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Billet de blog 5 janvier 2026

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L'administration Trump déclare la guerre à l'éolien

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Illustration 1

C’est un cadeau de Noël empoisonné, déposé avec le cynisme caractéristique d’une administration qui semble avoir juré la perte de la transition énergétique. Le 22 décembre dernier, dans un geste que l’on pourrait qualifier de vandalisme économique pur et simple, le ministère de l’intérieur américain a brutalement ordonné l’arrêt de cinq projets éoliens offshore de premier plan. D’un trait de plume bureaucratique, ce sont 25 milliards de dollars d’investissements et 6 gigawatts d’électricité propre qui se retrouvent en péril. Attention, il ne s’agit pas ici de prudence administrative, mais bien d’une offensive idéologique, une vendetta contre le renouvelable qui pousse aujourd'hui trois géants de l'énergie à traîner le gouvernement Trump devant les tribunaux.

La riposte ne s'est pas fait attendre et elle est à la hauteur du préjudice subi. Ørsted et Equinor ont dégainé leurs plaintes la semaine dernière, suivis de près par Dominion Energy. Et pour cause, l'absurdité de la situation dépasse l'entendement. Nous ne parlons pas ici de projets griffonnés sur un coin de table, mais de chantiers titanesques en phase finale de réalisation. Le projet Revolution Wind, porté par Ørsted, est achevé à près de 90%. Stopper un tel chantier maintenant revient à démolir une maison dont on vient de poser le toit. De leur côté, Empire Wind et Coastal Virginia Offshore Wind frôlent les 60% d'achèvement. Pour Dominion Energy, la facture de ce caprice présidentiel est vertigineuse, l'entreprise saigne 5 millions de dollars par jour. C'est le prix exorbitant de l'incompétence, ou pire, de la malveillance d'État.

Pour justifier ce massacre industriel, l’administration brandit l'étendard fatigué de la sécurité nationale. L’argument avancé, bien qu’ambiguë, pointe vers les interférences potentielles des turbines avec les systèmes radar. C’est une excuse commode, un épouvantail agité pour effrayer le public, mais qui ne résiste pas à une analyse sérieuse. En février 2024, le propre ministère de l'énergie de cette même administration publiait un rapport détaillant non seulement ces préoccupations, mais surtout les solutions techniques existantes pour les contourner. L'argumentaire sécuritaire s'effondre face à la réalité technologique, révélant la vacuité de la position gouvernementale.

Le problème des échos radar causés par les pales en mouvement est connu depuis plus de dix ans. Ce n'est une surprise pour personne, et certainement pas pour les ingénieurs qui travaillent main dans la main avec le gouvernement depuis des années. Des solutions existent et sont déjà mises en œuvre. Le choix minutieux des sites, coordonné par le Bureau of Ocean Energy Management et l'armée, permet d'éviter les conflits d'usage avant même que la première turbine ne soit posée. Plus encore, les systèmes radar modernes utilisent des algorithmes de traitement adaptatif capables de filtrer le bruit généré par les éoliennes. Vineyard Wind 1, par exemple, avait déjà accepté de financer ces adaptations et même de restreindre ses opérations à la demande du Pentagone. La coopération était la norme, jusqu'à ce que la politique s'en mêle.

Ce blocage n'est donc pas une mesure de précaution, c'est un acte de sabotage prémédité. Il trouve sa place dans une longue série d'attaques, incluant des gels d'approbations plus tôt l'an dernier et des bras de fer constants avec des États comme New York. En invoquant des problèmes techniques résolus depuis longtemps pour paralyser des infrastructures vitales, l'administration Trump déclare la guerre à la modernité, au mépris des pertes financières et de l'avenir énergétique du pays. C’est une farce tragique où le contribuable et la planète sont, une fois de plus, les dindons de la farce.

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