Macron, va-t'en-guerre : grossier stratège ou habile idiot ?

Ce texte inflige un traitement analytique à la métaphore guerrière d'Emmanuel Macron (« Nous sommes en guerre. »), pour ensuite dérouler une réflexion plus globale sur l'autoritarisme et l'impréparation de l'Exécutif.

     « Nous sommes en guerre. » À l'heure où nous parlons, la métaphore guerrière de la mobilisation générale est partout présente dans les esprits, depuis qu'elle a été filée par le Président de la République lors de son allocution du 16 mars dernier à propos du coronavirus. Depuis lors, elle a été relayée par le Premier Ministre, et reprise par le Président lui-même. Elle est devenue un « élément de langage », c'est-à-dire un mot corvéable à merci, rendu aussi indépendant de son auteur que vide de sens. Or, quelque tonitruante qu'elle fût, cette image – pour mieux dire : cette pellicule cinématographique, tant elle se démultiplie – dissimulait une sourdine. Il faut prêter l'oreille pour entendre cette sourdine de fond derrière le bruit de surface de la métaphore guerrière. Pour cela, il convient de guetter, dans le discours d'Emmanuel Macron, non son « projet », mais ses « ficelles ». Non son sens évident, mais son sens caché.

     En effet, cette métaphore guerrière est singulièrement révélatrice des intentions et des carences de l'Exécutif. Le problème n'est pas tant de savoir pourquoi le Président de la République a projeté devant nous un film de guerre, mais bien de détecter sur la pellicule de ce film les taches laissées par son exposition prolongée à la doctrine néo-libérale, à l'orgueil, à l'autoritarisme, à l'ignorance et à l'incompétence.

La surface rhétorique

     L'intérêt de la métaphore d'Emmanuel Macron est avant tout, pour lui, rhétorique. Tout orateur cherche à persuader. Chaque figure de style est motivée par une certaine intention persuasive. Par la métaphore guerrière, c'est la conscientisation des masses et la mobilisation des individus que visait le président de la République. Conscientisation, en ceci que la gravité du thème guerrier a été un moyen de forcer la population à prendre conscience de la gravité de la situation sanitaire. Mobilisation, en cela que le lexique de l'adversité et du combat (« guerre », « ennemi », « se battent ») a été, quant à lui, un moyen d'imposer à la « nation » le sens de ses « devoirs » : devoir de confinement, devoir de lucidité, devoir de disponibilité, devoir de productivité. Déjà se dessine un partage entre des impératifs vitaux et des attentes économiques. La tentative d'anaphore (répétition en début de phrase, pour insister) est même venue en renfort du lexique guerrier pour ancrer ces « devoirs » de mobilisation dans l'esprit des Françaises et des Français.

     Cependant, la métaphore guerrière fut, à l'instar du discours tout entier du Président, le masque bavard d'une absence concrète d'informations. De fait, le film guerrier d'Emmanuel Macron cherchait avant tout à encourager, non à informer. « Nous sommes en guerre », a-t-il répété : voilà un constat imposé, non une explication proposée. C'est un encouragement à tenir bon, et non une invitation à décider juste. La maladresse même de la répétition « Nous sommes en guerre » s'explique par le désir visiblement irrépressible de l'orateur d'insister sur la nécessité qu'il y aurait à se comporter d'une certaine manière, sans dire concrètement de quel comportement ni de quelle manière il est question. C'est une mise en disposition de la population. Au garde-à-vous, la nation attend ses ordres.

La profondeur d'autoritarisme et d'impréparation 1/2

     Sous l'intention bien réelle de conscientisation et de mobilisation de la population, il convient maintenant de déceler une part d'impréparation et une part d'autoritarisme dans le choix métaphorique d'Emmanuel Macron. Ce sens profond de la métaphore guerrière est applicable à toutes les interventions récentes de l'Exécutif : de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, jusqu'au ministre de l'Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, en passant par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Cependant, la métaphore d'Emmanuel Macron semble condenser ce sens profond. En cela, elle est symbolique.

     Symbolique de quoi ? Nous l'avons dit : de l'impréparation et de l'autoritarisme de l'Exécutif. Qu'on ne se trompe pas sur le sens de ces mots : autoritarisme n'est pas autorité. L'autoritarisme est précisément le contraire de l'autorité, en ceci qu'il la singe, incapable qu'il est de la remplacer. Pour qui fait autorité, l'éthos1 est un visage. Pour qui pratique l'autoritarisme, l'éthos est un masque. Macron porte un masque : un masque qui montre – tel est son souhait – l'autorité qu'il ne recèle pourtant pas. D'où le grossissement des traits, et finalement la caricature.

