quelque chose a changé

Trois jours après et toujours cette sidération brumeuse. Et cette question sans réponse qui tourne en boucle dans ma tête: Pourquoi ?
Nous sommes en guerre, paraît-il. Pas moi.

Hier, à République et Oberkampf, j’ai comme une hallucination. Tous ces gens rassemblés qui se recueillent spontanément devant les lieux de la tragédie avec un bouquet de fleurs, une bougie, un mot ou un dessin. Tous nous partageons sans nous connaître ce sentiment d’hébétude et d’indignation, et cette volonté d’être là pour témoigner de notre solidarité et de notre humanité. Nous sommes vivants, nous sommes ensemble. Des jeunes, des vieux.
Un homme la soixantaine dit d’une voix émue et tremblante qu’il est triste, qu’il a mal, qu’il a pleuré, pleuré, pleuré sans pouvoir s’arrêter. Chacun de nous en est là, portant cette tristesse sidérée en dehors ou en dedans.



Recueillement lundi 16 novembre devant le Bataclan © Rosa Louise Recueillement lundi 16 novembre devant le Bataclan © Rosa Louise

 

Un policier qui sécurise l’accès au Bataclan a la mine défaite et l’air infiniment désolé. On dirait qu’il est sur le point de pleurer.
Les télés du monde entier semblent s’être donné rendez-vous et tiennent salon sous des tentes comme sorties du désert.
La procession de ceux qui sont venus rendre hommage aux disparus n’en finit pas et c’est réconfortant. C’est bon d’être ici, ensemble.
Des photos accrochées viennent donner un visage à ceux que l’on ne connaissait pas, les mots griffonnés, un nom.

Des gens pleurent en silence.

Ces rues sont si vivantes, comment cela a-t-il pu arriver ? Pourquoi ?
Non pas le pourquoi des causes objectives et des responsabilités mais celui de la raison stupéfiée qui tourne en rond et ne trouve pas de réponse à cet acte de folie humaine.

Je ne comprends pas, je ne peux pas comprendre. Je ne veux pas comprendre.

Dans le métro, l’atmosphère est différente, étonnamment digne et solennelle. Les gens se regardent avec compassion et se laissent passer avec sollicitude. Quelque chose a changé.

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