Le chanteur Emin, un aperçu de l'insertion de l'islam dans le monde post-soviétique

Cet article présente brièvement Emin, chanteur russo-azéri célèbre en Russie et en Azerbaïdjan. Son nom complet est Emin Araz oğlu Ağalarov et est né à Bakou. Il n'avait que 10 ans en 1989 et a vécu à l'étranger entre 1994 et 2001. Son premier album date de 2006. Nous sommes donc dans du post-soviétique plus tardif, mais la nostalgie récurrente de cet auteur nous ramène souvent à l'URSS.

Je remercie pour les commentaires de l'article précédent indiquant des compositeurs et interprètes à (re)découvrir : Boulat Okudjava (commentaire de Peter Bu), le groupe "Center" (commentaire de Pezzoli), le groupe Leningrad (commentaire de Loransea), la culture de la RDA (par CHARLES-HUBERT DE GIRONDIAC), la musique du film L'Eté (Vincent Présumay), PPU (plastic people of universe, groupe tchèque) (commentaire de Pageorges). J'en exclus toutefois les Pusy Riot, qui chantent en anglais. 

 Mais aujourd'hui, parlons d'Emin. Son oeuvre est abondante, on ne prendra ici que quelques chansons récentes qui ont, de surcroît, une signification géopolitique. 

Dans Mon Azerbaïdjan (2018), en duo avec Maxime Fadeev (barbu dans la vidéo), Emin évoque, outre sa nostalgie d'enfance, le modèle russe et ex-soviétique de l'intégration des musulmans et de cohabitation avec l'islam. Plusieurs Républiques de la Fédération de Russie ont l'islam comme religion officielle, dont le Tatarstan (communauté musulmane la plus septentrionale au monde) et la Bouriatie, où cohabite, cas unique au monde, le bouddhisme, sans intolérance pour les "associateurs". Ici, on retrouve le même esprit pour sa république caucasienne : des allusions musulmanes dans les images et des allusions orthodoxes dans les paroles : il demande "et au fils et père et à Dieu" de protéger ce pays. Cela ne semble lui poser aucun souci dans ce pays majoritairement musulman (chiite). 

Emin, Mon azerbaïdjan © Эми́н Араз оглы Агала́ров

1er couplet : "Et de nouveau le vent tiède des montagnes apporta de l'amour. C'est comme si j'entendais ma cour, ma propre voix et les douces paroles de maman. Je suis rentré à la maison et le parfum de la menthe m'émoustille. Et la mer apporte ses bienfaits à mes pas, il me semble qu'il y a des ponts pour moi. Je ralentis le pas et prends une grande inspiration pour remplir ma poitrine. Je voudrais tellement te raconter sans paroles.

Refrain : Ô mer, mer, mon Azerbaïdjan, je ne trahirai pas mon amour pour toi, tu es ma force comme me l'a appris ma mère, et je suis prêt à te donner toute ma vie. Ô mer, mer, mon Azerbaïdjan, et le père et le fils et Dieu te gardent". 

Je me rappelle quand gamin j'aimais courir pieds nus et je n'avais pas peur de tomber pour me relever à nouveau. Et le matin, nous nous reposions à la fraîcheur des rivages. Des meilleurs mots vient toujours l'amour pour toi. 

[Refrain]  - [Refrain]

Sous-titre à la fin : "Sa patrie est là où son coeur bat". 

 

Une deuxième chanson sur l'Azerbaïdjan (2018), pour le centenaire de la fondation de cette république par les Soviets : 

Emin, Azerbaïdjan - pour les 100 ans de la fondation de la république d'Azerbaïdjan © Эми́н Араз оглы Агала́ров

1er couplet : 

Je reviens encore ici à la maison, 
Et la joie bat dans mon coeur, 
Vers ici m'appellent mes nuages familiers, 
Ici, il m'en donné les clairs sourires des amis, 
comme les yeux étoilés des enfants, 
Et le vent frais des montagnes me montre mon espace. 
Et je suis heureux à cet instant, je te chante cette chanson, 

Refrain : 
Vivant Azerbaïdjan natal, 
Tu me réchauffe toujours le coeur, 
Je suis avec toi en une seule volonté, 
et à nouveau je te chante.
Vivant et familier Azerbaïdjan, 
Tu me donnes réconfort et sérénité, 
Et si je suis dans un autre pays,
Tu es toujours avec moi.

Le dernier refrain est en azéri, ainsi que l'allocution de l'ancien président à la fin ont en Azeri. Un lecteur turcophone pourra peut-être nous aider... 

 Emin est un vrai double national et chante pour ses deux nations. Ici, extrait de son album "On n'avait pas peur du ciel", la mise en scène des souvenirs d'un vétéran de Grande Guerre Patriotique. 

Emin, toi et moi © Эми́н Араз оглы Агала́ров

 Enfin, il a chanté aussi en duo Les Frimas sibériens avec Vladimir Kouzmine... Douteux que repris 25 ans après par un tel chanteur, ce soit un navet, comme le pensaient certains commentateurs. 

Les Frimas sibériens, Vladimir Kouzmine en duo avec Emin © Владимир Кузьмин

Vers 3'30, il semble avoir vu un spectre de sa bien-aimée et demande à l'hôtesse du transsibérien s'il ne l'aurait pas vu descendre du train... Elle n'a rien vu. 

 Emin est donc profondément un ex-soviétique, partagé entre la Russie et son ex-république soviétique d'Azerbaïdjan, étant attaché également aux deux. 

 

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