     Dans son discours du 16 mars, Macron porte le masque du chef de guerre. En cela, il actualise son titre de chef des armées, conformément à l'article 15 de la Constitution de la Ve République. Pourquoi donc utiliser cette « ficelle » ? Certes, le Président est bel et bien le chef des armées : le masque correspond au rôle. Certes, son éthos de chef de guerre vise tout d'abord à rassurer ses concitoyens et concitoyennes, en leur suggérant qu'il est maître de la situation. Certes, son titre, la lenteur de son phrasé, son visage fermé, inspirent une certaine stabilité, une certaine fiabilité, tout en ambitionnant d'atteindre au souvenir du général De Gaulle. Mais, en réalité, c'est un chef de guerre en temps de paix. Mais, en réalité, son éthos de chef de guerre est métaphorique, et, en l'occurrence, non-pertinent. Mais, en réalité, loin de montrer qu'il est maître de la situation, Macron montre seulement qu'il veut l'être ; et, quand sa bouche semble dire « je suis maître de », tout son être confesse une plus profonde aspiration : « je suis le maître ». Voilà qui est moins concret, et plus total.

     Il y a donc – on l'aura compris – un orateur à peine caché derrière le chef de guerre. Si le chef de l'État a joué au chef de guerre, ce n'est pas, avant tout, pour rassurer la population ou pour annoncer le déploiement anecdotique d'un hôpital de campagne, mais plutôt pour imposer l'idée qu'il est le chef. Et ce, en toutes circonstances. Emmanuel Macron ne manque d'ailleurs pas une occasion de rappeler qu'il est le chef. Il essaie, semble-t-il, de compenser dans la forme ce qui lui manque le plus dans le fond : l'autorité issue de la légitimité. Il pratique donc l'autoritarisme issu de l'orgueil. Car, au fond, que cherche à faire le Président Macron, si ce n'est à paraître fort ? Que refuse-t-il le plus, sinon d'avoir à reconnaître une faiblesse, c'est-à-dire bien souvent le caractère privé de ses centres d'intérêt ? « Qu'ils viennent me chercher !», avait-t-il lancé à l'adresse des journalistes dans l'affaire Benalla. Ce défi n'est-il pas le refus orgueilleux de reconnaître ses torts, de formuler des excuses publiques, d'assumer sa responsabilité, quand bien même les circonstances l'imposent ? Or, Macron et les Marcheurs entendent autrement le mot « responsabilité ». Selon eux, la responsabilité n'est pas un devoir auquel on se plie ; c'est un mot auquel on plie la réalité. Macron dit qu'il est responsable : le bon peuple doit le croire ! Sembler responsable le dispense de l'être, pense-t-il. Il cherche d'autant plus à sembler qu'il échoue à être.

     Or, nous ne sommes pas dupes. Son insistance rend visible son orgueil. Le masque du chef de guerre n'est pas une simple métaphore pour la conscientisation et la mobilisation de la nation : c'est une crise d'autorité. Une crise qui n'est pas un esclandre, certes ; mais tout de même une crise. On dira, non sans raison, que le Président Macron porte logiquement le masque de Président. Et l'on sait combien le monde social peut être assimilé à une comédie dans laquelle chacun tient son rôle. En témoigne Montaigne2. Cependant, c'est la façon que Macron a de porter son masque qui pose problème, non le masque en lui-même.Voici justement ce que dit Montaigne : « Du masque et de l'apparence, il n'en faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger du propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C'est assez de s'enfariner le visage, sans s'enfariner la poitrine. J'en vois qui se transforment et se transsubstantient, en autant de nouvelle figures, et de nouveaux êtres, qu'ils entreprennent de charges.3 » Ainsi, selon Montaigne, l'apparence ne doit pas être confondue avec l'essence, même si le masque social répond à un impératif de vie en société. Il convient donc de prendre l'éthos de chef de guerre pour ce qu'il est : un masque légitime, certes, mais surtout une apparence superficielle, non un être profond. « Distinguer la peau de la chemise » revient non seulement, pour nous, à décrypter la langue de bois des « politiques » tels que Macron, mais encore à déconstruire les modes de la domination symbolique, tels que la chemise ou le costume4. Emmanuel Macron participe de cette langue de bois et de cette domination symbolique par le vêtement : mais cela ne singularise ni Macron en particulier, ni les gouvernements néo-libéraux en général. En revanche, deux éléments les singularisent. Premièrement, la « transsubstantiation » dont parle Montaigne, qui correspond à la polymorphie politique de notre Exécutif. Polymorphie réelle du capitalisme qui sait l'art de se fondre en toute chose pour se l'approprier et finalement la ruiner de l'intérieur. Polymorphie fictive des technocrates ministériels, qui parlent de tout, savent tout, décident de tout. Deuxièmement , tout en nous invitant à distinguer l'apparence de l'essence, Montaigne nous enjoint de ne pas faire « de l'étranger le propre ». Or, voilà précisément le masque de Macron : être un chef de guerre lui est étranger, mais il prétend en faire son être propre. Le chef de guerre est un personnage étranger à la situation, mais il veut en faire le personnage principal.

