Les services de médecine scolaire et universitaire en état palliatif

Alors que le déconfinement se profile l'Etat assure que les élèves seront pris en charge dans les meilleures conditions grâce au service de santé scolaire; sauf que celui-ci est n'a pas les moyens des actions qui lui sont demandés et ne peut pas répondre aux injonctions d'un ministère qui l'a totalement abandonné depuis des années.

Les premiers écrits sur l’attention portée à la santé des écoliers remontent à Charlemagne en 787, mais c’est surtout à partir de la scolarisation obligatoire organisée par Jules Ferry que l’État va considérer l’école comme un espace privilégié pour la prise en charge de la santé des enfants, à une période où la mortalité infantile reste importante. Il faut attendre l’après-guerre et l’ordonnance du 11 octobre 1945 pour que les premiers principes du service de santé scolaire soient posés sous la responsabilité du ministère de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Santé. Le service de santé scolaire passe sous la responsabilité du ministère de la Santé en 1964 avant de revenir sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale par le décret du 21 décembre 1984 pour une partie des professionnels (les médecins et secrétaires médicales restant gérés par le ministère de la santé). Ce n’est qu’en 1991 que l’ensemble des personnels sont désormais gérés par le ministère de l’Éducation nationale.

Le service de promotion de la santé en faveur des élèves n’a cessé depuis 1945 de se voir assigné des missions sans cesse plus importantes : surveillance de l’état de santé (prévention, dépistage précoce des problèmes de santé divers), mais aussi éducation et promotion de la santé physique et mentale de tous les jeunes scolarisés en vue de permettre leur bon équilibre et leur épanouissement, et d’assurer leur scolarité dans les meilleures conditions en particulier pour les élèves à besoins spécifiques (malades ou handicapés selon la loi de 2005).

Infirmiers, médecins, assistants-sociaux, psychologues de l’Éducation nationale se trouvent en première ligne non seulement pour gérer tous les enjeux de santé des élèves, de la maternelle à l’université, mais aussi toutes les conséquences d’événements traumatiques sociétaux : attentats, harcèlement, catastrophes naturelles, crash d’avion, tueries familiales et tout dernièrement le confinement lié à la pandémie de Covid-19. Merveilleuses missions sauf que les services de promotion de la santé en faveur des élèves n’ont plus aucun moyen pour répondre à toutes ces exigences. Là où il serait nécessaire compte tenu de l’évolution de notre société et de ses attentes, d’avoir dans chaque établissement au moins un médecin, un(e) infirmier(e), un(e) assistant(e)-social, un(e) psychologue, la réalité est désastreuse. Ces professionnels souvent surinvestis font ce qu’ils peuvent avec des moyens totalement inadaptés, car la plupart se trouvent sur plusieurs établissements et mis en totale incapacité de répondre à toutes ces injections institutionnelles (par exemple, le taux d’encadrement des effectifs varie de 2000 à 46000 élèves par médecin). Pour autre exemple l’effondrement de plus de 20 % des effectifs des médecins scolaires depuis 2008 en raison de la précarité des postes et du total manque d’attractivité de cette profession qui est la moins bien payée de la fonction publique.

Derrière tous les grands discours ministériels qui ne cessent d’affirmer aux parents que les enfants seront pris en charge par le service de santé scolaire, les français ont le droit de savoir l’état de désastre dans lequel les gouvernements successifs ont mis la santé scolaire, aujourd’hui à un stade palliatif.

Non, les enfants scolarisés, les enseignants, ne pourront pas être pris en charge de façon adaptée à l’issue du confinement au niveau psychologique et médical dans leur établissement. C’est impossible. Ce ne sera pas lié aux professionnels plus qu’investis dans leurs missions, mais en raison du manque d’effectifs, de moyens et de formations sur certaines thématiques particulières comme celle du deuil et du traumatisme.

Il est plus qu’urgent de repenser la médecine scolaire et universitaire en lui donnant les moyens d’intervenir et de cesser de leurrer élèves, parents et professionnels.

Reste à savoir si l’État souhaite réellement donner les moyens d’agir à ces professionnels ou s’il restera sur des annonces de façade visant à faussement réassurer les parents en leur mentant sur la réalité du terrain.

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