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Billet de blog 20 avr. 2012

Yvan COLONNA : "JE RESTERAI DEBOUT"

Roland LAURETTE
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 17 avril 2012, il y avait à Toulon une réunion-débat sur l'affaire Colonna. Salle comble. On trouvera ci-dessous la présentation que j'y ai faite de l'affaire Colonna. On notera que j'ai lu en fin d'allocution un message d'Yvan Colonna à la salle. On notera aussi que les deux autres intervenants étaient Guy Bedos et André Paccou (représentant de la ligue corse des droits de l'homme).

L'AFFAIRE COLONNA

Préalable :  Je suis de ceux qui pensent que l'assassinat du Préfet de Corse le 6 février 1998 fut à la fois un crime abominable et une faute pitoyable. Mais ajouter de la souffrance injuste à de la souffrance tragique n'a jamais rien résolu. C'est dans les rituels barbares qu'on sacrifie d'innocentes victimes à la divinité en colère. En pays civilisé, il n'y a pas la vengeance, il y a la justice ; il n'y a pas les passions débridées, il y a la loi ; il n'y a pas le châtiment à tort et à travers, il y a la vérité.

UNE JUSTICE ÉQUITABLE, C'EST L'UNE DES CONDITIONS MAJEURES DE LA DÉMOCRATIE ET DU RESPECT DES DROITS DE L'HOMME

Yvan Colonna n'a pas eu droit à une justice équitable. Je vais le montrer par quelques faits incontestables. Mais, malheureusement, j'aurais pu en prendre beaucoup d'autres. On les trouvera dans mes ouvrages. Ils éclairent d'une lumière crue les dérives des appareils policier et judiciaire spécialisés dans la lutte antiterroriste. Ce dernier point sera traité, beaucoup mieux que je ne saurais le faire par Alain Paccou, président de la Ligue des droits de l'Homme en Corse.

Yvan Colonna n'a pas eu droit à une justice équitable.

Une justice équitable

*doit être la même pour tous les justiciables  Cela exclut toute juridiction d'exception sous quelque forme que ce soit. (cf. A. Paccou).

*doit être indépendante en vertu de la séparation des pouvoirs. Les cours « spécialement composées » qui ont jugé Yvan Colonna sont constituées de jurés et de magistrats tous nommés par une seul homme : le premier président des cours d'appel. Celui-ci est directement nommé par le Président de la République. C'est inféoder le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif.

*doit être au-dessus de tout soupçon. Pour cela, nous venons de le dire, on ne doit pas pouvoir  soupçonner le juge d'être aux ordres. Or, que penser du fait suivant ? 

Après la déclaration de Nicolas Sarkozy du 4 juillet 2003 («  la police française vient d'arrêter l'assassin du préfet Erignac, Yvan Colonna »), Yvan Colonna le poursuit pour viol de la présomption d'innocence. En mars 2007, il est débouté. Les juges estiment que les propos de Nicolas Sarkozy « suscitent une impression certaine de culpabilité » mais qu'ils ne présentent pas Colonna comme l'auteur du crime. Sans commentaire.

*pour être au-dessus de tout soupçon, elle doit se fonder sur une enquête et une instruction irréprochables. Or, à quoi avons-nous assisté ?

Guerre des polices :Quelque jours après l'assassinat du préfet, Roger Marion, directeur de la DNAT a intrigué auprès du ministre de l'intérieur de l'époque (J.P. Chevènement) pour que l'enquête lui soit confiée au détriment de Démétrius Dragacci, directeur du SRPJ d'Ajaccio. Or celui-ci avait eu d'emblée des intuitions qui, si elles avaient été suivies, auraient permis d'arrêter le commando très rapidement. Roger Marion, lui,  est tombé dans tous les leurres qui lui ont été tendus : la piste agricole, la piste des intellectuels. Mais, c'est promis, juré avec Yvan Colonna, il ne s'est pas trompé. C'est le même Roger Marion qui s'arrangera pour faire retirer à la gendarmerie l'enquête sur l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella. C'est sans doute un hasard : à ce moment-là, la gendarmerie enquêtait sur ce qu'on appelle en Corse les réseaux Pasqua...

