Le bourgeois gentilhomme

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait un pur hasard ou une cïncidence troublante.

 

Le Maître d’armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant, "En garde".

 

MAÎTRE D’ARMES.- Eh m'sieur le Maître de musique, pour la prochaine Une de Médiapart, en plus du vomi sur Mélenchon, on pourrait pas avoir une femme à poil aussi ?

 MAÎTRE DE MUSIQUE.- Non, ce qui entraîne ces réactions de commentateurs aussi furieux qu'itératifs, c'est un phénomène moins politique qu'anthropologique, moins intellectuel que névrotique : des grenouilles de gauche demandent un roi et ne supportent pas que celui-ci soit égratigné. Ces réactions proviennent d'une infime minorité charivarique, à ne pas confondre avec l'immense et respectable majorité des abonnés de Mediapart – ceux-ci se sont empressés de placer notre “parti pris” en tête des articles les plus recommandés :

MAÎTRE D’ARMES.- Je vous l’ai déjà dit ; tout le secret des armes ne consiste qu’en deux choses, à donner, et à ne point recevoir : et comme je vous fis voir l’autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez détourner l’épée de votre ennemi de la ligne de votre corps ; ce qui ne dépend seulement que d’un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors.

 MONSIEUR JOURDAIN.- De cette façon donc un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n’être point tué.

 MAÎTRE D’ARMES.- Et c’est en quoi l’on voit de quelle considération nous autres nous devons être dans un État, et combien la science des armes l’emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la...

 MAÎTRE À DANSER. Plus bas – si j'ose écrire – en ce déroulé, l'ensemble des commentaires dégage un fumet sectaire. Notamment les menaces de désabonnements : comme si nos adeptes du Temple solaire préparaient, ici, un suicide collectif numérique ! C'est à la fois comique et inquiétant. L'alternative à la gauche de la gauche est gâchée par le tropisme autoritaire, antidémocratique et fanatique de populistes rageurs. Un ancien trotskyste fédère – ô paradoxe ironique de l'Histoire ! – une cohorte de post-staliniens mal dégrossis.- Tout beau, Monsieur le tireur d’armes. Ne parlez de la danse qu’avec respect.

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Quelle exégèse ! Le bac Musique  approche : demeurez concentré, ne perdez pas espoir...  Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l’excellence de la musique.

 MAÎTRE D’ARMES.- Mais avouez qu'il y a quelque chose de tentant à défier la niaiserie écumante des mélenchonno-poutino-sapiriens prêts, pour certains, à une jonction fâcheuse avec le FN. Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Vous avez cependant raison, et je vous reconnais volontiers cette supériorité : se cogner un benêt ne lui fait en rien prendre conscience de son indigence, mais renforce la rage individuelle et l'esprit de meute collectif. Voyez un peu l’homme d’importance !

 MAÎTRE À DANSER.- Il y a deux dictatures que j'exècre : celle de l'argent et celle de la bêtise. Et je préfère la dictature de l'esprit à celle du prolétariat. Celle-ci, grosse de violence, nous essentialise et nous cadenasse. Celle-là contient sa part de liberté fluide et propose une dynamique en partage. Voilà un plaisant animal, avec son plastron !

 MAÎTRE D’ARMES.- Maître à danser , le psychologisme est le dernier recours de l'impuissance ! Quand tout argument possible est épuisé et que la démonstration du fait n'est pas effectuée on y fait appel systématiquement ! Et ce n'est pas moi qui l'ai constaté ! C'est ce que vous petit Maître à danser venez de réaliser , la psychée au secours du vide ! Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de la belle manière.

MAÎTRE À DANSER.- Quand on a la chance de travailler dans un canard, il faudrait que la connerie, fût-elle monumentale, vous glissât sur les plumes...Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.

 MONSIEUR JOURDAIN, au Maître à danser.- Ètes-vous fou de l’aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative ?

 MAÎTRE À DANSER.- Les sectateurs de M. Mélenchon requièrent des cases pour enfermer à jamais leurs contradicteurs : social-traître, suppôt de ceci, vendu à cela – d'où leur perméabilité au racisme. En revanche, la dictature de l'esprit permet de passer son tour, de ne pas toujours être en position dominante ou dominée. J'admets volontiers, par exemple, votre phrase : « Si vous mettiez moins de mépris envers ceux qui ne sont pas au niveau de votre "hauteur de vue", le débat s'en porterait mieux. » Je vous trouve même plus intelligent que moi sur ce coup-là. Je me moque de sa raison démonstrative, et de sa tierce, et de sa quarte.

 MONSIEUR JOURDAIN.- Tout doux, vous dis-je.

 MAÎTRE D’ARMES.- Comment ? petit impertinent. : Mélenchon dans un face à face vous ridiculiserait , vous n'êtes qu'un triste personnage enfumeur ,manipulateur et en aucun cas un journaliste .

 MONSIEUR JOURDAIN.- Eh mon Maître d’armes.

 MAÎTRE À DANSER.- La dictature de l'esprit  était une allusion à Périclès. Comment ? grand cheval de carrosse.

 MONSIEUR JOURDAIN.- Eh mon Maître à danser.

 MAÎTRE D’ARMES.- Heureusement pour Périclès, vous n’étiez pas athénien à cette époque ! Si je me jette sur vous...

MONSIEUR JOURDAIN.- Doucement.

