Draghi brasse le vent

Les marchés financiers adorent le directeur de la BCE. Chaque fois qu’il parle, il excite leur mimétisme à la hausse, du moins pour quelques heures. Mais dans l’économie réelle, il ne se passe rien. De toutes les mesures annoncées par M. Draghi, il n’en est d'ailleurs que deux qui méritent l’attention : l’octroi de prêts à longs termes aux banques qui ouvriront des crédits aux entreprises, et le rachat de leurs créances sur les entreprises en difficulté ou « titrisation » des dettes. Mais elles resteront sans effet.

Pour bien comprendre l’audace, du moins apparente, que constitue pour Draghi la titrisation des dettes d’entreprises, il faut se rappeler que dans le système monétaire de l’eurozone, ce ne sont plus les crédits qui créent la monnaie, mais les créances de capital (obligations). La titrisation des dettes d’entreprises serait donc une amorce de retour à la normale. Mais dans le même temps M. Draghi exhorte les États à poursuivre leurs politiques d’austérité et de régression sociale, ce qui condamne sa proposition à demeurer sans effet sur le crédit à l’économie.

Les entreprises qui s’adressent encore aux banques sont celles qui ne peuvent pas emprunter sur les places financières et, parmi elles, celles qui ont des difficultés pour faire face à leurs échéances, en raison d’un manque de débouchés. M. Draghi propose donc que la BCE prenne sur elle le risque que représentent ces entreprises pour les banques commerciales (à vrai dire, la notion de « risque » n’a aucun sens pour une banque centrale). Certes, les crédits ainsi concédés permettront à ces entreprises de survivre un temps, mais ils ne serviront qu’à les désendetter ; c’est-à-dire que la monnaie ainsi créée sera immédiatement détruite dans l’acte de désendettement, sans être passée par l’investissement. Les entreprises ne solliciteront des crédits pour investir, que si leurs carnets de commande les y incitent. Or, la réduction ou le gel des dépenses publiques imposés par la « rigueur budgétaire » ne vont pas dans ce sens.

La sortie de crise ne se suffira pas d’un retour à la création monétaire par le crédit.  Elle ne passera, répétons-le, que par l’augmentation des dépenses publiques, financée par les banques centrales. A cet égard, la BCE pourrait acheter de la dette publique. Elle en a le pouvoir, à condition que ce soit par l’intermédiaire des banques et non pas directement aux États. Que ne le fait-elle donc ! Eh bien M. Draghi y renonce, en raison de l’opposition de l’Allemagne. Or, d’après les traités, la BCE est INDEPENDANTE ! On voit donc ce que vaut cette pseudo indépendance. M. Draghi est formellement indépendant des gouvernements, mais pas de l’idéologie dominante.

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