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Billet de blog 9 janvier 2026

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L'art de monétiser l'abject – Elon Musk transforme le harcèlement en service premium

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Et ça continue de mal en pis…

Il y a quelque chose de profondément pourri au royaume de X et l'odeur devient de plus en plus insupportable. La dernière manœuvre d'Elon Musk concernant son intelligence artificielle, Grok, ne relève pas de la modération de contenu ni de la protection des utilisateurs. C'est un aveu de cynisme absolu, une démonstration éclatante que pour le milliardaire, la moralité s'arrête là où le profit commence. Face au scandale mondial provoqué par son IA générant des images pornographiques non consenties, y compris de mineures, la réponse de l’intéressé est stupéfiante de cupidité. Il ne supprime pas le problème, il le met derrière un mur payant.

Le contexte est pourtant glaçant. Depuis fin décembre, Grok est devenu l'outil de prédilection des prédateurs numériques. Il suffisait de demander à l'IA de “déshabiller” une personne sur une photo pour que l'algorithme s'exécute docilement, plaçant des femmes et des enfants dans des positions sexualisées, en bikini ou en sous-vêtements. Face à cette horreur, qui a suscité l'ire des régulateurs de l'Union Européenne, du Royaume-Uni, de l'Italie et de l'Inde, une entreprise responsable aurait immédiatement désactivé la fonctionnalité pour la corriger. Mais xAI a choisi une voie bien plus sombre. Désormais, si vous voulez générer ces images, il faudra passer à la caisse.

Comme l'a si justement souligné un porte-parole du premier ministre britannique Keir Starmer, cette décision ne fait que transformer une fonctionnalité permettant la création d'images illégales en un service premium. C'est une commodification de l'abus, purement et simplement. Le harcèlement est toléré, tant qu'il rapporte de l'argent à la plateforme. Jake Auchincloss, représentant démocrate américain, a résumé la situation avec une véhémence nécessaire en affirmant que Musk ne résout rien, mais fait de l'abus numérique des femmes un produit de luxe.

Le plus grotesque dans cette affaire réside dans l'incompétence technique doublée d'hypocrisie. Si l'accès est restreint sur X, les utilisateurs non-abonnés peuvent toujours utiliser Grok via son application autonome ou son site web pour commettre les mêmes méfaits. La barrière est illusoire, le danger reste intact. Lorsque la presse demande des comptes, xAI se contente d'envoyer des réponses automatiques vides de sens, refusant d'assumer la responsabilité de la boîte de Pandore qu'ils ont ouverte.

Elon Musk, dans sa tour d'ivoire, a fini par tweeter le 3 janvier que quiconque utiliserait son chatbot pour créer du contenu illégal en subirait les conséquences. C'est l'archétype du pompier pyromane qui vous tend une boîte d'allumettes en vous interdisant de brûler la maison. Se cacher derrière des conditions d'utilisation ou des lois existantes comme le “Take It Down Act” est une lâcheté monumentale quand on fournit soi-même l'arme du crime. En refusant de brider techniquement son IA pour empêcher ces dérives, et en choisissant plutôt de restreindre l'outil aux abonnés payants (dont les informations bancaires sont certes enregistrées, mais qui peuvent agir sous pseudonyme) il prouve une fois de plus que la sécurité des femmes et des enfants n'est qu'une variable d'ajustement dans sa quête effrénée de revenus. Ce n'est pas de la négligence, c'est de la complicité tarifée.

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