Coups tordus :

a) disparitions de pièces : fin 98, le RAID organise pendant plusieurs mois consécutifs la filature et l'écoute téléphonique d'Yvan Colonna. Si le rapport consécutif à cette enquête avait contenu le plus petit indice défavorable à Yvan, il aurait évidemment été exploité à outrance. Les avocats d'Yvan n'ont jamais pu obtenir qu'il soit versé au dossier. Il a été déclaré perdu. 

b) création de fausses pièces : au dernier procès, tout semble tourner en faveur d'Yvan. Alors, coup de théâtre : le directeur de la Police Judiciaire, contacté le matin même par une source dont il tait le nom, la reçoit toutes affaires cessantes et vient en personne porter au tribunal la photocopie d'une lettre de menaces censée avoir été adressée par Yvan à Pierre Alessandri pour qu'il témoigne en sa faveur de façon convaincante. En droit français, et c'est heureux, une photocopie ne peut être une pièce à conviction. Ce faux grossier va pourtant être utilisé contre Yvan et versé au dossier par le président Stéphan.(c'est l'un des éléments qui justifie le nouveau pourvoi en cassation). 

c) falsification de faits : on sait que ce sont les téléphones portables qui ont permis d'arrêter les membres du commando Érignac. À partir des bornes activées, la police a mis sur pied ce que le président Coujard a nommé « un scénario officiel ». Déjà le terme de scénario en dit long sur la fiabilité de la chose... Mais au second procès, Me Simeoni a pu démontrer que l'étude précise des bornes activées par les portables de Maranelli et de Ferrandi disaient tout à fait autre chose : le commando n'était pas parti de l'endroit indiqué mais de son opposé et les différents acteurs de cette tragédie ne se trouvaient pas là où la police les mettait à l'heure qu'elle indiquait... Alors ? Alors, rien... Le président Wacogne est passé à un autre sujet.

Pour être irréprochables, l'enquête et l'instruction doivent être conduites à charge et à décharge. J'aurai peut-être l'occasion dans le débat d'évoquer les indices qui n'ont pas été exploités. Je me contenterai ici de parler d'un seul fait mais majeur. Les témoignages oculaires et les déclarations des membres du commando ainsi que le coup de théâtre de Didier Vinolas qui fut le chef de cabinet du préfet assassiné, indiquent qu'il existe d'autres complices de l'attentat mais qu'ils ne sont pas connus. À partir du moment où le nom d'Yvan Colonna est prononcé la police et les juges ne veulent plus entendre parler de rien d'autre. Curieux, non ? Cela conduit au soupçon suivant : s'entêterait-on dans l'affirmation de la culpabilité d'Yvan pour ne pas avoir à chercher là où, précisément, il faudrait chercher ?

*La présidence doit être sereine et équitable : qu'est-ce qu'un président de cour sinon celui qui veille à ce que la balance soit égale entre accusation et défense ? 

Il doit endosser l'objectivité de la loi, ne pas peser en cours d'audience de façon unilatérale et respecter lui-même un certain nombre de principes fondamentaux. 

Or, qu'avons-nous vu ? 

Au cours du premier procès, dix jours avant le délibéré et le verdict, le président Coujard a déclaré à l'accusé : « Nous fondons notre intime conviction à partir de la raison. » Tout est à critiquer dans cette affirmation : le « nous » qui montre que le président, se sent appartenir au camp de l'accusation ; la « raison » qui implique qu'il n'y a pas des faits objectifs mais une théorie ; et dix jours avant la fin du procès, le président avoue avoir une « intime conviction » défavorable à l'accusé. Autant dire un pré-jugé. L'accusé est bien jugé et condamné à l'avance.

Jamais, aucun des trois présidents n'a rappelé à l'accusation que c'était à elle de prouver la culpabilité de l'accusé. À la barre, Roger Marion pourra se réfugier derrière son « intime conviction ». Yvan Colonna, lui,  a été sommé de prouver qu'il était innocent. « Il faut nous apporter des éléments » lui dira le président Coujard. 

Je ne citerai que pour mémoire la façon indigne dont on a tenté de jeter le discrédit sur la plupart des témoins favorables à Yvan. La Cour de cassation s'en est indignée puisqu'elle a cassé l'arrêt de la cour d'appel de 2009 à cause de la façon dont l'un des experts en balistique appelé à la barre par la défense avait été empêché de s'exprimer. Le traitement subi par Aurèle Mannarini était hélas symptomatique du fonctionnement général de la cour. 

*Les droits de la défense doivent être respectés.

Tous les éléments du dossier doivent lui être communiqués : le président Wacogne ne communiquera pas aux avocats deux documents reçus avant le procès : ni la lettre de Didier Vinolas (or, elle annonçait une déclaration importante à la barre) ni le certificat médical du commandant Lebbos (or, c'était un témoin capital).

