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Billet de blog 27 janvier 2011

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LES ACCUSATIONS CONTRE Yvan COLONNA : UN TISSU DE CONTRADICTIONS

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LESACCUSATIONS CONTRE Yvan COLONNA :

UNTISSU DE CONTRADICTIONS

Dans le dossier del'accusation, il n'y a qu'un seul élément à charge : lesdéclarations d'une partie

desmembres du commando* (pour l'essentiel Maranelli et Alessandri**), etde trois de leurs

compagnes.Le ministère public a affirmé sans cesse que ces accusationsétaient « précises, réitérées

etconcordantes ». Ces trois adjectifs ont été martelés, surtout letroisième qui est le plus grave s'il

estfondé. On peut même dire qu'Yvan Colonna a été condamné sur cetadjectif : «concordantes».

Eten effet, si c'était vrai, ce serait troublant. Mais si larépétition à l'infini d'un mensonge peut en

faireune opinion, elle n'en fait pas une vérité.

Nousallons le voir, les accusations contre Yvan Colonna ne sont pasconcordantes, elles sont contradictoires !

Examinons-les.

1 - Etcommençons par cette contradiction de taille qui porte sur ce quis'est passé le 7 février 99,

lelendemain de l'assassinat du préfet Erignac.

ValérieDupuis est la femme de Maranelli. Lecouple habiteCargèse.Elle déclare qu'Yvan

Colonnaqui est cargésien lui aussi, est venu chez eux le 7 février, vers 7h 30. Il a amené Didier Maranelli dans la cuisine, ils ont parléquelques minutes à voix basse puis Yvan est reparti. Après cetteentrevue, Maranelli a paru sombre et inquiet.

Deson côté, Jeanne, la femme de Ferrandi (lecouple habite Ajaccio),déclare que le 6 février,

vers21 h 30, son mari est rentré chez lui, accompagné d'Alessandri etd'Yvan Colonna. Ils ont tous

dormilà et Yvan Colonna est resté le lendemain, 7 février, jusqu'àmidi passé.

StéphaneDurand-Soufflant, le chroniqueur judiciaire du Figaro, fait observerfort justement

qu'YvanColonna n'ayant pas le don d'ubiquité, il ne peut pas avoir été enmême temps à Cargèse

(vers7 h 30) et à Ajaccio jusqu'à midi. Même la police a été gênéepar cette contradiction. Elle a

doncfait modifier les dépositions des deux femmes. Jeanne déclaredésormais qu'Yvan est parti de

chezelle avantmidi.Valérie déclare qu'il est venu chez elle aprèsneuf heures.La contradiction

estmoins flagrante, elle n'en est pas moins réelle chacun comprenantbien qu'après neuf heures et

avantmidi, ce n'est pas la même chose. Rappelons aussi que le trajetCargèse-Ajaccio demande plus

d'uneheure.

2-Rappelons encore que la femme d'Alessandri déclare avoir vu sonmari partir vers 17 h le vendredi 6 février (avant l'assassinat)dans une voiture conduite par Maranelli et où se trouvait déjàYvan Colonna. Yvan Colonna n'aurait donc pas eu de véhiculepersonnel pour rentrer à Cargèse. Or, la même, déclare êtreallée à Ajaccio le 7, vers 10 h du matin, chercher son mari chezles Ferrandi. Elle dit y avoir vu Yvan Colonna. Chose étrange, elleramène son mari à Cargèse et pas Yvan Colonna. Comment celui-ciserait-il donc rentré ?

Autredétail étonnant : Michèle Alessandri déclare sur le même sujet :« J'ai été étonnée de voir Yvan Colonna » (chez lesFerrandi). Pourquoiest-elle étonnée si elle l'a vu la veille partir avec son mari ?

Descontradictions de cette sorte, il y en a bien d'autres.

3 -Déclarationsd'Alessandri et de Versini. Elles portent sur l'attaque de lagendarmerie de

Pietrosella(c'est là qu'a été dérobée l'arme du crime), le 6 septembre 97. Le commando est divisé en deux groupes A et B. Alessandri estdans l'un, Versini dans l'autre. Ils affirment (ils sont les seuls àle faire) que Colonna faisait partie de l'expédition. Chacund'eux dit qu'Yvan était dans l'autre groupe que le sien. Iln'était pas dans le groupe A ; il n'était pas dans le groupe B. Oùétait-il donc ?

