Ce matin et depuis quelques jours, c'est un des événements qui marque l'antenne de RMC ainsi que les discussions entre collègues.Qu'on se le dise, qu'on le veuille ou non, Ségolène Royal sera bien candidate aux primaires socialistes.

L'échec annoncé des primaires

Les primaires de la gauche sont devenues les primaires socialistes car les partis alliés hormis le PRG n'ont pas souhaité participer à ces primaires. Dès lors, il ne sera pas possible de présenter un candidat de la gauche rassemblée. Il faut s'attendre à avoir un candidat vert, sans doute Eva Joly, un candidat du Front de Gauche, certainement Jean-Luc Mélenchon, un candidat NPA, évidemment Olivier Besancenot, une candidate LO, et un candidat du PT.

C'est donc un échec cuisant pour le Parti Socialiste et sa première secrétaire. En effet, les primaires souhaitées par Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et tant d'autres, avaient pour modèle les primaires italiennes de la coalition de l'Olivier (l'Ulivo). Celles-ci avaient permis l'émergence puis la candidature de Romano Prodi poussé par un élan démocratique sans précédent en Italie. Les bénéfices y sont nombreux : recensement des forces prêtes à militer et à mener campagne pour le seul candidat de la coalition, projet commun de gouvernement, union de facade au moins pour les élections, financement par la mutualisation des fonds des partis coalisés et par la petite participation demandée à chaque votant. Dans ce modèle toujours, il est intéressant de constater que les tentatives de discréditation de la part de la majorité sortante et de destabilisation du système des primaires ont totalement échoué. Ainsi, on craignait des votes de citoyens de droite dénaturant le scrutin. Même si certains sont allés voter dans cet objectif, leur poids ne fut pas assez lourd sur la masse pour influer sur le résultat. Enfin, en dépit du discours de la droite, la division tant néfaste à la gauche italienne par le passé a été totalement balayée par la démarche.

Les primaires à la française restent ouvertes aux non militants socialistes et tant mieux. Mais la dynamique de l'union n'y est pas. Le projet de gouvernement commun ne se fera pas de la même manière. La participation et le soutien populaire ne seront pas aussi larges.

 

Les bisounours, les fous et la cour de récré...

Tant qu'elle faisait allégeance, tant qu'elle ne montrait aucune ambition, voire qu'elle évoquait son éventuel retrait, Ségolène Royal était une socialiste exemplaire et tout le monde l'aimait... vive les bisounours...

On la disait enterrée, finie, laminée, inexistante et elle ose repointer le bout de son nez. Il a suffit d'un mot pour que les vieux barrissements du PS reviennent à la charge. Dès que la dame du Poitou parle, elle ne laisse personne indifférent et surtout pas les apparatchiks. Mais quel culot insupportable ! Oser se présenter sans demander la permission à la maîtresse, Martine Aubry, en évoquant même la possibilité que DSK devienne son premier ministre.... Ouh, l'irresponsable, ouh la folle, ouh c'est pas beau... Je le dirais à la maîtresse.

Dès qu'une personne ose se déclarer soutien, il est un fan, supporteur, jamais militant. Evidemment, on remarquera que le champ lexical renvoie à la passion et non à la raison. Un militant est raisonnable et vote DSK. Un fan lui est irrationnel. Forcément, Ségolène Royal n'a ni idées, ni projet, ni expérience et en plus elle est folle... allons... Une personne censée ne peut décemment voter Ségolène Royal...

 

Des sondages et encore des sondages

La saison du sondage est ouverte... DSK est largement en tête, nous répète-t-on depuis des mois, DSK est le plus crédible, DSK battra à plattes coutures Nicolas Sarkozy, DSK est notre votre candidat.

Sauf que bien sûr, tout cela suit le tempo de sa communication... Il réfléchit de plus en plus, nous dit-on. Il a gauchisé le FMI, les grecs apprécieront.

Tout ceci n'est que foutaise. DSK et Aubry sont entrés dans le piège des primaires. Ils jouent au poker menteur car celui qui se présente le premier prendra des coups. DSK prend le prétexte de son devoir de réserve mais s'il le souhaitait, il ferait parler ses amis à sa place. Aubry tergiverse entre tentation d'y aller car Royal y va et peur de prendre les coups trop tôt.

Royal, elle, part très bas dans les sondages. Sa dynamique, si elle est positive, sera irrésistible, telle une lame de fond. Elle a travaillé fort et tout le monde, même ses adversaires acharnés d'hier, le reconnaissent. Mieux, son association, Désir d'Avenir, est toujours active et, sans nul doute, constitue sa future équipe de campagne aux primaires. Il suffit de voir sur internet leur prosélitisme pour s'en rendre compte. Les éléments de langage sont prêts, les projets et dossiers, préparés, les équipes de campagnes, déjà connues, les réussites locales, prêtes à être montré en exemple.

DSK possède un réseau mais rien de comparable. Son expérience relève plus du quai d'Orsay et ses projets et dossiers plutôt du quai de Bercy. Aubry possède le parti, mais est-ce un cadeau ?

Projets contre projets, idées contre idées, tout se passera sur le terrain et c'est la seule vérité d'une élection, n'en déplaise à la presse qui nous vend son champion.

 

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