Des compléments d'enquête peuvent se révéler nécessaires à la révélation de la vérité. Ils seront tous refusés ( sur les complices « dans la nature » évoqués par Vinolas, sur la téléphonie malgré les faits nouveaux apportés par la défense).

La reconstitution du crime est souvent un élément majeur pour faire éclater la vérité. Toutes les reconstitutions demandées en présence des témoins et des acteurs du drame ont été refusées. La dernière, bien qu'incomplète, a permis toutefois de montrer que le tueur était nécessairement au moins aussi grand que le préfet.

*Les droits de l'accusé doivent être respectés.

Le premier est la présomption d'innocence. Nous avons vu dès le début comment l'actuel président de la République a violé ce principe. Il n'a pas hésité à recommencer récemment à des fins électoralistes. Mais il est vrai qu'hélas, J.P. Chevènement lui avait ouvert la voie. Ce qui est grave, c'est que la déclaration de N.Sarkozy a pesé sur tous les procès qui ont suivi.

Il est enfin un important principe de droit en démocratie : le doute doit bénéficier à l'accusé. Dans l'affaire Colonna, on va le voir dans la seconde partie de cet exposé, il y a au minimum doute. Cela n'a pas empêché trois jurys « spécialement composés » et désignés tous trois par le même homme de le condamner à la peine la plus lourde du code pénal.

COMMENT PEUT-ON PENSER QU'YVAN COLONNA EST INNOCENT ?

Des accusations tellement contradictoires qu'elles tombent d'elles-mêmes.

Dans le dossier Colonna, le seul élément à charge se trouve dans les accusations formulées en garde à vue par certains membres du commando Érignac et certaines de leurs compagnes. L'accusation et les parties civiles vont répéter à satiété qu'elles sont « précises, réitérées et concordantes ». Des trois adjectifs, le plus lourd est naturellement le troisième. 

En fait, qu'en est-il ? Je ne vais prendre que deux exemples parmi beaucoup d'autres.

6 septembre 1997 : attaque de la gendarmerie de Pietrosella où l'arme du crime sera dérobée. Seuls, Alessandri et Versini affirment qu'Yvan Colonna faisait partie du commando. Celui-ci était divisé en deux sous-groupes A et B. Alessandri dans l'un, Versini dans l'autre. Chacun des deux dit que Colonna était dans l'autre groupe. Pas dans le groupe A, pas dans le groupe B, où était-il donc ?

7 février 1998 : lendemain de l'assassinat du préfet. Jeanne Ferrandi habite sur les hauteurs d'Ajaccio avec son époux (Alain, le chef du commando). Elle affirme qu'après l'attentat; Yvan Colonna est resté chez elle jusqu'à midi. (L'évocation de cette matinée fourmille d'ailleurs de détails contradictoires.)

De son côté, Valérie, l'épouse de Maranelli (le guetteur devant la préfecture), affirme qu'Yvan Colonna est venu chez elle, à Cargèse, vers 7 h 30 du matin. Le chroniqueur du Figaro fait observer qu'Yvan Colonna n'ayant pas le don d'ubiquité, il ne pouvait être en deux endroits à la fois.

On trouvera dans mes ouvrages bien d'autres contradictions. La moindre d'entre elles aurait dû inquiéter les enquêteurs. Leur addition montre que le dossier ne repose que sur des accusations non pas concordantes mais fantaisistes. Tout aurait dû conduire à la relaxe.

Les témoignages :

Aucun des témoignages à charge ne tient. Je viens de le montrer. Ajoutons qu'ils ont d'ailleurs été tous retirés. 

Tous les autres témoignages sont favorables à Yvan. TOUS. 

Il y a deux grandes catégories de témoins.

Ceux qui étaient rue Colonel Colonna d'Ornano au soir du 6 février 98. Ce sont les témoins oculaires qui se subdivisent en deux sous-groupes.

a) ceux qui ont vu le crime de loin. Tous n'ont vu que deux tueurs auprès du préfet. Or, il en faut trois à la police pour qu'elle puisse y inclure Yvan Colonna. Ce troisième homme, personne ne l'a vu. Même la juge Le Vert a fini par l'admettre au cours du deuxième procès. 

