J-510 - Tout fout le camp

Ce matin, en écoutant mon émission favorite, j'ai pensé que la France devenait une belle pagaille, un beau bordel où, comme pour reprendre la rengaine de nos aïeux, tout fout le camp.

La nécessaire exemplarité de l'autorité

Comme bon nombre de concitoyens, j'ai été frappé par le cas de ces fonctionnaires de police, pris les doigts dans la confiture, sévèrement punis, mais soutenus par leur ministre de tutelle, qui n'en manque pas une, l'incorrigible Brice Hortefeux. Ce dernier trouve incompréhensible la décision de la justice de condamner à un an de prison, des fonctionnaires de police, qui ont procédé à des faux en écriture et ont manifestement usé de violence dans une garde à vue sur un automobiliste qui passait par là.

Si l'on en croit la presse, personne ne conteste les faits. Un fonctionnaire de police aurait blessé un de ses collègues, alors qu'il venait en appui. Pour couvrir cette bévue, plusieurs fonctionnaires auraient décidé de charger un automobiliste, qui passait par là et qui aurait commis la faute de ne pas se soumettre à un contrôle. Le procès verbal ferait état d'une tentative de meurtre sur agent. Cet infortuné risquerait donc les assises, pour une faute certe serieuse, celle de ne pas se soumettre à l'autorité, mais surtout pour ne pas avoir été au bon endroit à la bonne heure. Interpellé, il sortira de sa garde à vue avec 5 jours d'incapacité de travail, résultat,semble-t-il, d'un passage à tabac dans le but de le faire avouer un délit grave qu'il n'a pas commis.

Suite au verdict rendu en première instance par le tribunal de Bobigny, les fonctionnaires sont condamnés à de lourdes peines allant jusque 1 an de prison ferme.

Ce verdict a déchaîné les passions ce matin à l'antenne mais aussi dans mon cercle familial. Une fracture se dresse entre ceux qui considèrent que l'autorité nécessite l'exemplarité et ceux qui considèrent que finalement les fonctionnaires de police ne sont que des hommes. Pour ma part, je considère qu'un policier, du fait qu'il représente l'ordre, du fait qu'il prête serment et que sa parole vaut plus que celle d'un simple citoyen, ne peut agir inpunément. Dès lors qu'il faillit à sa fonction de cette manière là, il ne peut y avoir de compassion. Je constate aussi que la plupart des avis sont tranchés. La zone de clivage est bizarrement inversée. Ceux si prompts à l'intransigeance vis-à-vis de malfaiteurs de quartiers défavorisés deviennent mous du genou lorsqu'il s'agit de policiers. Par opposition, ceux qui comme moi trouvent milles excuses (souvent à tort) à ces mêmes malfaiteurs, considère presque cette affaire comme un attentat contre la République. Le point godwin est souvent proche et l'on considère souvent que tout est noir ou blanc mais jamais gris.

Sur RMC, des flics prenaient la parole tantôt pour soutenir un peu maladroitement leurs collègues, tantôt pour les accabler. Si personnellement, je peux comprendre que des policiers soutiennent moralement leurs collègues, je ne peux comprendre qu'ils trouvent une justification à de tels actes. Certes, comme j'ai pu l'entendre, nous sommes dans une République et les boeufs carottes ont rapidement démonté toute l'affaire. Mais, dès lors qu'un policier ment, il n'est plus crédible à assurer l'autorité. Cautionner ce mensonge par le manque de moyen, par le fait que la justice relâche trop vite des suspects par maintes fois confondus, revient à dire que la crédibilité de l'autorité n'est pas importante.

La géométrie variable du principe de laïcité

L'autre sujet du jour fut l'inévitable provocation de Marine Le Pen. Décidément, tel père telle fille. Le pavé est énorme mais la question est légitime. Les interventions de plusieurs auditeurs musulmans de RMC le montraient pertinemment.

Au délà du propos insultant pour les musulmans et plus largement pour la République, la question de la place l'Islam en France est une question qu'il faut aborder sans tabou. Les partisans d'un Islam apaisé souhaitent par dessus tout sortir de l'ornière qui doucement se creuse dans la société française. Privés de lieu de culte par une opinion publique peu enclin à laisser pousser des minarets au coin des rues, certains musulmans sont contraints de prier désormais dans la rue à Paris et à Marseille, sono hurlante, sous protection policière, dans une illégalité manifeste et sous le regard médusé du voisinnage.

La France doit régler ce problème avec elle-même si elle ne veut pas que le dialogue laisse la place aux communautarismes extrêmistes. Le principe de laïcité empêche les catholiques, les juifs et les musulmans de faire du prosélitisme sur la voie publique. Les quelques personnes qui tentent de mettre le sujet sur la table ne trouvent aucun echo. Pire, lorsqu'ils ne sont pas musulmans ou d'origine nord africaine, ils sont classés parmi les racistes et les xénophobes d'une manière totalement injustifiée et malheureusement habituelle.

Si l'on veut une société française solidaire, appaisée avec elle-même, il faut que chacun y trouve sa place, quelque soit sa couleur de peau, son origine sociale, sa confession religieuse et sa préférence politique. Il faut absolument éviter que l'Islam, mais aussi la religion catholique, ne passe dans les mains d'extremistes et de personnes qui veulent remettre en cause le principe de la laïcité. Manifestement, les prefets et les maires de Marseille et Paris préfèrent faire l'autruche plutôt que de faire appliquer la loi. Faire appliquer la loi, c'est interdire ce genre de manifestation. Par contre, il faut contruire des lieux de culte à la mesure de la fréquentation de ces rues. Il faut aussi rénover les mosquées parfois majoritairement insalubres.

N'en déplaise aux catholiques anti musulmans que je connais, force est de constater que les mosquées font le plein. Il y a 2 choix pour y répondre. Laisser les wahabites saoudiens financer des lieux de cultes, proner l'Islam le plus radical, nommer des imams qui deviendront tôt ou tard incontrables ou construire des lieux de culte et soutenir l'Islam modéré à la française.

Si c'est une affaire de minaret, nul doute qu'une table ronde pourrait permettre de sortir de ce débat parfaitement ridicule en comparaison du problème qui poind dans la société française. Mais non, on préfère fermer les yeux pour mieux s'assurer les faveurs de l'imam et de ses amis, car, après tout, ce qui compte c'est d'être réélu.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.