Le Médecin Conseil de la Sécurité Sociale perd son indépendance !

La loi de 2004 portant sur l'organisation de la sécurité sociale a eu l'effet que tout le monde redoutait : le praticien conseil a perdu son indépendance ! Conséquence ? La logique managériale de la gestion du budget de la santé est en train d'écraser la logique de santé individuelle et collective. Le conseil de l'auteur ? Éviter de tomber malade.

La réforme de l'assurance maladie de 2004 avait déjà alerté les professionnels de santé, redoutant que la création des URCAM (Union Régionale des Caisses d'Assurance Maladie) soit une façon pour les administratifs de contrôler les actions du Médecin Conseil de la sécurité sociale.

Le préambule à la réforme avait été de constater l'énorme budget que constituait les arrêts maladie, et leur augmentation perpétuelle. Les communicants agitaient le foulard rouge de la fraude (en réalité marginale) sans se demander au passage pourquoi les salariés tombaient plus souvent malade.

À ce titre le médecin conseil de la sécurité sociale a une mission de service public d'une importance majeure. Il s'assure que les assurés bénéficient des soins dont ils ont besoin, et que ces derniers soient au meilleur coût. Ainsi la création des URCAM avaient alerté l'Ordre National des Médecins qui y voyaient le risque de perte d'indépendance des praticiens conseil, le texte de loi citant : 

L’URCAM peut, en tant que de besoin, faire des recommandations visant à une plus grande efficacité et une meilleure cohérence des actions menées par les différents régimes et plans locaux. Les unions régionales des caisses d’assurance maladie disposent du concours des services de l’échelon régional du contrôle médical, du régime général et coordonne l’activité des services du contrôle médical au plan régional et local de l’ensemble de ces régimes. 

Même si l'indépendance proprement dite n'était pas directement mise en cause, la nouvelle tutelle administrative avait éveillé les craintes... à juste titre ! Depuis le début de mon exercice, après l'obtention de mon doctorat en médecine fin 2008, les témoignages des assurés se sont multipliés au fil des années : sentiment d'être considéré comme un fraudeur, sentiment d'être mal accueilli, sentiment de ne pas être écouté voire sentiment d'une prise de décision en inadéquation avec la réalité de l'état de santé. 

Le témoignage d'un Médecin Conseil de la Sécurité Sociale, exerçant au sein du service médical d'une caisse primaire métropolitaine, dévoile la réalité de la situation. Cette réalité est révoltante pour le citoyen. Le médecin conseil (interviewé donc récemment) décrit pour commencer un moyen de pression bien connu : la pression et l'humiliation systématique pour toute erreur commise, aussi petite soit-elle. Elle est exercée par la tutelle administrative et les praticiens conseils ayant accepté de dévoyer leurs fonctions aux intérêts de carrière administrative. Cette façon de procéder est bien connue dans l'Histoire du monde, et plus particulièrement des régimes politiques les plus violents. Aussi, des consultations courtes sont exigées (15 minutes, souvent pas assez pour évaluer une situation), et il est interdit d'assurer le suivi des assurés (la personne est suivie par des praticiens différents ne pouvant plus ainsi rendre des comptes à la personne en fonction des décisions prises). D'autres humiliations voire agressions sont décrites, correspondant aux comportements les plus tristes de maltraitance au travail. Cette pression est organisée dans un seul but : contrôler l'action et les décisions du médecin conseil et obtenir l'augmentation du nombre d'arrêts maladie invalidés.

L'auteur reconnait l'efficacité immédiate de cette méthode en terme de budget de la santé : le macro-contrôle administratif permet d'ajuster le curseur des ordres ou de la pression sur les médecins conseils afin d'adapter les indemnités journalières aux contraintes budgétaires.

Notre Pays forme donc des Hauts Fonctionnaires pour faire appliquer des logiques aussi stupides. 

Inutile d'expliquer au lecteur la logique terrifiante en terme de santé au travail et de santé publique.

L'indépendance du médecin conseil est donc un prérequis indispensable pour l'égalité de tous à l'accès aux soins. La perte de démocratie dans notre pays continue à avoir des conséquences immédiates désastreuses.

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