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Billet de blog 4 juin 2016

Pour une reconquête du temps

Qui aujourd'hui n'a pas déjà clamé: "Je n'ai pas le temps" ? Cette expression revient sans cesse un peu comme le même tube sur une radio généraliste. Manquons-nous vraiment de temps ?

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Sachez tout d'abord que vous allez perdre du temps à lire ces lignes. Cependant, l'éveil potentiel qu'elles soulèveront peut vous en faire gagner à l'avenir, du temps. L'Homme moderne manquerait-il de temps ? Est-ce le temps lui-même ou sa gestion qui poserait problème, voire la répartition de ce temps ? Accordons-nous, pour fluidifier l'analyse, que nous ne rentrerons pas dans un développement philosophique autour du temps, bien que cela soit passionnant. Cet article n'ayant pas la prétention d'être une étude poussée, il soulèvera chez son lecteur, quelques réflexions tout en engendrant je l'espère, diverses réflexions.

Pour comprendre le temps que nous avons, un peu de mathématiques sont nécessaires. Il faut aussi partir du postulat qu'une chose nécessite un temps d'éxécution minimum afin d'être faite. Bien que certaines choses puissent être faite en même temps, ce gain de temps est pris en compte tant que faire de deux choses l'une n'altère pas ces dernières. De manière générale, que faisons-nous la journée? Basse commune à tous (ou presque), nous avons besoin de sommeil, soit environ 8 heures. Nous avons besoin de nous restaurer, disons de 1 à 2 heures. Cela fait déjà 10 heures sur 24. Nous avons aussi des besoins de l'ordre hygiénique, entre 1 et 2 heures dirons-nous (l'on peut même rajouter 1 heure supplémentaire!). Ensuite et surtout, il y a un temps souvent négligé voire oublié, il y a le temps pour nous (soi et les autres) qui lui est très variable, de 1 à cinq 5 par jour (soyons large pour admettre les loisirs et autres). Vous pouvez constater qu'au moins une demi-journée est nécessaire à la réalisation de ces besoins. Bien que ces chiffres soient relatifs aux différents types de vie et à différents faits de nos existences, la répartition temporelle semble acceptable, qui affectionne dormir peu, manger vite, se laver avec inconstance, ne plus penser à soi, n'être que peu aimer...

Ensuite viens le travail, variable, parfois inconstant voire éphémère mais, disons-le, rendu nécessaire pour subsister. Prenons simplement un trente-cinq heures par semaine, ce qui représente sept heures par jour, cinq jours sur sept. Associons la temporalité de base, soit le paragraphe précédent, la journée devient alors complète (relativement). L'exemple peut s'adapter à différents volumes de travail, le tout déséquilibrant un peu plus tout le cycle déja chargé de notre temporalité relative. 

N'oublions pas que l'Homme dans un monde moderne doit se déplacer, consommer par diverses courses, avoir une vie sociale et familiale (si bien sûr il en est pourvu), se divertir et s'amuser, entretenir des relations amoureuses (donnée relative...), se soigner, s'occuper des papiers et du logis, prendre soin de son être (sport et nourriture intellectuelle) etc etc. Maintenant,  vous pouvez toujours reporter ces chiffres sur une vision annuelle pour ainsi prendre une hauteur de vue plus importante tout en y incluant d'autres données.

Or, constatez avec moi que si nous faisons le calcul de ces choses, un tel train de vie avec une répartition équitable et proportionnelle à la réalisation de tout cela est impossible. Ajoutez en plus, toute la complexité ici mise de côté comme par exemple la réalité du travail, les situations familiales et sociales voire sociétales diverses alors le puzzle illusoire s'agrandit. N'avez-vous pas l'impression d'être dans un immense jeu aux règles fumeuses et changeantes? Quelle est la part de temps à ajouter concernant la télévision, le téléphone ou autres ? Comment ajoutons-nous à cette répartition du temps, de nouveaux éléments, fragilisant un équilibre déjà plus que précaire tout en négligeant de nombreuses temporalités de base? Bien que des compensations puissent être faites et biens qu'elles prennent plus de temps et plus d'énergie (l'énergie étant une donnée essentielle de cette grande équation), ce dernier, comme nous le savons, ne se rattrape pas (jusqu'à ce que peut-être, la science permette le contraire?). Quel temps ronge l'autre?

Négliger ses temporalités  de base (dans le temps) entraîne des conséquences traduites le plus souvent par des manques, à minima. Le manque de soin peut faire prospérer la maladie, le manque de contact peut favoriser l'aliénation, le manque de sommeil favorise la mauvaise humeur (toujours à minima) et le manque de nourriture intellectuelle (doublé du trop de télévision dans son contenu le plus absurde) peut (largement) favoriser le vote front national. Blague à part, un certain équilibre de l'être peut très vite se perdre (bien qu'il faille admettre des variabilités entre les personnes et entre les différents cycles de vie). Par adéquation, point d'équilibre provoque indubitablement un déséquilibre. La promesse d'une vie dans ce monde moderne, une vie déséquilibré dans un monde déséquilibré peuplé par des gens déséquilibrés. Bien que d'après cette démonstration non exhaustive, le temps semble nous manquer, il y a un fait qui n'a pas besoin d'avoir un espace temporel pour exister. Ce fait vient par dessus les autres, il s'agit de l'ennui. Le temps nécessaire à la réalisation correcte (au minima) de son oeuvre est devenu bien trop cher. Retrouvons le temps de bien faire les choses sans être asservi à l'horloge que l'on nous impose. Arrêtons la tentative absurde de protéger vainement un équilibre virtuel qui de fait, est intenable, essayons plutôt de trouver une manière de vivre qui laisse du temps au temps.

Ω

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