Catalogne: la France doit faire respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

Le 1er octobre prochain, un référendum d'autodétermination aura lieu en Catalogne. Alors que Madrid se lance dans des opérations de déstabilisation et que les Catalans souhaitent simplement exercer leur droit à l'autodétermination, le silence assourdissant du gouvernement français nous inquiète profondément. Quelle est la position officielle de la France sur la situation en Catalogne?

Le 1er octobre prochain, un référendum d'autodétermination aura lieu en Catalogne. Alors que Madrid se lance dans des opérations de déstabilisation et que les Catalans souhaitent simplement exercer leur droit à l'autodétermination, le silence assourdissant du gouvernement français nous inquiète profondément. Quelle est la position officielle de la France sur la situation en Catalogne? Va-t-elle rester silencieuse et cautionner les agissements du gouvernement espagnol ? Va-t-elle prendre le parti de la démocratie et des droits de l'Homme ? Une chose est sûre, le silence n'est plus de mise !

Certains accusent le gouvernement catalan d’organiser un référendum illégal mais le droit international est pourtant bel et bien respecté ! L'Organisation des Nations Unies (ONU), dans son article initial qui définit ses buts et principes stipule qu'il faut ”Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de celui à disposer d’eux-mêmes''. Qui peut sincèrement et honnêtement affirmer que ce n'est pas le cas actuellement en Catalogne ?

 

D'autres sermonnent que le principe d'intégrité territoriale serait intangible. Pourtant, la Cour de Justice Internationale, dans son avis rendu le 22 juillet 2010 sur le cas du Kosovo, est claire ''la portée du principe de l’intégrité territoriale est … limitée à la sphère des relations inter-étatiques'' et de conclure que le Kosovo, qui a déclaré unilatéralement son indépendance le 17 février 2008 et dont la reconnaissance par la France a eu lieu...le lendemain même, ne ''viole pas le droit international''. Qui peut sincèrement et honnêtement déclarer que le cas catalan serait différent ?

 

Enfin, d’autres encore mettent en garde contre une quelconque ingérence dans les affaires internes d'un autre État. Mais l'Espagne n'est-elle pas membre de l'Union Européenne, du Conseil de l'Europe et de l'ONU avec tous les droits et les devoirs qui vont avec ? Les Catalans ne sont-ils pas nos concitoyens européens ? Comment pourrait-on rester silencieux et insensible à ce qui se passe dans notre voisinage direct ?

 

En effet, depuis le 28 juin 2010 et l'arrêt incompréhensible du Tribunal constitutionnel espagnol de censurer le statut d’autonomie catalan pourtant adopté par les Parlements catalan et espagnol et validé par référendum en Catalogne, les autorités espagnoles ont refusé tout compromis et tout geste politique d'apaisement. Depuis, tous les ans, et encore ce 11 septembre dernier, pour la fête nationale catalane, plus d'un million de Catalans descendent pacifiquement dans la rue pour demander le droit de décider de leur avenir. Enfin, en 2015, lors des élections en Catalogne, les Catalans ont donné une majorité absolue aux partis voulant organiser un référendum d’autodétermination. L'actuel gouvernement catalan a non seulement la légalité de son côté mais aussi la légitimité pour l'organiser.

 

Dès lors, la question qui se pose au gouvernement français est de savoir quelle attitude il compte avoir, quelle politique il compte mener et quelle trace il souhaite laisser dans l'Histoire. Monsieur le Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian, Monsieur le Premier Ministre, Édouard Philippe, et Monsieur le Président de la République, Emmanuel Macron : allez-vous, au nom des droits de l'Homme et de la Démocratie, faire entendre raison à Madrid, tout faire pour que ce référendum puisse avoir lieu dans les meilleures conditions et reconnaître le résultat quel qu'il soit ou allez-vous soutenir le gouvernement espagnol qui vient de perdre toute légitimité en s'attaquant aux fondements même de nos sociétés démocratiques?

 

De votre réponse à cette question dépend beaucoup. De la démocratie en Catalogne, des valeurs fondamentales en Espagne, de la Paix en Europe mais aussi de la voix et du poids de la France en Europe et dans le monde. Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures. On ne peut se revendiquer de la social-démocratie sans respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, on ne peut se considérer gaulliste sans se souvenir qu'il y a tout juste 50 ans le Général De Gaulle avait prononcé ces mots qui résonnent tout particulièrement aujourd'hui : ''Vive le Québec libre!'' et on ne peut se présenter comme un Européen convaincu et ne pas suivre l'exemple du Président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, qui vient de déclarer, le 13 septembre dernier, qu'il respecterait le résultat du référendum quel qu'il soit.

 

Le 1er octobre prochain, le peuple catalan aura, seul, le choix entre rester une région du Royaume d'Espagne ou devenir une République indépendante mais nous avons, tous, le devoir de respecter le droit du peuple catalan de disposer de lui-même et de respecter son choix quel qu’il soit. Les Catalans sont nos voisins et nos concitoyens européens, nous ne pouvons pas les laisser tomber, encore une fois !

 

Max Zañartu Plaza, Président de l'Alliance Libre Européenne-Jeune,

Roccu Garoby, Vice-Président de l'Alliance Libre Européenne-Jeune

 

 

 

 

 

 

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