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Billet de blog 4 janvier 2026

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Le hold-up pétrolier de Trump au Venezuela - Chronique d’un fiasco annoncé

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Le masque est tombé, si tant est qu’il en restait un. Avec une franchise violente qui tient davantage du pillard que du chef d’État, le président Donald Trump a exposé sa vision pour l’avenir du Venezuela. Suite à la capture stupéfiante de Nicolás Maduro et de son épouse, le locataire de la Maison Blanche n’a pas parlé de démocratie, de droits de l’homme ou de liberté pour le peuple vénézuélien. Non, il a parlé de butin. Lors de sa conférence de presse samedi dernier, il a explicitement annoncé vouloir envoyer les géants pétroliers américains pour "réparer" les infrastructures brisées et s'accaparer les réserves. C’est un impérialisme décomplexé, une vision archaïque où l'on s'empare des richesses du vaincu pour rembourser ses propres aventures militaires, une obsession qui remonte à ses critiques de la guerre en Irak.

Pourtant, derrière cette rhétorique de cow-boy géopolitique se cache une méconnaissance flagrante des réalités du marché de l'énergie. Le décalage entre les fantasmes de l'administration Trump et la situation réelle du secteur pétrolier est abyssal. Trump semble croire qu'il suffit de kidnapper un président étranger pour contrôler ses ressources par magie, comme s'il jouait à une partie simpliste des Colons de Catane ou de Risk. Or, le monde réel ne fonctionne pas ainsi. Les experts s'accordent à dire que transformer le Venezuela en pompe à essence pour les États-Unis sera une tâche herculéenne, bien plus complexe que ne le suggère l'optimisme délirant du président.

Le premier obstacle, et non des moindres, est l'état du marché lui-même. Trump hurle son slogan "drill, baby, drill", mais l'industrie américaine, elle, suffoque déjà sous l'abondance. Les prix du pétrole ont chuté de 20% en 2025, marquant les pertes les plus lourdes depuis la pandémie. En inondant un marché déjà saturé avec le pétrole vénézuélien, il risque de porter le coup de grâce aux producteurs américains qu'il prétend défendre. Ces entreprises recherchent la stabilité et la rentabilité à long terme, pas des chocs d'offre imprévisibles dictés par les caprices d'un homme instable. La dernière chose dont elles ont besoin, c'est de l'ouverture soudaine d'une réserve massive concurrente.

De plus, l'infrastructure vénézuélienne n'est plus que l'ombre d'elle-même. Après des dizaines d'années de négligence, de corruption et de mauvaise gestion sous Chávez et Maduro, les installations sont en ruine. Le pétrole local est extra-lourd, une mélasse difficile et coûteuse à extraire et à raffiner. Remettre cette machine en marche nécessiterait des années de travail et des dizaines de millions de dollars d'investissement. Or, dans un contexte mondial où la transition énergétique s'accélère et où la croissance de la demande ralentit, quel PDG sensé engagerait des capitaux colossaux dans un pays aussi instable ?

L'instabilité politique, justement, est le dernier clou dans le cercueil du plan Trump. L'administration pensait naïvement pouvoir installer la vice-présidente Delcy Rodríguez comme marionnette docile. Résultat ? Elle a immédiatement dénoncé l'ingérence américaine, forçant Marco Rubio à rétropédaler en direct à la télévision, qualifiant désormais son régime d'illégitime. C'est un chaos diplomatique total. Les investisseurs ont horreur de l'incertitude et le Venezuela actuel en est la définition même.

Certes, certaines entreprises, terrifiées à l'idée de contredire un président vindicatif, feront peut-être semblant de jouer le jeu. Des gestionnaires de fonds opportunistes préparent déjà leurs valises pour Caracas. Mais ne nous y trompons pas, il s'agit moins d'une stratégie économique viable que d'une pièce de théâtre grotesque destinée à flatter l'ego de Donald Trump, transformant la géopolitique mondiale en une simple extension de ses affaires personnelles, au mépris de toute logique économique ou humaine.

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