     Chez Macron, c'est donc le port du masque qui pose problème. D'un côté, on voit trop le masque et cela sonne faux ; d'un autre côté, on perçoit trop l'effort que le porteur fait pour se convaincre de le porter. C'est comme si le Président redoublait d'efforts pour se convaincre lui-même qu'il est convaincu par ce qu'il dit. Dans cette tension entre, d'une part, un pantomime grotesque de chef de guerre, et, d'autre part, un effort sérieux pour jouer ce pantomime, on comprend que Macron tient à quelque chose de profond, de presque intime. Ce n'est pas à la transparence de son discours ; ce n'est pas à l'intérêt de la nation, puisqu'il efface de la scène publique la position des problèmes et les enjeux concrets de la situation : c'est à son besoin d'exister, en tant que chef.

     À ego omniprésent, président autoritaire. La profusion de la première personne du singulier sidère quand on réécoute ses discours : « je » est partout, l'autorité nulle part. Il y a là, évidemment, un fait constitutionnel : celui de l'hypertrophie de la présidence sous la Ve République. Remarquez d'ailleurs que l'on dit plus volontiers « sous la Ve République » que « pendant » ou « dans la Ve République ». Contamination monarchique. Le président commande, le président décrète, le président dissout, le président négocie... Loin de l'État-Providence, nous avons l'État-Présidence. La fonction invite déjà à la concentration égocentrique des pouvoirs et des missions. Or, à cela, s'ajoute l'individualité d'Emmanuel Macron. Dans un costume taillé sur mesure pour Charles de Gaulle, l'ambition d'Emmanuel Macron tente vainement de remplir le vide au moyen de sa propre vacuité.

La profondeur d'autoritarisme et d'impréparation 2/2

     Nous venons de voir que la métaphore guerrière du Président trahissait son autoritarisme. Cependant, nous avons aussi parlé d'impréparation. Il ne s'agit pas seulement de l'impréparation logiquement liée au caractère imprévisible de la pandémie. Il ne s'agit pas, non plus, de cette impréparation qui est notre lot commun, car personne ne peut être totalement préparé à ce que nous vivons. Je parle plutôt de l'impréparation à une pareille situation, c'est-à-dire au fonctionnement d'une réponse de crise, à laquelle tout gouvernement aurait dû se tenir prêt. Je parle donc de l'incompétence. Je parle, plus encore, de l'impréparation de la société elle-même, sous l'action des gouvernements financiarisés qui se sont succédé depuis une trentaine d'années : impréparation qui est le fait volontaire de décisions néo-libérales, lesquelles ont fait glisser le monde du service public hospitalier vers le modèle libéral de l'entreprise. Glissement d'un idéal vers une idole.

     Mais je parle surtout des effets que ces impréparations cumulées ont sur l'éthos de l'Exécutif. Au yeux des gens, le pouvoir est en train de perdre de son crédit. C'est un pouvoir qui, en improvisant, se révèle inconstant et inefficace. En somme, c'est un pouvoir qui est faible. Il ne fait pas, il ne remet pas en question, il réagit trop tard, il brasse du vent, il se contredit. Or, quel est l'effet majeur de cette faiblesse ? D'accroître la volonté de paraître fort. Pourquoi ? Parce que l'Exécutif ne veut pas quitter le pouvoir ; qu'il en tire profit, assurément, mais surtout qu'il se croit capable de tout. Impréparation et autoritarisme sont liés : l'impréparation est une faiblesse réelle qui pousse l'Exécutif à renforcer la fiction autoritaire de sa propre force.

     Comme nous l'avons vu, ce lien semble avoir pour cause l'orgueil des personnes elles-mêmes – orgueil qui confine parfois à la stupidité. Nos gouvernants sont de ceux qui parlent pour parler, des spécimens parfaits de l'homo loquax5.