 MAÎTRE À DANSER.- c'est ainsi la conception du débat contradictoire que vous défendez : quand on ne lit pas dans un journal le reflet de ses certitudes, on le quitte ? Le débat entre gens d'accord avant de lire, très peu pour moi. Si je mets sur vous la main...

 MONSIEUR JOURDAIN.- Tout beau.

 

MAÎTRE D’ARMES.- Vous voici revenu à votre style : l'amalgame, le mépris de classe. Ne voyez-vous pas le mépris dont vous faites preuve ? Peut-être un jour comprendrez-vous que vous avez été co-responsable, par votre mépris de classe de la montée du FN que vous vous plaisez à dénoncer, plus par adhésion à une mode d'ailleurs, que par conviction ou raison, au vu de vos discours. Je vous étrillerai d’un air...

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Hé le Maître à danser, ne seriez vous pas  le crapaud qui bave au milieu des grenouilles, le vieux batracien verruqueux! Laissez-nous un peu lui apprendre à parler.

 

MONSIEUR JOURDAIN.- De grâce.

 

MAÎTRE À DANSER.- La phrase relève d'un tic de langage fameux, devenu comme un trope et qui a dû faire tilt chez les abonnés de bonne volonté, sans œillères : « Je ne suis pas raciste. Mais [...] »Je vous rosserai d’une manière...

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon Dieu. arrêtez-vous.

 

Scène 2

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Holà, Monsieur le philosophe, vous arrivez tout à propos avec votre philosophie. Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Qu’est-ce donc ? Qu’y a-t-il, Messieurs ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu’à se dire des injures, et en vouloir venir aux mains.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Hé quoi, Messieurs, faut-il s’emporter de la sorte ? et n’avez-vous point lu le docte traité que Sénèque a composé, de la colère ? Y a-t-il rien de plus bas et de plus honteux, que cette passion, qui fait d’un homme une bête féroce ? et la raison ne doit-elle pas être maîtresse de tous nos mouvements ?

MAÎTRE À DANSER.- Avoir la droite la plus bête du monde passait pour divertissement. Découvrir que nous devons nous cogner, de surcroît, une partie de la gauche la plus cruche de la planète s'avère pénible. Mais supporter que cette frange, en sus d'être sotte, se fasse scélérate (en se satisfaisant du meurtre d'un opposant politique de M. Poutine) : voilà qui devient tout simplement intolérable.Comment, Monsieur, il vient nous dire des injures à tous deux, en méprisant la danse que j’exerce, et la musique dont il fait profession ?

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu’on lui peut dire ; et la grande réponse qu’on doit faire aux outrages, c’est la modération, et la patience.

 

MAÎTRE D’ARMES.- Vous êtes inamovible, vous êtes le pantin d'une farandole de mots qu'il y a longtemps que vous ne maîtrisez plus dès que vous n'êtes plus seul devant votre page blanche, en fait je pense que vous avez perdu l'esprit. Vous étiez trop génial et ça vous a sans doute perdu. Ils ont tous deux l’audace, de vouloir comparer leurs professions à la mienne.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Faut-il que cela vous émeuve ? Ce n’est pas de vaine gloire, et de condition , que les hommes doivent disputer entre eux ; et ce qui nous distingue parfaitement les uns des autres, c’est la sagesse, et la vertu.

 

MAÎTRE À DANSER.- Si je vous comprends bien, de même que le vieil Edouard Herriot disait, à propos d'Antoine Pinay, « il s'est fait une tête d'électeur », vous voudriez que j'écrivisse comme un commentateur.

Ou plutôt comme vous, pour tout dire...

Vous avez le droit de vous tromper. Souffrez cependant que je comble votre ignorance :  Je lui soutiens que la danse est une science à laquelle on ne peut faire assez d’honneur.

 

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Vous vous perdez en conjectures, au lieu de réfléchir au billet intéressant du Père vert pépère censé nous réunir ici. Et moi, que la musique en est une que tous les siècles ont révérée.

 

MAÎTRE D’ARMES.- votre utilisation tout à fait incorrecte du mot « alternative » qui renvoie à un choix entre deux propositions devrait faire honte à celui qui revendique  hautement et lourdement un bon usage de la langue. Et moi, je leur soutiens à tous deux, que la science de tirer des armes, est la plus belle et la plus nécessaire de toutes les sciences.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Et que sera donc la philosophie ? Je vous trouve tous trois bien impertinents, de parler devant moi avec cette arrogance ; et de donner impudemment le nom de science à des choses que l’on ne doit pas même honorer du nom d’art, et qui ne peuvent être comprises que sous le nom de métier misérable de gladiateur, de chanteur, et de baladin !

 

MAÎTRE D’ARMES.- Allez, philosophe de chien.

 

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Allez, belître de pédant.

 

MAÎTRE À DANSER.- Allez, cuistre fieffé.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Comment ? marauds que vous êtes...

Le philosophe se jette sur eux, et tous trois le chargent de coups, et sortent en se battant.

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Infâmes ! coquins ! insolents !

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

 

MAÎTRE D’ARMES.- La peste l’animal !

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Impudents !

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

 

MAÎTRE À DANSER.- Diantre soit de l’âne bâté !

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Scélérats !

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

 

MAÎTRE DE MUSIQUE.- Au diable l’impertinent.

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Fripons ! gueux ! traîtres ! imposteurs !

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