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Billet de blog 9 mai 2016

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Des armes et des poètes

Le système de production actuel est soutenu par son modèle culturel. Pour le combattre, il faut donc des armes culturelles, faire de nous des poètes. C'est le projet du futur café culturel Itinéraire-Bis.

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Des armes et des poètes

Je sais pas pour vous, mais moi, ce qui me révulse le plus, c'est pas tant notre modèle de production que tout l'enrobage culturel qui gravite autour. Entendons nous, je ne minimise rien : ni les inégalités sociales, les populations plongées dans la misère, ni la destruction de notre écosystème que la course à la croissance et (donc) au profit génère. Mais le monstre le plus horrible de ce système, bien plus laid que tous les autres à mon sens, c'est celui qui nous fait accepter ces règles et qui crée de la servitude volontaire. Le cerbère de l'enfer capitaliste : sa production culturelle.

De quoi on parle ? Pour faire simple, on peut entrevoir dans les 30 glorieuses une bifurcation culturelle de nos sociétés « occidentales ». L'idée est simple, le marché en perpétuelle expansion doit produire des besoins pour ouvrir des débouchés à sa production. Produire des besoins, c'est produire un modèle culturel. Un modèle culturel bien connu, puisqu'il consiste à objectiver une position sociale à travers des possessions matérielles. Schématiquement, vos belles maisons, voitures, fringues à la mode, téléphones, montres,... sont des preuves que vous avez réussi votre vie. Et le modèle culturel vous convainc que vous devez absolument posséder le dernier I-Phone pour prétendre à votre position sociale, que vous ne pouvez décemment pas vivre dans de bonnes conditions sans un frigo connecté, sans une tablette ou sans une télé dans chacune de vos pièces.

Ce modèle de vie imprègne toute la production culturelle. La littérature, les films, les séries, les émissions télé, les magazines, la presse, et surtout, en premier lieu, la publicité dont on est la cible permanente dans la rue et dans tous les autres espaces de notre vie. Un véritable matraquage qui écrase le reste de la production, le rend invisible et plonge l'humanité dans un rapport passif à la création. Pire, parfois il avale les cultures subversives jusqu'à les rendre inoffensives. On a vu le rap passer d'une musique revendicative et populaire à la promotion opulente de l'accumulation de richesse. Cette musique qui parlait de nous, parle maintenant d'un monde qu'on est invité à fantasmer.

Loin de moi l'idée qu'il y ait une entité centralisatrice qui organiserait ce système, mais consciemment ou non, la production culturelle est un outil au service du mode de production. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les principaux détenteurs des moyens de production culturels sont aussi ceux qui possèdent l'appareil de production tout court. Pour combattre ce modèle, il faut donc combattre son hégémonie culturelle.


L'idée de créer un café culturel comme Itinéraire-Bis ne vient pas d'un caprice ou d'une volonté de changer notre vie, c'est la construction d'un outil de lutte contre cette hégémonie culturelle. Puisque nous sommes incités à adopter la posture passive du spectateur devant la culture de masse, nous voulons au contraire redonner à toutes et tous l'opportunité de créer. Qu'y a-t-il de plus subversif que de rallumer l'étincelle créatrice en chaque individu ? Puisque qu'on fait de la rentabilité un horizon économique indépassable, nous voulons transmettre un autre modèle qui privilégie les produits de qualité et le bien-vivre, l'agriculture paysanne, à échelle humaine, et une économie relocalisée avec ses avantages et ses contraintes. Nous voulons promouvoir la propriété collective de notre lieu comme un modèle.

Plus important encore, nous voulons permettre aux habitants de se construire des outils de pensée du monde pour acérer notre esprit critique et penser de manière autonome et libre. Nous voulons nous réapproprier des savoirs faire pour reconquérir de l'indépendance face au système de production : savoir faire à manger, cultiver son jardin, réparer ses objets, reconnaître la biodiversité qui nous entoure et milles autres choses à inventer. C'est notre conception de l'éducation populaire.

En somme, pour combattre un modèle, nous voulons non seulement donner à voir un autre, mais aussi construire des armes culturelles, pour devenir les enfants non-voulus de ce monde : des poètes.

Prenons un Itinéraire-Bis : des armes et des poètes. Rendez-vous sur www.itinerairebiscafe.com

© Itinéraire Bis

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