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Billet de blog 2 déc. 2017

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10 ans après, le nouveau "subprime" de Goldman Sachs parie sur une crise en Europe

Seulement une décennie après la dernière crise financière majeure, Goldman Sachs et JP Morgan ont mis au point un produit (TRS) qui permet désormais à leurs clients de parier sur la prochaine.

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D'après un article de Bloomberg, les banquiers de Goldman Sachs ont conçu un nouveau produit financier qui rappelle de mauvais souvenirs. Lorsque la crise de 2007 met à mal les grandes banques américaines, Goldman Sachs en sort grandi et enrichi. Comment ?
Petit guide pour s'enrichir en cas de crise :
     - faire la promotion de produits toxiques (CDO) puis les vendre à ses client
     - parier sur la baisse de l'obligation
     - créer une assurance (CDS) en cas d'effondrement du marché des CDO
Commissions pour les CDO et CDS, gains en bourse et énormes pertes couvertes par l'assureur (contribuable) = jackpot !
De nos jours, le marché qui intéresse « la Firme », comme on la surnomme dans le milieu, est celui de la dette des banques européennes, la dette Tier 1 et Tier 2 (dite "subordonnée" ou "junior"), émise après la crise de l'euro en 2008.
Plus précisément, dans le Tier 1, on trouve des actions et des titres hybrides comme les Additional Tier 1 (AT1). Leurs spécificités : ils ne sont pas prioritaires en cas de liquidation, ils n’ont pas d’échéance, leur coupon est facultatif et non cumulable. Ce sont les titres de dette les plus risqués, donc les rendements sont importants : 4,8% en moyenne, contrairement à une dette à long-terme dite "senior" d'une grande banque, qui ne dépasse pas les 1%.
Dans un contexte où les taux d'intérêt sont bas et que les énormes programmes d'achats d'obligations par la banque centrale ont fait chuter les rendements, ce marché est en plein boom et attire les investisseurs : il atteindrait 150 milliards fin 2017, et la bulle prévoit d’augmenter les prochaines années.


Cependant, ces titres ont montré leur fragilité, notamment lors de la quasi faillite de Banco Popular (rachetée 1€ par Banco Santander) en juin dernier.

 Les autorités bancaires européennes (Conseil de Résolution Unique) et espagnoles ont appliqué pour la première fois le mécanisme européen de résolution des crises, grâce à un "bail-in" (renflouement interne, sans intervention extérieure par opposition au "bail-out" lorsque l'État vient sauver une banque) qui a empêché de faire trembler tout le marché.
Bilan du « bail-in » : la banque doit effacer en une nuit 2 milliards d'euros de dette subordonnée, qui concernent la dette Tier 1 et Tier 2 (pourtant réputée plus sûre). L'Etat espagnol se félicite d'avoir réglé le problème sans faire payer le contribuable, mais les détenteurs de ces actions, principalement des fonds d'investissement, ont tout perdu et poursuivent en justice la Commission européenne. Ce sauvetage rapide a réussi à rassurer les marchés, mais de nombreux investisseurs en viennent à s'interroger sur les risques (Not so popular: The implications of Banco Popular’s bail-in, Financial News ou Pourquoi le marché du "high yield" inquiète les investisseurs, Les Echos). On sait par exemple que les ménages italiens possèdent plus de 30 milliards d'euros de dette "junior", et risquent de tout perdre en cas de problème de solvabilité des banques italiennes.
L'odeur du sang attire les requins

Seulement 4 mois après l'épisode Banco Popular, Goldman Sachs a trouvé le moyen de profiter de la situation. Comme il est impossible d'assurer des titres AT1 avec l'assurance classique en finance, le Credit Default Swap (CDS, utilisé en 2007), les banquiers de la Firme nous ont concocté une nouveauté : les Total Return Swaps (TRS), qui permettent aux investisseurs de se couvrir contre le défaut d’un panier d’AT1 sans avoir à posséder les titres sous-jacents ou à immobiliser beaucoup de garanties.
Bloomberg analyse : "Certains participants au marché cherchent une exposition à cette classe d’actifs tandis que d’autres couvrent leurs positions. D’un côté du marché des TRS, l’acheteur de l’indice anticipe que le rendement total de l’indice va augmenter. De l’autre côté, le vendeur de l’indice anticipe l’inverse.".
La croissance des obligations AT1 alimente le boom du marché des TRS

Pour résumer, Goldman Sachs gagne des émoluments sur la création d’AT1 et de TRS, touche des commissions sur les ventes d’AT1 entre les banques européennes et ses investisseurs institutionnels (qui parie à la hausse, “jouer long”), lorsqu’en même temps la Firme joue “short” et investit dans les TRS pour rafler le pactole si tout s’écroule. Cela ressemble fort au montage des CDS liés aux crédits hypothécaires risqués aux Etats-Unis qui a eu un rôle majeur dans la crise mondiale de 2007.

Comment Goldman Sachs s’est enrichi de la crise des subprimes, Médiapart 2008
Goldman Sachs et JP Morgan sont teneurs sur le marché des TRS liés aux dettes bancaires.
La Deutsche Bank, HSBC, Banco Santander et BNP Paribas sont les principaux émetteurs de titres AT1.
Ironie de l'histoire, la Deutsche a prévu d'investir le marché des TRS liés aux dettes bancaires. Pariera-t-elle contre elle-même ?
Faites vos jeux... Rien ne va plus.
On ignore quand sera la prochaine crise, mais on connait déjà les gagnants !
TOUS, ET PARTOUT, MOBILISE(E)S du 10 au 12 décembre CONTRE LE CAPITALISME POLLUANT

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