Education (2/3) : lycée, le statu quo ?

A un an des élections présidentielles, il semble temps de tirer le bilan provisoire de l'action de François Hollande dans le domaine de l'éducation. Je propose une série de billets inspirés de mon expérience de parent d'élèves et de professeur du secondaire dans cette perspective. Billet n°2 : le lycée.

Le lycée est, pour l'heure, le seul niveau à ne pas avoir connu de réforme durant le quinquennat. Et pour cause, la réforme Chatel, entrée en vigueur à la rentrée 2010, est relativement récente. Si le pouvoir actuel n'a pas remis à plat la réforme du lycée sans toutefois en proposer un bilan sérieux, la situation continue à se dégrader lentement d'année en année sur le terrain.

Axe 1 - Toujours moins d'heures de cours

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L'un des objectifs inavoués de la réforme Chatel a consisté à diminuer le nombre d'heures de cours des élèves. Concrètement, cela s'est traduit par une diminution des horaires hebdomadaires disciplinaires pour les élèves : moins de maths en S, moins de SES en ES, moins de Français en L par exemple. Et tout cela sans parler des langues vivantes dont les horaires ont très largement été amputés. De façon plus grossière, cela a consisté à supprimer une année de formation (on se souvient de la suppression de l'histoire-géographie en terminale S ou de la réduction d'un an d'études pour les bacs pro).

A cette diminution prévue dans les programmes viennent s'ajouter des diminutions d'horaires liées aux dotations insuffisantes des établissements. En effet, depuis la réforme Chatel, le cadrage national ne prévoit plus que des horaires planchers. Les horaires supplémentaires (par exemple les dédoublements dans les disciplines phares des séries) sont prévus sur les marges d'autonomie des établissements. Or, depuis la mise en place de la réforme et quelle que soit la couleur politique du gouvernement, les dotations horaires n'ont cessé de se réduire comme peau de chagrin. Dans mon lycée, le rapport entre le nombre total d'heures et le nombre d'élèves, seul indicateur vraiment pertinent, diminue de 6% cette année, après une diminution quasiment annuelle depuis 2011. Cette année en plus, il fallait provisoirement réaffecter des moyens au collège pour ne pas que la rentrée fasse tache ... Ce sont donc par exemple les dédoublements qui sautent, voire même l'accompagnement personnalisé qui disparait, en contradiction d'ailleurs avec les textes officiels qui imposent deux heures hebdomadaires de cet accompagnement à tous les élèves.

Sans compter les disparitions d'options à prévoir puisque la Cour des Comptes juge le lycée trop coûteux à cause de ses options.

Axe 2 - Profs et élèves à l'heure du taylorisme

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La réforme du lycée a multiplié le nombre de matières pour les élèves, de même que le nombre d'enseignants. Aux matières traditionnelles en seconde s'ajoutent deux enseignements d'exploration, plusieurs intervenants en accompagnement personnalisé par exemple qui, souvent, ne sont pas les mêmes enseignants que ceux qui ont la classe en charge.

Cela a eu pour première conséquence de déshumaniser la relation entre profs et élèves. En début de carrière, trois classes faisaient la totalité de mon service (soient environ 105 élèves en tout). Aujourd'hui, j'ai quatre classes avec en plus des petits morceaux d'accompagnement personnalisé, de spécialité etc. Je ne connais plus tous les prénoms avant la Toussaint. Je ne connais pas bien mes élèves.

Cela a ensuite largement déterioré les conditions d'apprentissage en rendant les emplois du temps émiettés où s'alternent heures de cours (parfois trimestrielles ou semestrielles ou par quinzaine) et heures de trous que les infrastructures ne permettent pas de rendre efficaces pour les élèves comme pour les enseignants. Les cours empiètent de plus en plus sur le mercredi après-midi (normalement consacré à l'association sportive), sur le samedi matin.

Axe 3 - Démagogie, quand tu nous tiens ...

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La réforme du lycée non remise en cause crée des enseignements dits d'exploration. Le nom est bien trouvé : en fait, on survole tout et n'importe quoi sans rien approfondir. Ces matières font également l'objet d'expérimentations diverses. Par exemple, la notation chiffrée y est facultative. Ce qui signifie que les élèves peuvent strictement ne rien y faire, cela n'a aucune importance puisqu'elles ne sont pas supposées être notées. Quand on sait que la notation chiffrée se pratique de moins en moins au primaire et au collège, c'est une première brèche dans le fonctionnement du lycée.

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D'ailleurs, à quoi bon noter puisque cette année, les redoublements ont été quasiment supprimés ...

Mais le summum de la démagogie aura sans doute été atteint avec l'actuelle Ministre qui a permis aux élèves de terminale de conserver leurs notes de baccalauréat de l'année d'avant lorsqu'elles sont supérieures ou égales à 10/20. De quoi favoriser la déscolarisation des redoublants ou la présence en classe sans aucune motivation, ni aucune intention d'y faire quelque chose. Chaque lycée choisit son fonctionnement. Celle-là, il fallait quand même la faire ...

Voilà. Une seule question à l'heure du bilan : était-ce vraiment cela la refondation de l'école au lycée, empirer les effets de la réforme Chatel ? A chacun de juger ...

Rouge-gorge.

 

 

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