un lieu public et qu’il est de bon ton dans un tel lieu de respecter certaines convenances. Il faut bien sûr faire la part des choses, la liberté de chacun s’arrêtant là où commence celle d’autrui.

Il est évident qu’il y a des attitudes à bannir entre personnes éduquées ; utiliser le flash et grimper sur les chaises en sont les meilleurs exemples. Certains, pour prendre du recul et ainsi mieux cadrer leur sujet élargissent leur espace vital jusqu’à la table voisine en gênant les autres convives et le personnel de service. Ça, c’est insupportable !

 

Cependant l’attitude des chefs velléitaires n’est pas non plus exempte de quelques défauts. Ils ont, par leur conduite, « donné le bâton pour se faire battre ». Ce sont eux qui ont entraîné le client dans une certaine logique de « classement ». Ils ont trop joué avec le petit livre rouge (pas celui de Mao, l’autre, bien que tous deux ont en commun l’observance de certains diktats). Ceci afin d’en tirer une gloire éphémère génératrice de profits, alors pourquoi s’étonnent-t-ils aujourd’hui que chaque client en soit devenu adepte et s’approprie cette logique afin, dorénavant, d’adopter la conduite « d’inspecteur de guide » !?

 

Combien de ces chefs en ont trop fait ? Ils ont usé la corde marketing en apparaissant dans les medias, en faisant la promotion de leur artisanat (vous noterez que je n’ai pas dit « art »), en étant plus souvent occupés à « faire le paon » face aux medias qu’à exercer leur métier de service pour le bien de leurs convives.

Jusqu’à présent le seul fait de demander à un chef, faisant le tour des tables, d’expliquer sa recette, était déjà  assimilé à de l’outrecuidance. « L’homme de l’art » faisait alors allusion à quelque « secret » qu’en seigneur des fourneaux il ne pouvait divulguer au commun des mortels.

« Vade retro manant ! Paye et tais–toi ! » Ainsi pense le seigneur des fourneaux.

Ces gens là sont comme tant d’autres corporations ancestrales, auréolées de leur gloire passée. Ils n’ont pas compris que le marché a évolué avec la technologie. Quant à ceux qui l’ont compris, ils veulent bien utiliser ces techniques pour eux-mêmes, pour assurer leur promotion, mais ne supportent pas l’autre revers de la médaille, que les consommateurs utilisent ces nouveaux medias que sont les réseaux sociaux afin de mutuellement s’auto-informer. Le consommateur lambda devrait faire confiance aveuglément aux guides gastronomiques, souvent pervertis d’ailleurs, alors que le meilleur des guides est bien le client lui-même. Non, selon eux, Il devrait consommer et payer, surtout payer… mais sans faire de vagues. On ne dérange pas ces nouvelles stars, ces divas toquées dont l’ego n’a d’égal que la suffisance et dont la toque s’avère de plus en plus étroite… à moins que ce ne soit la tête qui soit légèrement enflée.

Heureusement, il reste les vrais chefs, ceux que leur ego n’a pas submergés et qui s’accommodent fort bien de cette publicité d’un nouveau genre. Ceux-là ont compris les avantages qu’ils pourront en retirer en terme de notoriété, de fidélisation de la clientèle et de capital sympathie. Ils ont le conservé souci du client, du bel ouvrage et respectent le vieil adage du « client roi ».

Quant aux autres, ces grands chefs pleurnichards, ont-ils oublié que si les médias les ont fait stars, le client n’est ni un moyen, ni un faire-valoir mais doit-être leur seul et unique but.

Dans un métier de service, la star n’est pas l’artisan mais bien le client et ce pour une simple et bonne raison : c’est lui qui paye !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.