Sarkozy est-il un pervers narcissique ? Dernier billet d'un abonné.

Vous lisez cette phrase en espérant qu'elle va répondre à la question initiale. Alors avant d'y répondre, je vous propose un détour qui prendra le chemin d'une ellipse en évoquant mon choix d'arrêter mon abonnement à Mediapart.

 

En effet, j'ai décidé de quitter Mediapart pour plusieurs raisons, autant lié à ma trajectoire de vie que pour protester contre un dérive "popstar" et "abrutissante" du journal, qui a été incarné selon moi par l'incorporation du youtubeur Usul à l'équipe. Et surtout le silence de la rédaction et le choix de le maintenir en fonction, alors que le youtubeur s'est lancé dans un commerce de la pornographie (marchandisation du corps et du désir humain) tout en continuant de se présenter comme "féministe" et "marxiste".

 

Les étiquettes ne remplacent pas l'éthique. Mais au delà, c'est avec ce personnage l'idéal type d'une certaine gauche qui me répugne, qui me semble aujourd'hui de plus en plus visible et qui amène vers une certaine dégénération de la pensée et je m'en explique ainsi avant de revenir au titre initial de l'article.

 

Il existe en effet en France, une gauche sûre d'elle même et dans ses discours prête à combattre (dans les idées) pour plus d'humanisme.

Néanmoins cette gauche (incarné indifféremment par des jeunes ou des vieux qui ont pour point commun d'être doté d'un important capital culturel dans les premières années de leurs vies) vit en tout point de façon conforme aux idées de la bourgeoisie.

Il y'a des idéaux qui sont élevés au rang de totem, je pourrai même dire au rang de la chose car justement le petit milieu psychanalytique français en est une parfaite incarnation dans ce qu'il obture de la question politique et du questionnement sur les discriminations actuelles. 

Chez ces gens là, il y'a des maîtres à penser qui servent à briller, à exister en société. C'est un business qui s'interdit de se voir en tant que tel. La posture d'Usul, maître à penser d'une jeunesse, qui fait du journalisme depuis son salon en est donc un bel exemple.

C'est cela d'ailleurs qui définit cette gauche, la discussion de salon, si possible d'un salon bien meublé avec certains livres en apparence.

 Il y'a plusieurs archétypes de cette gauche, "cœur à gauche et porte monnaie bien caché à droite". Une figure entre autre est ce délégué CGT d'un société informatique de province que j'ai rencontré en 2005. Grace au CE de son entreprise, il avait pu parcourir de multiples lieux touristiques de la planète (Asie du sud-est en priorité). Pourtant à la question de la constitution européenne, il a vote "non" avec l'argument que le plombier polonais allait faire de la concurrence au travailleur français.

Une autre figure là encore est cette militante d'un hôpital marseillais très engagé à gauche et dans les manœuvres d'appareil. Il fallait tous voter France Insoumise selon elle aux présidentielles. Las, à l'occasion d'un restaurant quelques temps après les législatives 2017, celle-ci pleine de bonhommie ;  a raconté à la table ses vacances Airbnb en famille dans une villa sicilienne et comment elle et ses enfants venaient de créer une SCI pour être défiscalisés des droits d'héritage.

L'étiquette ne remplace pas l'éthique, ni même de répéter cette formule comme un tantra.

 

Ces deux histoires, c'est là, la fantastique hypocrisie à mon sens. Et peut être vous en connaissez vous aussi des exemples ainsi ?

Être de gauche, oui, mais au sein de ses impériales frontières.

Le peuple français, quoi qu'il en dise vit quand même avec un grand confort, et c'est peu dire quand on part à l'étranger, pour rencontrer ou travailler avec la population locale, il est rapide d'observer qu'en comparaison avec de nombreuses nations, une grande majorité de citoyens français ne sont jamais allés dans un autre pays, si ce n'est avec le statut de touristes (statut que les plus snobs de gauche rebaptiseront "voyageurs" pour développer ensuite qu : 'ils ont "fait" tel ou tel pays).

