Faut-il faire évoluer la Marseillaise ?

Le "sang impur" de la Marseillaise est-il celui des soldats ennemis ou français ? Cette expression est-elle raciste ? Et si oui, devrait-on faire évoluer cet hymne, et comment procéder ?

L’hymne national le plus célèbre au monde

La Marseillaise est sans doute l’hymne national le plus célèbre au monde1.

Écrite la nuit du 25 avril 1792 par Rouget de Lisle, cet hymne qui a galvanisé les troupes jusqu’à donner « 100 000 défenseurs à la Patrie », est devenu « l’air sacré de la liberté », puis le chant national le 14 juillet 1795.

Par la force de sa musique et par la puissance de son symbole, elle a été chantée dans le monde entier où, dans des versions traduites ou adaptées, elle évoque les combats acharnés de la Révolution pour obtenir l'émancipation des peuples et la naissance de l'individu moderne. Jusque dans la défaite, elle a connu des heures de gloire, comme lors de la dernière guerre mondiale, quand les résistants la chantaient sous les balles de leurs bourreaux.

Aujourd'hui, la grande majorité des Français est profondément attachée à ce monument historique de notre patrimoine, à sa musique et à son symbole.

 

Mais paradoxalement, à part les supporters, la plupart en ignorent les paroles, souvent dès le 3° vers, après le mot « arrivé !». Ils en méconnaissent encore plus le sens, en particulier celui du « sang impur », qui n'est que rarement expliqué à l'école.

 

Un hymne qui répond à du racisme, sans intention raciste, mais avec la même expression
Pour de nombreux Français pourtant, ces mots de « sang impur » ont un sens, qui a évolué avec les siècles. En
1776, l'expression signifiait : « né de parents notés » (« noté » : « qui a une mauvaise réputation méritée par quelques fautes qui ont fait éclat »)2. Mais selon une théorie inventée au XVII°s, les nobles étaient réputés de « sang pur », car ils descendraient tous des conquérants francs de la fin du V°s ! Ils avaient donc droit de domination sur le peuple conquis, de « sang impur » car descendant des gaulois. Dans cette controverse, omniprésente dans les esprits, et qui créait des distinctions imaginaires de races entre êtres humains, Hannah Arendt voyait, pourtant « dans le pays de l'amour de l'humanité » , « les germes de ce qui devait plus tard devenir la capacité du racisme à détruire les nations et à annihiler l'humanité ».

Dans « Qu'est-ce que le tiers état ? », pamphlet le plus vendu en 1789, l’abbé Sieyès retournait l’insulte sur les nobles :« Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants…? La Nation, alors épurée, pourra se consoler, je pense, d'être réduite à ne plus se croire composée que des descendants des Gaulois et des Romains. »

Les révolutionnaires ayant pris le pouvoir, le « sang impur », que l’on retrouve dans de multiples citations, désignait donc l’ennemi, étranger ou français, de la Révolution.

« Avons-nous abattu à nos pieds la ligue autrichienne? Nos frontières sont-elles humectées du sang impur de ses satellites ? », interroge Fréron en 1790.

« Législateurs, des femmes patriotes... mourront, en regrettant, non la vie… mais l’inutilité de leur mort, en regrettant de n'avoir pu, auparavant, tremper leurs mains dans le sang impur des ennemis de la patrie » écrivent des citoyennes à l’Assemblée nationale en mars 1792.

Pratique fréquente en ce temps-là, Rouget de Lisle a emprunté « armer tes bataillons, et de ton sang impur abreuver tes sillons » à un poème de Beauvray, écrit en 1757 pendant la sanglante guerre de 7 ans et adressé aux Anglais. En temps de guerre, désigner ainsi l'ennemi, par une figure de style courante, semblait à cette époque légitime pour motiver ses troupes. Cela n'empêchait pas d’épargner les soldats « à regret s’armant contre nous », montrant cette Fraternité avec tous les peuples qui animait l’auteur de l’hymne, comme la Révolution de 1792. La République était en effet clairement opposée à toute xénophobie et à tout racisme, et elle accueillait en son sein à la fois des nobles, qui ne revendiquaient pas ce droit de conquête, et des étrangers. Rouget de Lisle a d’ailleurs dédié son hymne au comte et maréchal d’origine bavaroise Nicolas Luckner, commandant de l’armée du Rhin en 1792.

