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Billet de blog 5 nov. 2020

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Laissez les bibliothèques tranquilles!

De nombreux auteurs ont signé une tribune réclamant l'ouverture des librairies et des bibliothèques, au nom du "choix de la culture". Ces revendications sont le signe d'un mépris prodigieux non seulement pour les travailleureuses mais aussi pour la culture autre que livresque. Réaction d'une bibliothécaire en colère.

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Cher.e.s amoureuxses des livres et de la lecture, amateurices de sorties en librairie et en bibliothèque, signataires de cette tribune honteuse réclamant l'ouverture totale des bibliothèques et librairies en cette période de confinement,

 Je vous écris en tant que bibliothécaire Je tiens à le préciser : j’aime lire, j’aime les livres, j’aime mon métier, j’aime les lecteurices et le public, je ne souhaite pas changer de métier, bien au contraire.

Malgré tout, votre tribune me fait l’effet d’un crachat en pleine figure. Pour sauver votre passion, la lecture, passion qui est aussi la mienne, mes collègues et moi-même, nous devrions nous mettre en danger de mort ? Êtes-vous bien conscient.e.s des enjeux ? Il s’agit d’une pandémie mondiale. Les urgences sont saturées, les soignant.e.s doivent renoncer à leurs congés, un plan blanc est mis en place pour trier les patient.e.s à leur arrivée. Oui, « trier », c’est bien le mot. Je vous en informe ou vous le rappelle, le plan blanc repose sur la notion de mort acceptable, formulation répugnante s’il en est. Ainsi donc, les personnes dont la mort serait acceptable doivent être sacrifiées sur l’autel de la culture ?

Nous, bibliothécaires, nous devrions nous mettre en danger de mort pour proposer un service dégradé ? Lorsque les bibliothécaires seront en réanimation ou au cimetière, qui vous fera du prêt ? Que vous proposeront les bibliothèques ? Car là est l’enjeu : sans bibliothécaires, pas de bibliothèques.

Vouloir que les bibliothèques restent ouvertes, c’est méconnaître notre métier. Nous ne sommes pas que des distributeurs de livres. Notre métier, c’est l’accès à l’information. C’est autant un service de la culture qu’un service public. Tandis que vous, lecteurices, vous aurez de quoi occuper votre temps, à savoir des livres (n’en avez-vous pas déjà à la maison à lire ou à relire en attendant un mois ou deux ?), d’autres personnes, qui venaient à la bibliothèque pour avoir, par exemple, l’aide d’un écrivain public afin de demander des prestations sociales, seront mises de côté et c’est elleux qui devront prendre leur mal en patience. Pardonnez-moi, mais si vous ne pouvez vivre sans nouveaux livres, certain.e.s ne peuvent vivre sans le RSA. Êtes-vous capables d’établir des priorités ? De voir plus loin que le bout de votre nez ? Je croyais, naïvement peut-être, que c’est aussi à cela que servent les livres.

Par ailleurs, mettre les livres au parangon de la culture, n’est-ce pas méprisant pour les autres arts, n’est-ce pas profondément élitiste ? Pourquoi le livre serait-il un produit sacré, pourquoi la culture livresque serait-elle supérieure à toute autre forme d'art? Le cinéma, le théâtre, la danse, les arts plastiques, la musique, cela se met en pause. Entend-on les chef.fe.s d’orchestre exiger que les salles de concert ouvrent au nom de l’apaisement de l’âme ? Le livre n’est pas supérieur aux autres formes de culture. Si les librairies, en tant que commerces de proximité, sont en danger, il en est de même pour les disquaires, les merceries mais aussi pour les salons de tatouage, de coiffure, de beauté et la liste n'est bien sûr pas exhaustive. Qui a décrété qu'avoir un nouveau livre serait plus important que de faire ses vingt longueurs de piscine hebdomadaires?

Il ne s’agit pas de fermer à jamais les bibliothèques et les librairies, de ne plus rien publier. Cela serait une mort du livre que personne ne souhaite. Il s’agit de « faire une pause ». Oui, comme au printemps. Faisons une pause, cessons de nous précipiter. Ce temps dédié à prendre du recul, en télétravail, quitte, oui, à travailler moins car tout ne serait pas faisable à distance, il est nécessaire pour proposer un service public de qualité.

Non, je ne veux pas proposer un  service dégradé qui ne représente pas mon métier et qui m’empêcherait d’exercer mon métier convenablement. Surtout si je risque d’en mourir. Si nous mourons, au sens propre, car là est l’enjeu, qui ouvrira les bibliothèques ? 

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