Un peuple qui ne voyage pas, qui ne migre pas, est un peuple manipulable. Non ? Le peuple français et cet idéal-type d'une gauche bobo en est un parfait exemple. Sortir de sa zone de confort, de son salon, avez-vous dit ? Le confort, le conformisme..

 

Beaucoup de choses ne s'apprennent pas dans des livres, beaucoup de choses ne s'apprennent pas de professeurs, de grands personnages. Et d'ailleurs à ce sujet, l'expression "les cordonniers sont souvent les plus mals chaussés" existent sous beaucoup de formes dans de multiples langues. Les cordonniers sortent ils de leurs boutiques de temps en temps ? Abandonnent-ils leurs statuts parfois ?

 

Il n'est pas simple de se défaire d'une histoire impérialiste, dans laquelle la gauche française a été un puissant moteur au nom du fabuleux "progrès". Voici une de nos mythologies nationales, à peine déconstruite, voire même indéboulonné si l'on observe notre panthéon de personnages publics

 

Le progrès, aujourd'hui amène à un réchauffement climatique et à des catastrophes. Certains français, comme d'autres occidentaux, s'amusent à se balader pieds nus, c'est tendance c'est écologique. Combien de personnes peuvent se chausser dans le monde ? 

Quelle place la France, 3 ème exportateur d'armes pour 65 millions d'habitants, occupe aujourd'hui dans le monde ?

 

Ce matin, j'ai revu Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, ce avec le recul des dernières années de terrorisme passées en France, et de la récente mise en examen de Sarkozy pour la Lybie.

 

Et là encore, je me suis dis qu'il est drôle que les français qui ont été si prompts à couronner, à "totemiser", ce documentaire (Palme d'or à Cannes en 2004) n'aient pu être capable de se révolter contre une situation quasi similaire quelques années plus tard dans leurs propres pays.

 

Et encore aujourd'hui, à part Mediapart, la société civile et la presse est bien tiède, malgré de nombreux éléments pour qui se renseigne un peu.

Et au delà en se balladant sur les forums de Médiapart, c'est aisé justement de lire à de nombreuses reprises que Sarkozy n'est qu'un pervers, un paranoïaque.. 

Soit mais n'a t-il pas agit en tant que président de tout les français ? Ceci implique t-il la responsabilité de notre nation et donc de chaque citoyen ? 

Ne sommes nous français que pour les privilèges accordés par nos luttes sociales ? Ou encore en raison de cette fabuleuse amulette qu'est le passeport français qui nous permet de nous rendre instantanément dans une grande majorité de pays ? N'avons nous aucunes responsabilités en retour des actes que réalise notre nation dans le monde ?

Et d'ailleurs ces actes se réaliseraient ils, si nous étions réellement contre cela ? 

Qui ne dit mot consent, et même au delà : certains silences sur certains sujets aux regards de certains éclats de voix sur d'autres (telle la ligne éditoriale de médias ou youtubeurs) prennent qlors valeur d'assentiment de notre ligne politique étrangère en tant que nation.

 

Peut-être, il est ainsi le cynisme et la honte, chacun à ses affaires dans la défense de ses intérêts de classe et/ou nationaux. Peut être même que la couleur de peau est aussi un autre enjeu dans un pays où l'extrême-droite est si puissante. Qui sais ? Qui le dénonce ? 

 

Ce pays et cette gauche qui s'indigne de Trump, qui critique l'hégémonie américaine.. ; et qui a eu Sarkozy au pouvoir pendant 5 ans. Quelles manifestations en 2011 contre la guerre en Lybie ? Quelles manifestations contre la position française face aux printemps arabes tunisiens et égyptiens (et sa contre révolution) ? Pour ensuite quelles manifestations pour la fusillade de Charlie Hebdo ?