Une question se pose à nous aujourd'hui : en répondant à une insulte raciste par la même insulte, peut-on être exonéré de racisme, et des conséquences qui peuvent découler d'un tel langage ? Suffit-il pour cela de ne pas avoir d'intention raciste, de s'écrier "je ne savais pas", ou "licence poétique" et surtout, cela autorise-t-il à continuer à proférer de tels propos ?

Il suffit de se placer dans un conflit entre adolescents pour que la réponse soit évidente. Si quelqu'un tient un propos raciste ou insultant sans intention de le faire, il n'est en aucun cas coupable, et ne devrait pas être sanctionné. Mais, quand il en apprend la signification, il devrait au minimum cesser de tenir de tels propos, sous peine de devenir responsable des conséquences de ses propos, et d'être poursuivi pour, potentiellement, l'ensemble des violences qui en ont suivi.

 

C'est pourquoi, sans accuser Rouget de Lisle ou la Révolution de volonté raciste, mais sachant combien cette expression de « sang impur » - qui ne pourrait plus être écrite de nos jours sous peine de condamnation - est aujourd'hui raciste, beaucoup de Français ont critiqué cet hymne, et demandé le changement de ses paroles. Ainsi l'association « Pour une Marseillaise de la Fraternité », qui, avec le soutien de nombreuses personnalités dont l'abbé Pierre, a lancé un concours en 1990, et a recueilli plus de 300 versions.

 

Racisme et « sang impur » dans l’Histoire

Cette demande restant vaine jusqu'ici, faut-il rappeler la diffusion exponentielle de l'expression « sang impur » après 1789 (12 citations sur Gallica au 17°s, 165 au 18°s – dont 90 après 1790 -, 1378 au 19°s, 653 au 20°s) et les massacres dans lesquelles elle apparait ?

Après que la France ait déclaré la guerre en 1792, la Patrie se retrouve en danger. Après plusieurs défaites, elle enchaîne les victoires sur ses frontières. Le péril le plus grand se trouve alors à l'intérieur, ce qui provoque la politique de la Terreur. La Révolution devient une guerre civile des races, avec des massacres dans les deux camps, qui dépassent de très loin la nécessité de la défense de la République ou de son camp. Tous ceux, opposants, simples modérés ou innocents qui sont considérés comme « impurs » sont passibles d'exécution.

« nous faisons répandre beaucoup de sang impur, mais c’est par humanité, par devoir » écrit ainsi Fouché, après les terribles massacres des Républicains Lyonnais opposés aux Jacobins et Montagnards.

Partout en France, l'hymne accompagne les multiples charrettes vers la guillotine, inaugurée, par un funeste hasard, en ce même 25 avril 1792.

Contre le « sang impur » des Vendéens, « ces monstres » dont il faut « purger la terre » « par principe d’humanité », la littérature révolutionnaire utilise clairement des expressions racistes, décrivant ses ennemis comme des bêtes maudites et nuisibles, « un troupeau de cochons » justiciables des « abattoirs civiques ». La Convention ordonne ainsi des les « traquer comme des loups » et de « leur courir sus, non pas comme dans une guerre, mais comme dans une chasse » en poursuivant « les femelles et leurs petits » jusque dans leurs « tanières ».

« La Patrie ... vous confie le commandement d'une armée Républicaine... C'est à vous qu'est réservée la gloire d'achever de les exterminer. Frappez ... sans relâche jusqu'à ce qu'enfin cette race impure soit anéantie. »3.

Si la Marseillaise, qui a alors échappé à son auteur, n’est pas directement responsable de ces massacres, qui pourra nier l’importance de l’expression dans cette idéologie mortifère du pur et de l’impur, qui envahit alors la société ?