     Les députés de la France Insoumise, notamment, s'en étranglent d'indignation. Le Président Macron et son Premier Ministre, par néo-libéralisme et par orgueil – autrement dit : par intérêt et par idiotie – garrottent l'Assemblée Nationale alors qu'ils pourraient travailler avec elle. Dans les faits, ils s'y refusent. Ils se refusent au dialogue collectif, aux réquisitions d'État, aux nationalisations, malgré les propositions qu'on leur pré-mâche, malgré la demande des travailleurs et des syndicats eux-mêmes dans les entreprises stratégiques concernées. L'état d'urgence sanitaire, nouveauté juridique qui a sa raison d'être, voire sa nécessité, est aussi une aberration démocratique. Cette aberration repose sur une fiction savamment entretenue : celle d'un Parlement qui serait lent et paralysant – fiction qui trouve son origine dans l'interprétation très « Ve République » de la IVe République parlementaire. Cette aberration repose sur une croyance louable mais fausse : celle d'un Exécutif qui serait plus efficace en étant plus libre. Entendez : « en étant moins contrôlé » et « moins limité » . Enfin, cette aberration se fonde sur des intérêts politiques : bien loin de l'unité nationale que prêche stratégiquement Emmanuel Macron, elle marque la sédition d'un parti politique, La République En Marche, et la sécession de nombreux technocrates ultra-libéraux du reste du personnel politique. Il en est ainsi du ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer , par exemple, qui prétend d'autant mieux « avoir entendu » les enseignant.e.s qu'il escompte ne donner aucune suite à leurs remarques et contestations.

Grossière stratégie ou habile idiotie ?

     Avoir toujours raison, savoir mieux que les autres ce qui est bon pour eux, être expert plus que les personnes d'expérience, parler de dialogue social quand on se moque de ce que l'on entend, marginaliser les contestations comme de simples minorités alors qu'on est soi-même une oligarchie, condamner la violence de la lutte sociale quand on accroît soi-même les inégalités et que l'on méprise leurs victimes (si on ne les mutile pas) : voilà l'attitude de l'Exécutif. Voilà de l'autoritarisme.

     Or, bien malin qui saura, dans cette pelote inextricable d'autoritarisme et d'impréparation, distinguer la part de névrose individuelle de la part d'autoritarisme structurel.

     Le problème n'est-il pas au fond de savoir ce qui est volontaire et ce qui est involontaire dans les décisions gouvernementales ? Comment distinguer, en effet, ce que les gouvernants actionnent de ce qu'ils subissent ?

     Dans les politiques néfastes à l'intérêt de toutes et de tous, quelle est la part d'intérêt ? quelle est la part d'ignorance ? La méthode et l'intensité avec lesquels s'effectue la casse néo-libérale des acquis sociaux prouvent qu'il y a là des intérêts – financiers et politiques – bien conscients. Or, si ces personnes intéressées avaient été en mesure de sortir de l'étroite boîte doctrinale du néo-libéralisme, n'auraient-elles pas de facto changé ? D'ignorantes, ne seraient-elles pas devenues pensantes ?

     Prenons un exemple : Sibeth N'Diaye enchaîne les « boulettes ». Sont-elles calculées, pour faire diversion ? Dans ce cas, c'est une stratégie qui consiste à cacher ce qu'il faudrait montrer, pour paraphraser Bourdieu6. Ou bien sont-elles dues, vue leur répétition et leur apparente innocence, à la stupidité relative de leur autrice sur ces questions ? Dans ce cas, parler ou débattre avec de telles personnes pourrait avoir son utilité.

     Dans quelle mesure les gouvernants ultra-libéraux déploient-ils une stratégie ? Dans quelle mesure sont-ils dupés par leur propre idiotie ? La question de ce lien consubstantiel entre les intérêts et l'ignorance des gouvernants néo-libéraux est aussi difficile que centrale.

 

1 Les rhéteurs de l'Antiquité ont appelé « éthos » l'image qu'un orateur renvoie de lui-même.

2 Michel de MONTAIGNE, Essais, livre III, chapitre 10 - « De ménager sa volonté ».

3 MONTAIGNE, op. cit..

4 Voir, à ce propos, l'excellente vidéo de la chaîne youtube Horizon Gull : « Horizon – la soumission au costume » : https://www.youtube.com/watch?v=lzugeIXsLxc .

5 Henri BERGSON, La pensée et le mouvant, Introduction, II : parmi les différents types évolutifs de l'homo que pense Bergson (faber ayant succédé à sapiens), « le seul qui nous soit antipathique – dit-il – est l’Homo loquax, dont la pensée, quand il pense, n’est qu’une réflexion sur sa parole ».

6 Pierre BOURDIEU, Sur la télévision (1996) : « Je voudrais aller vers des choses légèrement moins visibles en montrant comment la télévision peut, paradoxalement, cacher en montrant autre chose que ce qu’il faudrait montrer si on faisait ce que l’on est censé faire, c’est-à-dire informer ; ou encore en montrant ce qu’il faut montrer, mais de telle manière qu’on ne le montre pas ou qu’on le rend insignifiant, ou en le construisant de telle manière qu’il prend un sens qui ne correspond pas du tout à la réalité. »

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