4 – Les réunionspréparatoires : L'équipe se réunit à plusieurs reprises ici ou làpour préparer

l'assassinatdu préfet. Ils racontent tous que ces réunions ont lieu tantôtdans la distillerie

d'Alessandrià Cargèse, tantôt dans la charcuterie de Versini à Cristinacce,tantôt au garage Hertz de

l'aéroportdirigé par Ferrandi. Maranelli dit que certaines ont eu lieu àCargèse dans la propriété des

Colonna.C'est un détail mémorable puisqu'il s'agit du domicile du « tueur» : Maranelli est pourtant

leseulà s'en souvenir.

5 – Maranelliaffirme que, la veille du crime, il est allé en voiture avecAlessandri et Colonna

faireune tournée de reconnaissance dans Ajaccio. Il raconte encore qu'àun feu rouge, Place

Abatucci,leur voiture a été heurtée à l'arrière par une voiture dont laconductrice, Valérie Mariani,

téléphonaiten conduisant. Interrogée par la suite au sujet de cet accrochage,Valérie Mariani dit

qu'elleest descendue de voiture pour le constat. Dans l'autre voiture, il yavait uneseule personne :

lechauffeur, Alessandri. Maranelli aurait donc menti.

6 – L'arme ducrime : Maranelli (encore lui !) affirme que, dans l'après-midi du 6février, il a con-

duiten voiture Yvan Colonna « à une certaine adresse » dans Ajaccio.Là, «quelqu'un » remet à

Colonnal'arme du crime. (Petitrappeldu point 2 : Michèle Alessandri a prétendu qu'à 17 h, Alesandri etColonna étaient encore à Cargèse !)

De son côté,Alessandri déclare que le commando s'est retrouvé vers 18 heures auhangar de

Baleone(qui appartient au garage Hertz) près de l'aéroport. Il affirmequ'ilaurait remis l'armedu

crimeà Colonna à ce moment-là..

7 – Quant aucrime proprement dit, le récit qu'en fait Alessandri apparaîtsurréaliste même s'il

n'estpas à proprement parler contradictoire. Ils seraient donc trois :Ferrandi, le chef ; Colonna, le

tueuret lui, Alessandri. Ils sont en train de descendre la rue ColonelColonna d'Ornano. Alessandri

esten avant. Ils croisent le préfet qui monte vers le théâtre.Alessandri continue d'avancer sans se

retourner.Il entend les coups de feu. C'est seulement maintenant qu'il seretourne et voit le préfet à

terre.Or, il y a eu cinq coups de feu. Entre le troisième et le quatrième,l'arme s'est enrayée. Le

tueura tapé sur la crosse, extrait le chargeur et réarmé. Tout celareprésente une durée relativement

longue.Le moins qu'on puisse dire c'est que les temps de latenced'Alessandri sont singulièrement

lents.Ils lui permettent en tout cas de n'avoir rien à dire sur lemoment-clé du drame. Il était là, mais

iln'a rien vu ! Quant à Ferrandi, il refuse de donner le moindredétail. Ils peuvent donner un

élémentcapital : le nom du tueur. Mais ils sont muets sur les broutilles !Quels sont donc les

«détails » révélateurs qu'il s'agit de taire à tout prix ?

La moindre deces contradictions aurait dû inquiéter les enquêteurs et lesmagistrats

instructeurs.Leur addition aurait dû montrer que le dossier ne reposait que surdes

accusationsnon pas concordantes mais fantaisistes. Tout aurait dû conduire àla relaxe.

*Rappelonsque les membres connusdu commando sont : Alain Ferrandi (le chef ; gérant du garage Hertzde l'aéroport), Pierre Alessandri (celui qui s'accuse depuis 2004d'être le véritable tueur ; ami d'enfance d'Yvan), Didier Maranelli(le guetteur devant la préfecture), Martin Ottaviani (le chauffeur),Marcel Istria (qui a toujours nié sa participation), Joseph Versini( qui a refusé de participer au dernier moment).

** Alain Ferrandi ne l'a mis en cause qu'indirectement : « ma femme adit la vérité »

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