 

L’hymne, qui reste d’abord celui des soldats vainqueurs, est institué hymne national en 1795 après la Terreur. Bailleul, futur Président, doit ainsi le défendre : « L'hymne aux accents duquel nos soldats marchent est sacré ; et l'on ne doit pas le proscrire, parce que des cannibales l'ont profané en le chantant à la suite des voitures qui traînaient les victimes à l'échafaud. »

 

La Marseillaise est ensuite longuement mise à l’écart ou interdite, de Napoléon à Napoléon III. Elle réapparaît pourtant lors des Révolutions de 1830 et 1848.
Jules Janin, académicien et
« prince des critiques » écrit alors ce qui est sans doute la première demande de modification des paroles d'un hymne qu'il admire : « Il y a dans le refrain de ce grand poème épique, notre Iliade…, un vers, un seul vers qui nous trouble, qui nous fait peur, qui nous attriste : Qu’un sang impur… Quel sang ? le sang de qui ? Où est le sang impur, à cette heure sérieuse de la fraternité universelle, à cet instant républicain où tous les peuples sont conviés à la liberté nouvelle ? La mort ! Le sang impur ! ces mots-là sont effacés de nos lois ; par grâce et par pitié, rayons-les de nos chansons »

En 1879, la III° République institue de nouveau la Marseillaise comme hymne national. Mais contrairement à 1792, la République ne peut alors être exonérée de racisme et de xénophobie. D’une part elle était obnubilée par une revanche contre la « race » Allemande, ce que montreront plusieurs textes appelant à verser le « sang impur » des Allemands ou des Boches en 14-18 (ou des Nazis en 39-45). Car dans toute guerre, le « sang impur », c’est l’ennemi du moment, et non l’Autrichien ou l’émigré de 1792.

D’autre part, pensant avoir des droits sur les « races inférieures », et « un devoir de civilisation » elle se devait, dénonçait Clemenceau des idées de Jules Ferry, de « guerroyer contre elles », en « les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation ».

Spontanément, bien des peuples, conquis au son de la Marseillaise, et à qui on n’accordait pas la pleine citoyenneté, ont alors compris que c’était leur propre sang qui était impur. On retrouve encore cette idée, aujourd’hui dans nos classes, dans l’esprit des descendants de nos colonisés, ce qui fit dire à Dounia Bouzar : « Les jeunes [d'origine immigrée ?] disent qu'ils seront considérés comme des citoyens comme les autres quand ils pourront justement revendiquer le changement de ces paroles. »4

En Algérie Française, conscients du problème, les Français ont d’ailleurs tenté d’imposer des traductions avec « du sang ennemi ». Paradoxalement, comme à St Domingue, les « indigènes » y ont parfois chanté la Marseillaise contre la « tyrannie », celle des troupes coloniales françaises.

Face à « la chanson la plus sanglante de toute l’histoire » selon Gainsbourg, devons-nous nous étonner de trouver deux des hymnes les plus violents de la planète - réponses, quasi mimétiques, à notre hymne - dans nos colonies, libérées ou perdues, par la guerre ?

Tandis que l’hymne du Vietnam reprend les mêmes images :

« Notre drapeau, qui se teint du sang de la victoire …

Le chemin de la gloire se pave de cadavres ennemis... » 

l’hymne d’Algérie proclame la pureté de son sang avant de menacer le pays colonisateur
« Nous jurons... Par le sang pur généreusement versé...
Ô France ! voici venu le jour où il te faut rendre des comptes... »

 

Par contraste, les pays issus d’une décolonisation pacifique ont des hymnes aux valeurs bien plus positives : « Salut Ô terre d’espérance! Pays de l’hospitalité » en Cote d’Ivoire, « Mes plus que frères, O Sénégalais, debout ! » de Sédar Senghor, ou « Mon Bengale doré, je t'aime. Tes cieux, ton air font toujours chanter comme une flûte mon cœur » de Tagore.

Certains préfèrent certes les hymnes guerriers, plus virils et synonymes de victoires selon eux.

 

Un hymne qui accompagne défaites et massacres

Hélas, après Napoléon qui essaya à la Berezina de faire chanter la Marseillaise (ses troupes lui répondant par un ironique « Malbrought s’en va en guerre.. »), après sa vieille garde à Waterloo, après Napoléon III préparant Sedan, les troupes qui chargèrent héroïquement au son de la Marseillaise en 1914 furent décimées par les mitrailleuses ennemies, avec jusqu’à 27.000 morts le seul 22 août 19145, plus de 200 fois le Bataclan !

