Même Catalan, le nationalisme n’est pas un progressisme !

Lettre à la rédaction de Médiapart

Lecteur de Médiapart depuis 2010, homme de gauche depuis toujours, antinationaliste viscérale et fervent défenseur de la liberté d’expression, je remets en question aujourd’hui la ligne éditoriale de Médiapart concernant le conflit Catalan. Depuis peu, nous sommes un petit groupe à ne pas approuver cette ligne et à nous impliquer dans une demande d’explication à notre journal.

Dans un contexte historique complexe, ou les enjeux sont très importants pour la Catalogne, L’Espagne, la démocratie. Nous pouvons constater aisément, que les articles publiés par Médiapart ne prennent pas la mesure de ces enjeux et qu’ils méritent un traitement différent de la part de ses journalistes professionnels.

Les journalistes font souvent des récits victimaires et orientés. Ils communiquent clairement sur le caractère progressiste d’un mouvement qui s’avère être purement nationaliste, exclusif et non fraternel.

Ils ne parlent pas des opposants aux sécessionnistes, des intellectuels et artistes qui sont contre ce nationalisme dévastateur (Libération le fait régulièrement).

Ils ne donnent pas la parole aux anti franquistes historiques qui n’adhèrent pas aux thèses indépendantistes. Leurs avis seraient pourtant très intéressants !

Ils ne parlent pas (ou de façon secondaire) du quasi putsch qu’ont fait les députés nationalistes au parlement Catalan lors du vote du 6/7 septembre 2017. Vote qui renversa toutes les normes constitutionnelles et juridiques en validant la convocation d’un référendum d’indépendance.

Ils ne parlent pas du véritable profil des sécessionnistes qui sont majoritairement les catégories socio-professionnelles les plus aisés de Catalogne.

Ils ne font pas d’étude comparative et n’évoquent pas la grande autonomie dont jouissent les régions espagnoles. De leurs exceptionnels pouvoirs par rapport à ceux afférent aux régions françaises ou Européennes...

Ils n’évoquent pas le caractère immoral et égoïste d’une Catalogne riche et prospère qui se désolidarise d’une Espagne ou certaines régions sont sorties de la misère il y a peine 40 ans.

Ils donnent peu de valeur informative à une constitution qui a été approuvée en 1978 par 91,08% des Catalans et qui dans un contexte de transition fermait définitivement la porte à la dictature franquisme et de surcroit émerveillait tous les dirigeants et les démocraties de la planète.

Ils ne parlent pas non plus des acteurs économiques Catalans, patrons, ouvriers, commerçants qui ont pourtant un avis tranché sur les évènements de Catalogne.

Au mois de septembre 2017, Médiapart avait publié un portfolio sur la jeunesse catalane nationaliste qui se désespère de l'Espagne. Ne peuvent-ils pas faire la même chose sur les classes sociales laborieuses qui ne sont pas indépendantistes et qui vivent dans la banlieue de Barcelone ?

Mais, nul doute, leurs articles sont à la gloire des nationalistes opprimés par les espagnols prétendument franquistes. « Franquiste un jours, franquiste toujours », formule hallucinante que j’ai lu récemment dans un blog indépendantiste. Que doit-on penser de l’Allemagne ? Nazi un jour, Nazi toujours !?

Nous pouvons également remarquer qu’en omettant les enjeux de tel ou tel acteur, de tel ou tel fait, les articles manquent de profondeur, c’est souvent « frugale ». Pas d’informations de fond sur les associations catalanistes ANC et OMNIUM qui ont pourtant un rôle majeur dans cette crise et qui disposent de moyens financiers colossaux. Rien non plus sur le récit national indépendantiste, la dissection du discours historique officiel nous permettrait pourtant de découvrir, du mythe, du révisionnisme, des contre-vérités, du racisme, en bref du suprématisme!

Les Espagnols, que pensent les Espagnols ? Rien non plus sur le sentiment des Espagnols face à cette crise qui les angoisse. La qualification d’espagnoliste ou fasciste ou franquiste doit elle être leur unique porte de salut ?

Mais hélas! Et c’est là que le bât blesse, le problème de Médiapart est en fait par extension le problème d’un grand pan de la gauche française désinformée et qui voit dans ce conflit, même s’il est indigne, les prétentions d’une recherche de liberté, d’un progressisme. Il est vrai que les événements du 1-O ont beaucoup marqué les esprits et les violences, même si elles étaient mineures (rien à voir avec la répression lors des manifs de nos Gilets Jaunes), ont profondément choqué. Les nationalistes évidemment ont abondamment récupéré les événements et surtout les images (c’était sans doute leur objectif inavoué en maintenant le référendum illégal). Aujourd’hui cette grande partie de la gauche française (ne parlons pas de l’extrême gauche dont les évènements de Catalogne nourrissent jusqu’a l'obécité leurs fantasmes révolutionnaires…) soutient des gens qui donnent l’illusion de lutter contre un vieux monde qu'ils qualifient de Franquiste, elle soutient des gens qui se définissent comme le peuple muselé de Catalogne et à qui on interdit l'expression de toutes différences culturelles, linguistique, etc... Evidemment, les gens qui connaissent l’Espagne et la Catalogne savent que ce n'est pas vrai. Dire le contraire serait être aveugle et sourd. Mais effectivement, il est difficile face à une telle désinformation de convaincre des gens exaltés par une lutte qu’ils estiment légitime.

L'évidente légèreté du traitement de l’information. L’incapacité à définir comme ennemi un nationalisme rance, rend de facto les médias de gauche Français (dont Médiapart), responsables d’un positionnement historique paradoxal, d’un grand recul de la démocratie et de la solidarité entre les peuples. C’est pourquoi, je dénonce « la paresse intellectuelle » du journal Médiapart en servant une soupe « victimaire » et « faussement progressiste » à ses lecteurs !

Dans cette situation, je ne peux cautionner en aucun cas, le parti pris et les carences de contenus de la part d’un journal qui est par ailleurs excellent!

Roland FERNANDEZ

Ancien ajusteur Franco/Galicien

 

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