La Gendarmerie au secours de la police?

La gendarmerie est beaucoup moins sujette aux critiques que la police depuis un an et demi. Il ne s'agit pas d'une opération du Saint-Esprit, mais bien en raison de différences stratégiques mais aussi plus humaines.

Comme le rapportait Marianne en Juin dernier, Le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) avait réclamé une harmonisation des forces de sécurité intérieures vers un modèle civil. Autrement dit, la disparation du statut de militaire des officiers de gendarmerie entrainerait la disparation totale de corps, ce qui semble absurde. Depuis le mandat de Nicolas Sarkozy, la gendarmerie n’a pas cessé de se rapprocher de la police. Sa mise sous tutelle du ministère de l’intérieur, auparavant rattachée à celui de la défense marquait le début de cette harmonisation. Pourtant, la gendarmerie dispose de nombreux atouts opérationnels dus à sa fonction militaire. Ce billet explore les fondements nécessaires d’avoir une force armée en France agissant sur le territoire nationale, et pourquoi le « tout police » n’est pas souhaitable. Il est particulièrement question du maintien de l’ordre, tâche à laquelle la gendarmerie mobile s’est montrée plus professionnelle et plus consciente.

Dans une tribune à Libération, l’ancien général Bertrand Cavallier réagissait à la proposition du SCPN. Les chiffres avancés sont sans appel, alors que « La mobile » fournissait 60% des effectifs lors de la protestation des Gilets Jaunes, seulement 22 gendarmes ont été mis en cause pour violence, 400 chez la police. Ces chiffres ne tiennent pas en compte les nombreuses violences qui ne sont pas recensés, mais sur une centaine de vidéos visionnées, l’extrême majorité des cas sont des policiers abusant de leur force. De plus, le directeur de recherche au CNRS Sébastian Roché (lui-même  ayant travaillé avec la police » usé du LBD, contrairement aux CRS et surtout à la BAC. De manière plus générale, l’opinion au sein des manifestants sur la façon d’encadrer les manifestations par la gendarmerie est bien meilleure que celles des unités de police. Par ailleurs, Mediapart a révélé que les ordres donnés par le préfet Lallement étaient contestés, par les CRS mais également par les responsables de la gendarmerie qui ont notamment refusé leur mise en application. Le dispositif illégal auquel la gendarmerie mobile a pris part a également été critiqué en interne et reconnu comme une faute. Cette capacité à se remettre en cause en interne et à ne pas politiser leurs actions est impensable dans la police, où les syndicats sont en premières lignes pour la défense des « collègues ». Rappelons que lors de la mort tragique de Rémi Fraisse, ce ne sont pas les représentants syndicaux qui faisaient les plateaux télé, mais le directeur général de la gendarmerie, l’ancien patron du GIGN, le général Denis Favier. Moins politisée, plus respectueuse des règles d’engagement (l’esprit militaire qui règne en Gendarmerie y a surement à faire), les gendarmes semblent être une grande partie de la solution pour les prochaines opérations de sécurisation de manifestations.

Il faut également souligner la qualité opérationnelle des gendarmes, qui évoluent sur des terrains variés, pouvant à la fois remplir des missions de proximité en Outre-Mer ou en campagne, mais également intervenir en zone péri-urbaine. Le colonel Beltrame, trois mois avant son geste héroïque, avait déjà averti de l’utilité des forces de gendarmerie comme première réponse en cas d’actes terroristes. D’ailleurs, la plus reconnue des unités anti-terroristes françaises, le GIGN, dépend de la gendarmerie. Contrairement au RAID, les membres du GIGN ont une expérience militaire complète, ayant servi en Afrique, en Afghanistan et dont les formateurs sont confrontés à des problématiques beaucoup plus variées depuis 40 ans, en raison justement de cette diversité d’opérations. D’ailleurs, ce ne sont pas seulement les membres du GIGN qui opèrent à l’étranger, mais aussi des gendarmes mobiles, des membres du PSIG sont aussi invités à former des polices étrangères. En qualité de militaire, les gendarmes sont des combattants. Cette qualité du combat, propre à l’armée n’est pas présente chez les policiers, et c’est surement mieux ainsi. Savoir se battre et être entrainé à cette mission est tout aussi noble que délicat

La différence de mentalités, de diversités dans les unités et surtout d’Histoire (la police, fondée sous Vichy, est une jeune unité, contrairement à la gendarmerie) est utile aux missions de sûreté publique. Elle permet de comparer des méthodes de travail, mais aussi d’offrir différents horizons tactiques pour les situations de crise. La critique venant de la gendarmerie sur le maintien de l’ordre nous est précieuse, elle peut aussi l’être pour les interpellations. Comme l’expliquait François Ruffin, le plaquage ventrale qui tué un livreur il y a un mois et demi n’est pas pratiquée par la gendarmerie. Ouvrir de nouvelles perspectives, maintenir l’esprit critique est sain dans une démocratie. Cette raison est certainement la plus stratégique qui devrait écarter toute dissolution de la gendarmerie.

Il ne s’agit pas de l’idéaliser et de faire de la police l’ennemi des manifestants, ni de fermer les yeux sur les abus que certains gendarmes ont pu connaître. Il s’agit de souligner l’importance de cette force autant pour sa qualité militaire que sa capacité à se démarquer dans la critique et l’autocritique de la police.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.