NICOLAS SARKOZY ou l'arroseur arrosé

L'ancien président de la République vient d'être condamné. Je me garderai bien de dire si c'est à tort ou à raison : il y a suffisamment de gens pour s'aventurer sur ces terres incertaines. Je m'intéresse seulement aux protestations du condamné.

Nicolas SARKOZY ou l'arroseur arrosé

L'ancien président de la République vient d'être condamné. Je me garderai bien de dire si c'est à tort ou à raison : il y a suffisamment de gens pour s'aventurer sur ces terres incertaines.
Je m'intéresse seulement aux protestations du condamné. Il fait valoir qu'il n'y a aucune preuve tangible contre lui, seulement une intime conviction des juges : «
En 2021, s'indigne-t-il, on peut donc condamner un homme après sept ans d'enquête dans tous les sens (...) sans l'ombre d'une preuve ». Et comme il fait appel, il demande le bénéfice de la présomption d'innocence.

Sur ces deux points, on ne peut que lui donner raison.
Mais que n'a-t-il prêché d'exemple quand il était au pouvoir ? Souvenons-nous.
Le 4 juillet 2003, au terme d'une cavale de quatre années, Yvan Colonna est arrêté en Corse du Sud. Il était poursuivi par la Justice parce que certains membres du commando qui avait assassiné le préfet Érignac le 6 février 1998, l'avaient accusé d'avoir été le tireur.
Le soir-même, Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'Intérieur, déclare dans un meeting : «
La police française vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Érignac ». Il réitérera son accusation un peu plus tard en Corse. La Fédération Internationale des Droits de l'Homme condamnera ces propos : « En violation extrêmement grave de la présomption d'innocence, deux ministres de l'Intérieur successifs (le premier était J.P. Chevènement) ont déclaré publiquement, bien avant le procès, qu'Yvan Colonna était l'assassin du préfet Érignac ».
Très logiquement, Yvan Colonna a porté plainte contre N. Sarkozy pour viol de la présomption d'innocence. Il a été débouté en avril 2007 par le juge des référés qui a ainsi justifié sa décision : «
Si les déclarations litigieuses ont suscité une impression certaine de culpabilité, elles ne sauraient être sanctionnées (...) à défaut de comporter une expression non équivoque (...) tenant pour acquise la culpabilité ». Voilà donc un juge qui, dans la même phrase, dit tout et son contraire. Désir d'asservir le judiciaire aux souhaits du politique et de complaire au futur président de la République ? Qui sait ?
Par la suite, Yvan Colonna sera condamné à la perpétuité par trois cours d'assises spécialement composées. Pourtant, aucune preuve n'a été apportée au cours des procès. Seulement des intimes convictions. On pourrait paraphraser l'ancien président :
au XXIè siècle, on peut donc condamner un homme à la perpétuité ( à la perpétuité !) après des années d'enquête dans tous les sens sans l'ombre d'une preuve !... Ajoutons que les trois cours ont été « spécialement composées » par un seul et même homme : le premier président de la cour d'appel. Lui-même directement nommé par le président de la République de l'époque : Nicolas Sarkozy.
Si celui-ci ne veut pas qu'on dise qu'il a été puni par où il a péché, je l'invite à demander qu'on reprenne à zéro l'affaire Colonna qui fut engagée sur des bases qui n'avaient rien à voir ni avec l'équité, ni la vérité. Encore moins la démocratie.

Roland LAURETTE

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