"Le Troisième Cercle" d'Alain Sebag : plus qu'un conte érotique

Publié en 2016 en livre électronique aux éditions Solstices, "Le Troisième cercle" est un conte érotique d'Alain Sebag dont nous proposons ici une courte recension.

 Le conte érotique comme expérience mystique

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(sur le site des éditions Solstices ici)

Plus qu'un conte érotique, Le Troisième Cercle est un récit mystique.

Dans la grande tradition orientale, l'érotisme participe de l'expérience mystique, il en est le moteur, le premier ingrédient, c'est-à-dire le principe. On pourrait certes s'arrêter à une lecture pornographique du livre : on ne peut qu'admirer l'aisance et la créativité d'Alain Sebag dans ce genre si difficile, qui ne donne lieu la plupart du temps qu'à des clichés sans nuances, malgré les annonces. Le Troisième Cercle est agréable à lire, très subjectif, original, autant dans l'évocation des femmes (les trois Reines : Veunize, Odelind et Elzeunor) que dans celle de l'homme (Uriel), ce qui est plutôt rare (même si on n'échappe pas encore à une prédominance du fantasme masculin et à sa projection sur les personnages féminins). Mais s'en tenir à une lecture littérale des scènes de coït, ce serait passer à côté d'une expérience de lecture bien plus enrichissante. Le but n'estpas simplement d'exciter : l'excitation sert à grimper les échelons de l'échelle mystique.

Construit, de manière toujours traditionnelle, autour du chiffre 3 (comme le laisse entrevoir le titre), chiffre magique par excellence et structurant dans la tradition indo-européenne, le conte se présente comme une initiation et un long crescendo dont on s'émerveille des hauteurs où il mène le lecteurSans vouloir dévoiler l'histoire, nous ne sommes pas étonnés, à lire la troisième et dernière partie, d'apprendre qu'Alain Sebag, qui vit à la Réunion, est par ailleurs peintre. À travers un jeu subtil des couleurs, des formes, des paysages, des habits, des matières, le récit se construit principalement autour du visuel.C'est cette puissance renouvelée du visuel (à une époque où le visuel est affaibli par son omniprésence) qui est sans doute une des révélations de cette initiation mystique. C'est une revanche aussi sur la tradition grecque platonicienne : le poète, comme le peintre (Zeuxis), sont de nouveau les bienvenus dans la Cité.

À un imaginaire oriental et à un imaginaire médiéval s'allie donc un imaginaire antique, où on peut même relever quelques modernités (qui seraient presque anachroniques si nous étions à une époque précise, ce qui n'est pas le cas). L'ensemble pourrait être qualifié d'éclectique. C'est cet éclectisme, cette abondance, qui font de ce livre un bon livre : le sens n'est pas fermé, les symboliques appellent toutes les gnoses, toutes les herméneutiques ; les interprétations sont multiples. Nous sommes dans un raffinement extrême qui n'a rien de compliqué ou de pédant, nous sommes emmenés, emportés par l'abondance et la beauté, par l'étonnement et le plaisir. Et nous sommes contents d'avoir lu un tel livre.

 

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