Les tourments de Hassan Diab

Les tourments de Hassan Diab

La décision récente (le 27 janvier) de la Cour d'Appel à Paris d'envoyer Hassan Diab devant les tribunaux vient confirmer à quel point la 'justice' française persiste à condamner ce Canadien manifestement innocent. Arrêté en 2008 à Ottawa, soupçonné d'avoir participé à l'attentat terroriste de la Rue Copernic à Paris en 1980, Hassan Diab a tout de suite perdu son poste de professeur en sociologie à l'Université Carleton, s'est vu imposé des conditions de liberté provisoire très strictes, et a subi six années de lutte juridique contre son extradition vers la France.

Cette extradition a quand même eu lieu en novembre 2014 malgré une absence de preuves convaincantes et un dossier qualifié par le juge canadien comme "confus et troublant". Ce juge se sentait obligé d'ordonner l'extradition étant donné le manque de clarté et de précision de la Loi sur l'extradition canadienne. C'est ainsi que Hassan Diab s'est trouvé en isolement cellulaire dans la Maison d'Arrêt de Fleury-Mérogis en banlieue parisienne. Il y est resté pendant plus de trois ans, n'ayant subi aucun procès et sans accusations formelles contre lui.

Normalement, une personne extradée passe rapidement devant les tribunaux. En l'occurence, les juges d'instruction ont commencé une interminable investigation, qui a duré plus de trois ans. Les expertises graphologiques, déjà discréditées au Canada, sont restées le point de mire du procureur. À huit reprises, les juges d'instruction ont décidé d'accorder une liberté provisoire à Hassan Diab, pour voir leur décision renversée par le procureur. Un des juges d'instruction a fait le voyage au Liban où il a pu examiner des documents universitaires et interroger d'anciens étudiants, le tout confirmant ce que prétendait Hassan Diab, à savoir qu'il ne se trouvait pas en France au moment de l'attentat et qu'il était bel et bien à Beirut où il passait ses examens.

Les 'preuves' soumises au Canada par la France en 2008 pour justifier l'extradition de Hassan Diab se sont révélées soit inexistantes ou insuffisantes, soit basées sur des informations générées par les services secrets de divers pays dont on n'a jamais connu l'identité. C'est dans ces circonstances que Hassan Diab a finalement été libéré par les deux juges d'instruction en janvier 2018 et a pu regagner le Canada et retrouver son épouse et ses deux jeunes enfants et son emploi universitaire. 

Le parquet a fait appel de cette libération et a exigé un rapport supplémentaire d'expertise graphologique. Tout cela a traîné pendant trois ans pour aboutir à une absence de conclusion satisfaisante, mais qui affirmait plutôt l'innocence de Hassan Diab. Exiger un procès ne peut se comprendre autrement qu'une chasse au bouc émissaire et un refus d'admettre que la justice française a pu se tromper dès le début de cette triste affaire. Les échos de Dreyfus sonnent à nos oreilles.

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