Malgré des journaux télévisés toujours aussi indigents, il est plaisant de constater une progressive libération de la parole dans notre pays encore trop souvent aux prises avec un unanimisme médiatique et une pensée unique de façade étouffants. Face au gouffre créé par 30 années de politiques clientélistes, de gauche comme de droite, de plus en plus de personnes s'élèvent, aussi bien publiquement que dans la sphère médiatique (journaux, clubs politiques et économiques, blogs) pour à la fois dénoncer les conséquences de la gabegie politique (je vous recommande le dernier article de Médiapart sur le sujet du Sénat, un régal) et proposer des pistes de solutions possibles.
L'idéologie ne me semble plus de mise alors que la France est à quelques mois d'une possible faillite (du moins, une faillite en Euro). Si cela peut sembler polémique, il ne l'est pas réellement. Seuls les dirigeants politiques ignares (suivez mon regard) ignorent, ou feignent d'ignorer, les contraintes auxquelles une économie mixte comme la nôtre se heurte.
Le diagnostic est sévère : la France "vit au-dessus de ses moyens". Cette phrase, simpliste parmi ceux qui croient qu'imprimer de l'argent et taxer les "riches" est la solution à tous les problèmes, n'en reflète pas moins une réalité : pour taxer et redistribuer de la richesse, il faut créer de la richesse. Lorsque la richesse est insuffisante, alors il faut aller la chercher ailleurs ... et s'endetter.
Plus simplement, le niveau de vie moyen des français repose plus ou moins sur deux choses : la contribution productive de la Nation (c'est à dire plus ou moins ce qu'on définit comme le PIB) et sur la contribution de l'Etat. Le premier élément, comme chacun peut le constater, est en chute libre. Le chômage français est à un niveau très élevé, depuis longtemps, et celui des jeunes est encore pire. L'industrie française disparaît, le désert économique français s'illustrant notamment par des secteurs financiers et immobiliers obèses, symboles d'une économie de rente construite au détriment d'une économie du travail. Le "pouvoir d'achat" est rongé année après année.
Le deuxième élément dépend principalement des impôts : l'Etat taxe et redistribue. Rappelons que ceci provient d'un choix démocratique de la société française et pas de la nature consubstantielle de l'Etat, qui peut fort bien être plus modeste. Mais la tradition historique française exige, selon la majorité des dirigeants politiques français, un Etat fort, ce qui les arrange bien par ailleurs. Hors, depuis 30 ans, l'Etat ne taxe plus pour redistribuer, il taxe pour fonctionner et s'endette pour redistribuer, contribuant à un des plus grands détournements de richesse de l'histoire française. Cette politique arrive à sa fin, avec l'incapacité de l'Etat de continuer à se financer auprès des investisseurs.
La politique française, telle qu'elle est faite, va donc disparaître, et il n'y a que deux véritables alternatives.
Le premier choix est plus ou moins celui de tous les dirigeants politiques actuels. Ceux-ci ont tout à perdre d'une réforme profonde de l'Etat, et font donc comme si tout pouvait continuer. Continuer à taxer, continuer à s'endetter, continuer à redistribuer. L'économie française étant de plus en plus rachitique, l'Etat reçoit de moins en moins d'argent des impôts. L'enrichissement important d'une très petite minorité de gens ne reflète malheureusement pas la situation globale des citoyens français, pour lesquels la situation est de plus en plus compliquée. Pour poursuivre cette politique, l'Etat va donc devoir augmenter massivement les prélèvements obligatoires dans les mois à venir, qui sont déjà à un niveau record de 45% du PIB, notamment pour faire face à l'augmentation du service de la dette (les intérêts). Si cela ne suffit pas, l'Etat devra forcer les citoyens à souscrire à des emprunts nationaux, pour se financer. Au pire, la France devra sortir de l'Euro, ce qui lui permettra d'imprimer des francs et à l'Etat de continuer à fonctionner.
Certes, la France peut gagner du temps, demander la création d'Eurobonds, demander un prêt au FMI, demander et exiger des concessions de ses partenaires, ce qu'on appelle, une fuite en avant. Mais pour quoi faire ? Car "la faute n'est pas dans les étoiles mais en nous-mêmes", et ce n'est pas une solution européenne qui résoudra des problèmes structurels nationaux.
Le second choix est donc celui de la responsabilité, celui notamment de réaliser un diagnostic réaliste de notre société et de son économie. L'endettement de l'Etat français n'est que le reflet d'une préférence pour la dette et d'une politique clientéliste dont le résultat est observable par tout un chacun : chômage de masse, chômage des jeunes, atonie de la croissance, endettement massif, déficit massif. Et je n'aborderai même pas la déréliction sociale et ethnique de notre pays. Un constat accablant, mais qui n'empêche d'ailleurs pas les citoyens de reconduire année après année les mêmes dirigeants politiques. Masochistes les français ? Quant à ceux qui accusent "l'ultra-libéralisme", comment ne pas sourir devant tant d'inintelligence quand tous les indicateurs économiques objectifs nous prouvent que l'économie française est plus socialiste que libérale ?