En revanche, beaucoup de témoins ont remarqué des individus suspects dans le quartier. L'addition de ces suspects nous conduit à un chiffre bien supérieur à celui qui a été retenu par la police pour les membres du commando.

b) ceux qui ont vu le crime d'assez près pour voir clairement le tueur. 

Joseph Colombani : ami du préfet, organisateur du concert, bras droit du président de l'exécutif corse et responsable départemental UMP, son témoignage est particulièrement intéressant.

Marie-Ange Contart : elle a vu le tueur à deux mètres. 

Ces deux témoins ne disent pas « je ne reconnais pas Yvan Colonna » ; ils disent « le tueur que j'ai vu n'était pas Yvan Colonna ».

Les témoins qui attestent de la présence d'Yvan Colonna ailleurs.

6 septembre 97. Les cargésiens qui participeront à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, quittent le village aux environs de 17 h. Sylvie Cortesi a parlé sur la place de Cargèse avec Yvan après cette heure-là. Leurs enfants ont joué ensemble.

Paul Donzella restaurateur à Cargèse, hostile au mouvement nationaliste atteste qu'Yvan et son fils ont mangé une pizza dans son restaurant le soir-même.

6 février 98. 

Alex Alessandri, le berger associé à Yvan affirme qu'Yvan est resté avec lui jusqu'aux environs de 19h et qu'ils se sont retrouvés comme d'habitude le lendemain à 5h pour la traite des chèvres. Après quoi : fabrication du brocciu, puis tournée de distribution dans la matinée.

Jean-Hugues Colonna, le père et Josette Colonna-Beech, la tante affirment qu'Yvan est resté avec eux jusqu'à vingt heures. Il faut au moins une heure pour aller de Cargèse à Ajaccio. 

Remarque : ils sont interrogés séparément sans moyen de communiquer entre eux. S'ils avaient voulu fabriquer un alibi, ils n'auraient pas dit 20 h (il n'est pas matériellement totalement impossible d'être à Ajaccio à 21 h 05) mais 20 h 30 ou 20 h 45.

Les témoignages à charge ne sont pas recevables puisqu'ils sont gravement contradictoires et qu'ils ont tous été retirés par leurs auteurs. Seuls les témoignages à décharge sont réellement précis, réitérés et concordants.

J'ai montré dans ma première partie ce qu'il fallait penser de l'enquête, de l'instruction et des procès consécutifs. 

Dans les débats publics ou dans les discussions privées, on me demande souvent : « S'il est innocent, pourquoi s'est-il enfui ? Et pourquoi ses copains l'ont-ils accusé ? » Je réponds à cela : « si sa culpabilité est si évidente, pourquoi a-t-on trafiqué son dossier ? »

Mais rassurez-vous, j'ai des réponses plus argumentées sur lesquelles je ne demande qu'à revenir dans le débat. Dans l'histoire, beaucoup de gens ont jugé préférable de se mettre à l'abri. Ils n'avouaient pas pour autant leur culpabilité. Et si ses copains l'ont accusé, Pierre Alessandri s'en est expliqué très clairement au dernier procès. J'y reviendrai le cas échéant. Mais Versini avait déjà dit au procès précédent : « Il y avait d'autres gens dans l'action. Il fallait les protéger. Toi tu étais en cavale ». Autrement dit, on pouvait te charger sans risque immédiat.

La personnalité d'Yvan Colonna.

Pour illustrer cette personnalité, je vais citer un extrait de

« L'innocence qui dérange » PP. 51, 52, 53

La Présidente : - Quelles sont vos occupations en prison ?

Y C : - Tout va bien !

La Présidente : - Vous faites quelque chose ? Vous prenez des cours ?

YC : - Non, je fais du sport.

La Présidente : - Vous avez des visites ? Celles de votre compagne ?

YC : - Oui.

Ces trois réponses d'Yvan pourraient paraître anodines. Elles sont en réalité profondément symptomatiques de ce qu'il est. A la question sur ses occupations, il a l'air de répondre à côté. En fait, il dit des choses très fortes.(...)

Quand il répond « Tout va bien », on peut entendre : « Votre système a voulu m'abattre mais il n'a pas entamé ma capacité de résister : je tiens le coup. (...)

Yvan Colonna est, on le comprend donc, un homme d'une force morale et psychique exceptionnelle. La solitude du berger, la culture acquise, le sentiment de solidarité avec les victimes d'un monde injuste, les années de prison imméritée l'ont aguerri. C'est pour cela qu'il peut affirmer : « Tout va bien ».