Et pourtant si on réfléchit qu'est ce qui a distingué Sarkozy d'un Bush ? Les deux ne se sont ils pas dit à un moment donné : "Au fond de chacun d'eux, faire la guerre, agrandir nos conquêtes, c'est ce que mon peuple souhaite ?" 

 

Dans ce sens, au regard du terrorisme international, qu'est ce qui distingue le triangle sulfureux Arabie Saoudite/USA/Irak (invasion en 2003) du triangle Quatar/France/Lybie (invasion en 2011) ?

 

Tout les éléments sont sur la table, assez facilement accessibles qui plus est pour qui souhaite savoir. Et à côté, la France que certains définit avec une certaine stupidité (ou cynisme) comme une soft puissance maintient des bases militaires dans une dizaine de pays d'Afrique, ainsi qu'une monnaie coloniale. Qui le dénonce ?

 

Récemment suite à un documentaire "merci patron", François Ruffin avait été comparé justement à un Michael Moore à la française.. Le même réalisateur français s'est fait remarqué, il y'a quelques mois pour être incapable d'apporter son soutien à la famille et aux proches d'Adama Traoré. Qui a intérêt à comparer ce type à Michael Moore ?

 

Je propose à chacun, dans ce pays ou nous débattons sur la valeur du terme "fake news" , ou encore sur la dangerosité des "théoriciens du complot" (une chanteuse voilée a été récemment exclue de The Voice à ce sujet) de revoir Fahrenheit 9/11 et d'analyser ce qu'il introduit sur la politique des institutions liées à l'extrême droite américaine, et les possibles complots de l'Occident pour maintenir son hégémonie.

Des Fahrenheit 9/11 français pourraient être facilement fait sur le génocide au Rwanda ou l'invasion de la Lybie.. Ou encore sur les zones d'ombre des attentats commis en France ces dernières années.

 

Fahrenheit 9/11, lui est sorti 3 ans après les attentats du world trade center, 1 an après l'invasion en Irak... Bref..

 

Alors quelle est la part de responsabilité des citoyens français, et en priorité de ceux qui se définissent comme humanistes, quelle est la part de responsabilité de ne pas s'intéresser à la politique étrangère de notre pays dans le monde ? Ne rien dire est déjà dire quelque chose, est déjà une action, toute le monde connaît cette rengaine.

 

Sarkozy n'était pas tout seul à envahir la Lybie et à la plonger dans le chaos. Il l'a fait avec la passivité, donc la complicité, de millions de français, certains bien plus enclins à parler de justice sociale pendant ce temps-là dans leurs salons ou dans des meetings.

 

Las, je n'ai pas beaucoup d'espoir pour l'avenir de ce pays (si ce n'est des mouvements afros dans leurs combat pour la reconnaissance de la barbarie de l'histoire coloniale française et du lavage de cerveau qu'elle a opéré) et je crains que la parenthèse Mediapart au moment où ce media est judtejust aujourd'hui récompensé pour son travail dans l'affaire d'investigation du financement lybien de la campagne de Sarkozy ; et bien je crains que cette parenthèse soit déjà en train de se refermer dans celui d'un petit confort bourgeois de salon remplis de belles discussions humanistes, spécifique à la belle tradition parisienne.

 

Sarkozy n'est pas un malade mental, il ne fut qu'un pantin, et le fusible d'un système qui le dépasse ; l'aspiration séculaire du peuple français aux lumières du confort et de la bonne conscience. 

 

Et ainsi de mon côté avec ce billet, je met fin à mon personnage sur ce media ; et également à cette petite comédie que j'observe et qui se joue entre abonnés pour masquer les conséquences de la lutte pour plus de pouvoir et masquer l'impérialisme de notre nation dans le monde. 

Impérialisme qui permet à chacun de boire le café expresso ou le the de ses rêves à moindre coût ; et de toutes ces autres multitudes d'objets du quotidien auxquels on oublie de penser en se rasant chaque matin devant sa glace ; ou encore en discutant confortablement assis dans son salon occidental.

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