Hélène Romano
Dr en psychopathologie Habilitée à diriger les recherches, docteur en droit privé et sciences criminelles
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Billet de blog 2 avr. 2020

Halte au massacre des enfants maltraités

La situation des enfants maltraités est actuellement désastreuse. Quel nouveau drame faut-il attendre pour que l'Etat mette en place de véritables mesures pour protéger les enfants?

Hélène Romano
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Lettre ouverte au Président Emmanuel Macron : Enfants en danger, halte au massacre.

Monsieur le Président,

Notre pays traverse une période de crise sanitaire sans précédent. Vous l’avez vous-même répété à de nombreuses reprises « nous sommes en guerre ». La guerre tue : toutes ces victimes du Covid19, tous ceux et celles qui ne peuvent pas se faire soigner comme ils le pourraient en dehors de cette pandémie. Et puis il y aura les autres morts, celles liées à l’épuisement professionnel, au traumatisme vicariant des sauveteurs, aux suicides d’agents, comme après les attentats. Vous ne pouvez pas l’ignorer.

En contexte de crise, il y a d’innombrables choses à penser et à concevoir pour maintenir un minimum de cohésion sociale et limiter les polémiques qui ne sont que des réactions défensives face à l’angoisse liée à cet ennemi invisible. Et votre rôle est fondamental, mais très délicat.

Vous pensez à beaucoup de monde et mettez en place beaucoup de choses en particulier pour les soignants, les patients et tous ces professionnels de l’ombre. Mais il y a une catégorie de la population que vous semblez totalement passer en second plan : les enfants.

Il aurait été nécessaire que vous leur fassiez une allocution dédiée pour leur expliquer ce qu’ils vivent, pourquoi ne pas l’avoir fait ?

Il serait indispensable que le Ministère de l’Éducation nationale lâche sur ses programmes et évaluations et se concentre davantage sur la façon dont les enseignants vont récupérer les élèves après deux mois de confinement et porte attention aux vécus de ces professeurs ; réalité totalement déniée actuellement.

Et il y a tous ces enfants maltraités, totalement sacrifiés dans l’indifférence générale.

Des chiffres sortent sur l'augmentation de plus de 30% d’appels pour des cas de maltraitance. Mais la réalité est bien pire, car n’appellent que ceux qui le peuvent ce qui excluent tous les petits et les enfants qui n’ont pas accès au téléphone. Vos secrétaires d’État habitués aux annonces bien rodées d’enfumage collectif et de fausse réassurance, expliquent par exemple que les pharmaciens pourraient devenir des personnes-ressources ou rappellent le numéro d’appel de secours : mais est-ce bien sérieux ? Savez-vous ce que vit un enfant maltraité, une femme victime de violences conjugales ? Comment ces personnes que vous laissez à ces postes peuvent-elles un seul instant penser que ces mesures auront la moindre efficacité ? C’est une méconnaissance TOTALE de ce qu’est un enfant maltraité et une femme qui vit sous l’emprise d’un homme violent : la terreur, la honte, la culpabilité, le secret imposé. Non seulement ils sont confinés, mais ils étaient déjà séquestrés dans leur vie familiale. Comment s’imaginer qu’ils pourront solliciter l’aide d’un pharmacien ? Qu’ils parviendront à appeler ? C’est du grand n’importe quoi. Entourez -vous de conseillers qui savent réellement ce qu’est la maltraitance, et qui ne sont pas là juste pour se donner bonne conscience et multiplier les inepties ; cela éviterait bien des drames.

Ce n’est pas à un enfant maltraité ou à une femme victime de violences conjugales de solliciter de l’aide : ils ne le PEUVENT pas. C’est à la société de les protéger, de les repérer, de les prendre en charge. Et là, c’est le désert total de toute mesure adaptée.

Comment justifiez-vous que certains conseils départementaux aient suspendu toutes les évaluations de signalement « sauf urgence » et interdit les visites à domicile alors même que nous savons cette période à haut risque pour ces enfants et ces femmes ? C’est comme si dans les EHPAD nous avions abandonné les personnes âgées, sans plus aucun professionnel pour intervenir. Il y a dans ces lieux, et bien heureusement, une continuité du secteur public, pourquoi l’avoir rompue en protection de l’enfance ?!

C’est un véritable scandale d’État. Des générations d’enfants sacrifiés par économie de personnels que l’on préfère laisser en télétravail plutôt que d’organiser des visites dans les domiciles alors même que nous savons ce confinement très critique.

Et que dire ces enfants placés en MECS avec tous ces travailleurs sociaux qui s'épuisent sans que jamais personne ne prennent soin d’eux, n'aient le moindre mot de reconnaissance réelle ?

Bien évidemment les impératifs économiques sont essentiels et votre préoccupation à ce sujet est totalement compréhensible. Mais vous ne pourrez pas bâtir la France de demain sur une génération sacrifiée.

Les enfants de 2020 ont déjà vécu les attentats, la crise avec les dégradations des blacks-bloc et maintenant le confinement. Quant aux enfants maltraités, totalement abandonnés par l’État un certain nombre sortiront de ce confinement tués, ou morts psychiquement. Et il ne s’agira pas alors d’agiter le terme « résilience » pour vous rassurer, comme une pensée magique pour avoir l’illusion qu’ils se répareront tout seuls.

L’État les a lâchés face à d’autres priorités.

La situation est catastrophique dans le huis clos de ces familles qui peuvent violer, frapper, massacrer en toute impunité pendant encore au moins plusieurs semaines.

Monsieur le Président, il serait urgent de remettre en place en urgence les visites à domicile qui sont un des éléments de repérage essentiel des maltraitances et soutenez le secteur de la protection de l’enfance avec des mesures réellement efficaces et non conçues pour satisfaire l’ego communicationnel de certains de vos secrétaires d’État totalement à côté de ce qu’est la réalité de la maltraitance et des violences conjugales.

Vous répétez que vous êtes le Président de tous les Français.  Les bébés, les enfants et les adolescents maltraités sont des citoyens de ce pays eux aussi, ne l’oubliez-pas.

Hélène Romano

Dr en psychopathologie-HDR, psychothérapeute, Dr en droit privé et sciences criminelles

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