Je vous lirai tout à l'heure un texte qui confirmera ô combien ce que je viens de dire.

CONCLUSION

Le dossier Colonna est tellement vide qu'il n'aurait jamais dû arriver devant une juridiction. Mais en France, sans preuve d'aucune sorte, on peut, au nom de la raison d'État et de la lutte antiterroriste, condamner quelqu'un à la peine la plus lourde du code pénal. N'en doutons pas : avant Badinter, Yvan Colonna aurait été condamné à la peine de mort.

Dans ce qui est devenu l'affaire Colonna, on a enquêté, instruit, jugé « à charge » et seulement à charge. On a négligé, escamoté, tordu, créé de toutes pièces des éléments du dossier souvent au prix d'incroyables manœuvres. 

Tout ce que j'ai dit là, ce sont des faits avérés. Ils vont tous dans le même sens : celui de l'innocence.

Les dérives dont Yvan Colonna est victime sont profondément symptomatiques du fonctionnement de nos institutions. L'affaire Colonna nous concerne donc tous. Chacun de nous, parce qu'il serait au mauvais endroit, au mauvais moment, pourrait tomber dans ce piège où l'erreur et le mensonge deviennent la vérité, où l'innocent devient le coupable. 

Qu'est-ce que l'affaire Colonna ? 

Une affaire dans laquelle aucun de ceux qui ont traité ce dossier, ni les enquêteurs ni les juges ne peuvent rien ignorer de ce que j'ai dit. Aucun. 

Une affaire donc dans laquelle un innocent est condamné dans le plus parfait cynisme.

Une affaire qui porte atteinte aux libertés fondamentales et vise à semer la crainte chez les citoyens. «  Quand un peuple a peur du flic qui passe ou du juge entre les mains duquel le malheur pourrait le faire tomber, ce peuple-là pourrait perdre tout esprit de résistance. »(Le Roman de Ghjuvanni Stéphagèse)

C'est pour tout cela que l'affaire Colonna est une affaire d'État.

Tout ceci donne d'autant plus de force à ce que je vais vous lire maintenant  :

un message qu'Yvan COLONNA vous adresse à vous.

«    Chers amis,

    Je suis à quelques kilomètres de cette salle où mes soutiens toulonnais ont entrepris de vous réunir. Je les remercie de l'avoir fait et vous remercie de les avoir entendus.

… À seulement quelques kilomètres... mais je ne puis être parmi vous comme je l'aurais souhaité. J'aurais bien demandé l'autorisation de venir vous parler. Mais j'ai craint qu'on me reproche d'imiter l'humour exquis de Guy Bedos venu spécialement de Paris ou, pire, qu'on m'accuse de perdre la raison.

Alors, je vous écris. Je vous écris que j'ai l'intime et robuste raison de crier, depuis dix ans que je devrais être libre puisque je suis innocent.

En cela, je suis aussi têtu que l'est la vérité. Or la vérité est avec moi !

Je suis innocent et pourtant incarcéré par la volonté d'un homme qui a dit en 2003 et  répété et encore récemment, que j'étais un assassin : les juges ont exécuté une sentence prise par un ministre à la place de la Justice. Ils ont validé ! 

Ils ont validé sans l'ombre d'une preuve. Or, ce président-candidat vous a trop souvent menti pour qu'on continue à le croire plus qu'on ne me croit. Il fallait un coupable au petit héros qu'il était et mes anciens amis l'ont aidé à le trouver. Son prédécesseur au ministère de l'intérieur lui avait donné l'exemple et des juges en mission m'ont condamné.

Aujourd'hui, et grâce à vous, je sais que je ne suis plus seul à résister.

Cette résistance à l'injustice m'a conduit, quatre années durant, à surmonter les éprouvantes conditions de la clandestinité, à supporter les vexations, les sévices et des méthodes indignes d'une démocratie. J'ai été et je demeure debout devant des  juges assis dans une indignité parée d'hermine.

Je vous remercie tous d'être là, quelquefois venus de loin. D'être là et encore debout comme moi et avec moi.

Je vous en conjure : continuez à penser et à dire que je suis innocent parce que c'est la stricte vérité. 

Faites-le aussi pour vous parce que nul n'est à l'abri ni d'un déni de justice, ni de cet esprit de vengeance qui frappe selon l'intérêt de ceux qu'il anime.

Eh bien, je resterai debout autant que je le pourrai et aussi longtemps que vous serez à mes côtés. » 

Yvan COLONNA

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