La France doit donc effectuer une refondation politique, sur des bases assainies, permettant notamment de donner quelques perspectives à sa jeunesse, autres que celles de brûler des voitures. Cette refondation ne peut passer que par un désengagement massif de l'Etat, qui représente environ 55% de l'économie du pays (PIB), et qui par sa politique clientéliste et socialisante a contribué à faire reculer l'initiative privée et la croissance. Ceci ne signifie pas, comme le soulignent perfidement les idiots utiles, de privatiser tout et n'importe quoi, mais de supprimer les dépenses inutiles et celles qui correspondent à des domaines sur lesquels l'Etat ne peut s'arroger aucun magistère. La France a-t-elle par exemple besoin de 600 députés et 600 sénateurs ? Les scandales en série se succédant dans l'indifférence générale de la classe politique sur ce sujet ne me portent pas à le croire. D'ailleurs, les français sont-ils prêts à augmenter leurs impôts significativement pour financer leur "modèle social" ? Il faut croire que non, car depuis 30 ans, je n'ai pas observé une augmentation forte du consentement à l'impôt dans la société française, source d'ailleurs du recours à l'endettement par l'Etat au lieu du recours à l'impôt.
Une refondation passe également par une plus grande transparence et un plus grand débat démocratique sur les vrais sujets de société. L'un des dossiers les plus importants des prochaines années concerne notamment les retraites. Si les générations qui partent et partiront à la retraite dans les prochaines années bénéficieront d'une retraite, ce n'est pas le cas des personnes qui commencent à travailler. Le savent-elles ? Les citoyens français savent-ils que le système de répartition actuel est une gigantesque machine à redistribuer les revenus des personnes actives au profit des inactifs ? L'ensemble des régimes de retraite a été mis en place dans une époque aux dynamiques économiques et démographiques fort différentes de celles d'aujourd'hui. Le système de retraite français continuera donc à ne pas être équilibré, et donc ultimement, à dépendre de l'impôt. Les français sont-ils au courant des enjeux financiers gigantesques du système de retraite dans les prochaines années ?
Mais ceci n'est pas encore suffisant, une vraie refondation devant passer par un changement profond de l'état d'esprit des dirigeants politiques de ce pays. L'Etat ne peut constituer l'alpha et l'oméga du pays, sur lequel reposent tous les espoirs. Le rôle de l'Etat n'est pas de distribuer bons et mauvais points, prébendes et insignes, légions et rentes, il est de créer un cadre propice au développement de la société et de ses activités privées, sous le contrôle du consensus démocratique. Hors on ne peut que déplorer aujourd'hui le que le contrôle du pays n'est plus réellement dans les mains de ses citoyens mais dans celles d'une caste de lignées poliques népotistes, de fonctionnaires non élus, de dirigeants et banquiers proches des milieux politiques, de représentants syndicaux non représentatifs, en un mot, d'une oligarche ploutocratique bien éloignée des préoccupations quotidiennes des citoyens. La "technocratie" de demain est-elle l'Ancien Régime d'hier ?
Je conclus de cette analyse que la majorité de la classe politique de la France, en particulier les personnes ayant des responsabilités depuis 10, 20 ou 30 ans, doit donc partir. Ce ne sont pas les personnes qui ont conduit dans cette impasse qui nous en sortiront, en France comme en Europe. Je lance donc un appel à toutes celles et ceux que la Res Publica intéresse et qui comprennent quelque chose à ce qui se passe : ne laissez pas les imbéciles gouverner pour vous.
Par ailleurs, réglons également son sort à l'Euro : il n'est pas une monnaie adaptée à notre pays. Néanmoins, il n'est pas la cause exclusive de la débâcle française, simplement un révélateur de luxe, illustrant notamment la sous-compétitivité de notre pays. La France devrait-elle sortir de l'Euro ? Oui. Le peut-elle ? Probablement pas. L'Euro est un écueil avec lequel nous allons devoir continuer à vivre, fédéralisme ou pas, jusqu'à ce que les conditions soient un jour réunies pour une sortie "en douceur" si cela s'avère encore nécessaire.
Je reviendrai dans un prochain article sur les mesures pragmatiques d'urgence à prendre pour sauver ce qui peut l'être et éviter un écroulement économique qui pourrait s'avérer dangereux pour notre démocratie. Le temps presse.
Billet de blog 30 novembre 2011
Refondation politique
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