La menace séparatiste

La seule menace séparatiste qui soit existentielle pour la France et l'Europe au point de les mener vers l'explosion civile, c'est la montée populaire du fascisme. Le Djihadisme est ainsi en passe de réussir son plan, non pas en gagnant les coeurs mais en permettant la haine.

L’extrême droite européenne doit faire son mea culpa, à défaut de quoi elle deviendra fasciste comme l’est déjà nombre de ses partisans. L’attentat de Frankfort est le résultat d’une imbibition de haine accumulé par des discours quotidiens relayés par des partis politiques de plus en plus populaire. Des Hommes ont été tués par une idéologie portée par des paroles, des théories et des arguments qui s’entendent dans les matinales, à la télévision, dans la presse et que l’on trouve en tête de gondole dans les librairies. Le fascisme est de retour en Europe, et il est toléré dans ses formes les plus extrêmes. Il représente une menace bien plus élevé que le Djihadisme, il en est aussi une des conséquences et surtout son meilleur allié. Ceux deux mouvances sont les ennemis de l’Etat de Droit qui assure la liberté et l’égalité entre tous ces citoyens. Ils menacent les Droits de l’Homme, allant jusqu’à se vanter de remettre en cause ces fondamentaux au nom de la sécurité et de l’identité culturelle, qu’ils soient fou de Dieu ou nationalistes.

Alors que le fascisme est la forme de terrorisme qui tue le plus en Allemagne depuis les années 1990, il est paradoxalement aujourd’hui à son plus haut niveau électoral. Ce qui peut enfaite sembler comme paradoxale ne l’est pas, c’est une aubaine pour l’extrême droite politique qui parait modéré face à ce niveau de violence, mais aussi pour celle qui tue car les discours racistes et antisémites sont désormais normalisés, et de fait ces actes deviennent politiques alors qu’ils ne sont qu’haine. La plus belle victoire de ce fascisme moderne est d’avoir fragmenter les discours et les actes violents, la causalité entre AFD et attentats Islamophobes ou antisémites n’étant plus abordée. Alors que l’ensemble de l’Islam est mis en doute dès qu’un individu radicalisé passe à l’acte, l’extrême droite est épargnée de telles accusations. Les raisons sont évidentes, quand celle-ci est au pouvoir dans de nombreux pays d’Europe et est en passe de l’être dans les plus grandes démocraties du continent (France, Allemagne, Italie), porter de telles accusations serait un suicide politique qui ne ferait que la renforcer.

En France, ce terrorisme nationaliste a aussi frappé, en moindre mesure que l’Allemagne certes, mais rien ne permet de ne pas s’inquiéter pour le futur. L’historien spécialiste du Moyen-Orient Jean-Pierre Filiu avait alerté sur son blog en fin 2019 le risque pour l’Europe du développement de ce phénomène. Le FN grignote du terrain, et le plafond de verre qui lui barre la route du pouvoir n’a jamais été aussi proche de se briser. Les propos racistes, Islamophobes et simplement idiots tels ceux profanés sur les chaines d’information par les imbéciles éclairés ont pignon sur rue avec la stratégie du scandale permanent. La victoire du terrorisme Islamiste se trouve ici, leur stratégie de rupture n’est pas celle que hurle les Le Pen, Zemmour, Dati, bref une grande partie de la droite française. Ce ne sont pas les musulmans de France qui larguent les amarres avec la République, mais une partie de ses citoyens qui vont préférer la remise en cause des libertés et de l’égalité à travers un profond sentiment d’abandon pour la majorité, pour d’autres par un fanatisme aussi viscéral que celui des fous de Dieu. La comparaison a évidemment de nombreuses limites tel le fait qu’être musulman peut être un héritage culturel et social, mais aussi une guidance spirituel alors que le vote pour l’extrême droite est une adhésion politique. Malgré tout, il reste cependant à accepter que la haine et la défiance se sont légalement installées dans notre pays.

Le combat contre le séparatisme doit se mener sur ces deux fronts, et il est politique et sociétal. Les victimes de ce séparatisme identitaire sont avant tout les musulmans paisibles, ceux que nous n’entendons pas, et c’est tant mieux ainsi. Cette montée du racisme, Islamiste et nationaliste menace cependant toute la société, les communautés juives en premier d’ailleurs. Le rôle de l’Etat dans cette montée des haines ne doit pas se limiter à des missions de renseignements et d’actions policières ou juridiques. Aucun Etat, du plus démocratique au plus totalitaire ne saurait empêcher ses habitants d’être passionné en amour comme en haine. Les passions ne peuvent être vaincues que par les passions comme le disait Spinoza dans son éthique. Le défi de ce début de siècle est de trouver une passion assez forte, mais pour autant raisonné, qui serait capable de nuire à celles prônant la destruction, le séparatisme. Un Camus moderne nous est plus que jamais nécessaire pour trouver ce difficile équilibre, celui de l’utopie réaliste (voir sa série d’articles « Ni victimes ni bourreaux », publiés à Combat en 1946). Ne soyons pas les victimes de Djihadisme en étant le bourreau des Droits de l’Homme.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.