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Cette année, une évidence s’est imposé. Ceux qui ont bâti leur carrière en étant « très en ligne » sont désormais parmi les personnes les plus puissantes du monde. La frontière entre influence numérique et pouvoir politique s’est dissoute, au point que la vie publique ressemble à une section de commentaires permanente, agressive et impossible à ignorer.
Au sommet de cette hiérarchie trône Donald Trump. À 79 ans, le président des États-Unis gouverne à coups de publications sur Truth Social. Décrets implicites, attaques personnelles, théories du complot et messages générés par IA s’y enchaînent à un rythme industriel. Une nuit de décembre, il a publié près de 170 messages en quelques heures depuis la Maison-Blanche. Chaque post devient une information, chaque emballement numérique se transforme en chaos national. Gouverner n’est plus seulement un acte institutionnel mais une performance continue, pensée pour capter l’attention.
Autour de Trump gravite une administration façonnée par la culture internet: anciens animateurs, complotistes notoires, figures médiatiques plus habituées aux plateaux et aux podcasts qu’aux rouages de l’État. Cette logique s’étend aux politiques migratoires américaines, incarnées par des responsables qui ont transformé la surveillance numérique et la communication agressive en instruments centraux de pouvoir. Arrestations spectaculaires, annonces sur les réseaux, fuites organisées, la politique se met en scène comme un flux.
Dans ce paysage, Elon Musk occupe une place à part. Son chatbot Grok, déployé sur X, a multiplié les dérapages: propos antisémites, désinformation géopolitique, erreurs factuelles en temps de crise. Pourtant, l’outil a été présenté comme une autorité, y compris par des institutions publiques. En parallèle, le milliardaire a joué un rôle clé dans le démantèlement de l’aide internationale américaine, célébrant en ligne des décisions dont les conséquences humanitaires se chiffrent en centaines de milliers de morts. L’idéologie du “move fast and break things” s’applique désormais à des vies humaines.
La santé publique n’a pas été épargnée. Robert F. Kennedy Jr, figure outre-Antlantique historique de l’anti-vaccinisme, a profondément déstabilisé l’appareil sanitaire local. Licenciements massifs, coupes budgétaires, remise en cause de consensus scientifiques établis, en légitimant les discours marginaux, il a installé le doute comme norme. Les dégâts ne se mesureront pas seulement en statistiques, mais en maladies évitables et en décès inutiles sur plusieurs dizaines d’années.
Pendant ce temps, les menaces numériques se multiplient. Des collectifs de hackers occidentaux sèment le chaos économique, tandis que des groupes chinois infiltrent silencieusement des infrastructures critiques. Les escroqueries crypto industrielles prospèrent sur l’exploitation humaine, révélant un capitalisme criminel parfaitement mondialisé. Même les entreprises technologiques travaillant pour l’État américain, comme celle dirigée par Alex Karp, voient leurs outils de surveillance devenir des leviers politiques controversés.
Enfin, la communication institutionnelle elle-même s’est effondrée. Le directeur du FBI, Kash Patel, a transformé ses réseaux sociaux en fil d’actualité policière en temps réel, au mépris des règles élémentaires de prudence judiciaire. Là encore, l’exposition personnelle prime sur la rigueur.
L’année 2025 marque ainsi un changement, le pouvoir ne se contente plus d’utiliser internet, il en adopte les pires réflexes. Dans ce monde gouverné par le post, la punchline et l’indignation permanente, une question demeure, comment reconstruire du commun quand tout incite à ne jamais cesser de publier ?