Pour une démocratie populaire en mouvement.

Appel pour relancer la question de la démocratie à partir de la diversité populaire. C'est parce que personne n'est indispensable que chacun doit pouvoir trouver sa place pour tous.

Pour une démocratie populaire en mouvement.

 

Nos démocraties d’origine occidentale se sont progressivement transformées en dispositifs réalisant ce que Marx avait envisagé : construire une machinerie politique dont le but consiste à promouvoir les intérêts des classes dominantes en les faisant passer pour l’intérêt général.

 

Un exemple parmi de nombreux autres : il serait de l’intérêt général, pour sauver « notre monde économique », que le travail devrait être de moins en moins rémunéré. La « pauvre France », en 2016, n’en a pas moins été la championne de la rémunération de l’usure en prodiguant 16,6% de rendement à son actionnariat tandis que les salaires ne progressaient que de 2,7%.

 

Laissons l’évidence de ce constat pour nous ouvrir au plus complexe : cela ne peut perdurer qu’avec notre participation, qu’elle soit consentie ou par défaut.

 

En ce sens ne faudrait-il d’abord pas s’interroger les uns les autres pour reprendre en main nos destinées ? Ne faut-il pas nous ressaisir de la question démocratique ? La démocratie représentative n’a-t-elle pas atteint ses limites et avec elle la 5ème République ? En quoi la vraie mondialisation serait-elle par nature incompatible avec l’émergence citoyenne quand tant d’exemples prouvent le contraire, pensons entre autres à Wikipédia ? Y a-t-il une fatalité à ce que la question démocratique soit jetée avec l’eau du bain d’un communisme sans « sens du commun » ? Ou au contraire n’y a-t-il pas matière à s’instruire les uns les autres de l’émergence d’un sens nouveau du « commun » viable qu’à la condition d’être l’œuvre de chaque individu ? Une certaine vulgate « révolutionnaire », soutenue par des intellectuels installés n’a-t-elle pas considéré que la question démocratique ne fût jamais qu’un avatar du libéralisme ? N’a-t-on pas non plus, laissé bien d’autres termes : la liberté, le travail, la valeur pour n’en citer que quelques-uns, nous parvenir déjà très orientés dans leur présentation, au point que nous soyons de fait exclus de pouvoir en débattre autrement que sous condition ?

 

La seule opposition sérieuse et qui vaille se présente munie d’un programme et d’un leader. Dans la circonstance du moment, nous en sommes heureux et nous pouvons nous y reconnaitre dans le mouvement qui la porte, mais au regard de l’histoire cela ne saurait suffire. Il y faut plus : la constitution à partir de la diversité populaire d’un mouvement qui concilie un projet collectif avec la dynamique des rêves et espoirs individuels.

 

Cela n’est pas simple, certains diront même assez de bavardages de l’action. L’action à elle seule ne fait pas politique. Elle a trop souvent servi dans l’histoire à la mise en place de nouvelles formes de domination, en dépossédant les acteurs du sens de leurs actions. Gramsci dit qu’il « faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté». Nous proposons, pour dépasser ce pessimisme, de démultiplier les lieux de son émergence à partir de la réalité la plus rapprochée qui soit : celle de ses assises locales dans la vie quotidienne.

 

C’est le sens en cette rentrée de notre appel : la mise en place de multiples forums, mettant au travail la politique c’est-à-dire la conciliation d’un certain nombre de projets collectifs avec les diversités singulières.

 

Pour le dire autrement la conciliation d’un projet collectif avec l’imaginaire de la valeur de chacun qui ne peut exister qu’à la condition d’être partagé. C’est pourquoi nous pensons dépassée l’idée selon laquelle il faudrait élever la conscience du peuple qui justifie la formation d’un parti et d’un leader.

 

Il n’y a de peuple que dans l’exercice risqué de ses expressions multiples. C’est à cela que tous ensemble nous pouvons aspirer en créant les conditions de pouvoir partager la complexité de notre rapport au monde.

 

Comment ?

 

En acceptant l’idée que politique et démocratie sont indissociables et ne vont de pair qu’à la condition d’accepter cette tension permanente entre les intérêts collectifs et la part créatrice de nos petites insatisfactions individuelles.

 

 Il n’y a de communisme qu’en mouvement permanent.

 

Les moyens techniques actuels nous permettent d’envisager l’ouverture de multiples forums qui pourraient s’organiser en thèmes sur la question démocratique et sur le politique permettant de la soutenir.

 

Une autre république est nécessaire, mais discutons d’abord de la complexité de construire notre commun, au plus près de nos paysages quotidiens, sans détruire les rapports que chacun entretient avec ses imaginaires de la valeur.

Cela sous-entend d’effectuer un travail sur le rapport que nous entretenons avec nos valeurs.

 

Risquons, pour libérer nos réflexions, que la question ne serait pas tant ou seulement d’être anticapitaliste que de mettre en place les conditions d’un dépérissement de la suprématie des parasitismes financiers. Ce qui revient à réfléchir aux conditions de la fabrication de nos imaginaires sociaux.

 

Peut-être nous faut-il relever encore et encore le défi des lumières que Kant formulait par un impératif : « osez penser ».

 

Osons penser par nous-mêmes en dehors de ce choix destructeur pour notre avenir et notre planète qui nous laisserait comme seule possibilité soit d’être esclavagiste soit d’être esclave, sous prétexte que le néolibéralisme permettrait à notre libre arbitre de choisir l’un ou l’autre, milliardaire ou pauvre.

 

Pour oser penser, il nous faudra probablement oser nous parler et débattre ensemble. C’est à cela que nous nous invitons, nous qui refusons de nous soumettre à l'ordre destructeur qui détourne les démocraties de la mise en mouvement de nos communs.

 

Roger FERRERI

Bruno PIRIOU

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