En 1915, lors du transfert des cendres de Rouget de Lisle à coté de Napoléon, Poincaré définit l’hymne comme le « cri de vengeance et d'indignation d'un peuple », « dont tous les fils préfèrent délibérément la mort à la servitude... »

Si la France retrouve la victoire en 1918, c’est, comme toujours depuis la Révolution, sans la Marseillaise, que chantent encore les députés, mais que les poilus ont massivement rejeté en 1917-18, comme un triple symbole, celui de l'embrigadement d'un peuple, celui de l'engrenage vers une guerre sans raison objective, et celui du massacre de millions d'hommes utilisés comme chair à canon au bon plaisir de certains généraux.

Aujourd'hui où, comme en 1936, la Marseillaise semble revenir à la mode, et un siècle après cette boucherie que certains prétendent célébrer comme une victoire, mais qui fut avant tout une défaite de notre civilisation, notre pays peut-il encore chanter cet hymne qui depuis 1800 accompagne nos défaites, ce « sang impur », qui est, selon les mots de Michel Serres ou de tant d'autres, « d'un racisme tel qu'on devrait avoir honte de l'enseigner aux enfants » ?

Devant l’immobilité de notre peuple et de nos dirigeants, faut-il rappeler en plus combien les génocides des jeunes-Turcs et des Nazis doivent à cette idéologie de la race ou du sang impur ? Faut-il vraiment se glorifier que notre hymne ait été appris par cœur dans tous les régimes communistes, où ont été perpétrés des génocides non moins monstrueux sur le modèle de la Terreur révolutionnaire ?

 

Méconnaissance, oubli de l’Histoire et fake news : trois motifs à l’immobilisme !
Bien qu’un grand nombre de pays aient modifié leur hymne (Belgique, Suisse, Allemagne, Canada, Russie, Afrique du Sud...), la majorité de nos compatriotes s’y refusent encore, mais ceux-ci se répartissent en plusieurs catégories.
A cause d'une absence d'explication à l'
École (trop ardue et donc risque d'embrigadement au primaire ? trop perturbatrice dans beaucoup de collèges et lycées ?), les plus nombreux ignorent le sens de cette phrase, ou, s'ils la comprennent, pensent que l'expression n'est qu'une figure de style sans conséquence.

Beaucoup, mais ce n'est que l'une des deux positions officielles, affirment qu'il suffit de replacer cet hymne dans le contexte de sa création, en oubliant l’Histoire qui a suivie.

Ce n'est pas ce qu'ont choisi les Allemands qui, en 1952, ont arrêté de chanter le premier couplet du « Deutschland über alles ». Pourtant, lors sa création, ce vers était un appel aux souverains allemands à mettre de côté leurs querelles et à concentrer leurs efforts sur la réunification de l'Allemagne (« über alles » signifiant « par-dessus tout » dans le sens de priorité et non de supériorité, ce qui serait « über allem »). Mais après que les Nazis aient néanmoins donné à ce vers le sens d’une volonté d’expansion et de domination guerrière, il a semblé évident à tous que celle-ci ne pouvait plus être chantée. A moins de trouver possible et satisfaisant de l’entendre en oubliant l’idéologie nazie, notre « sang impur » doit donc être entendu en fonction de ses connotations actuelles, au regard de l’Histoire des XIX° et XX° siècles, que nous ne devons pas oublier.

 

L'autre position officielle6, du moins en 2015 et 2016, relève carrément de l'affabulation nationale. Elle consiste à nier l’inversion de 1789, et à proclamer, contre toutes les citations existantes, que, comme avant la Révolution, le « sang impur » serait celui du peuple français, qui donnerait alors sa vie pour la Patrie, comme un Christ révolutionnaire !

Insérée en 2006 par un étudiant, cette fausse théorie – qui, en réalité, insulte nos soldats d'impur - a dominé pendant 7 ans la page « la Marseillaise » du site Wikipédia, où elle a été enlevée puis remise de multiples fois. A partir de là, elle s'est propagée sur Internet, et a été revendiquée, le plus souvent sans aucun doute ni contradiction possible, d’abord sur les sites « patriotiques », puis dans les plus grands médias, dans des documents pédagogiques de l’Éducation Nationale, et jusqu'au sommet de l'Assemblée Nationale. Les certitudes se renforçant mutuellement, beaucoup de français – y compris quelques historiens non spécialistes de la Révolution – ont considéré cette théorie comme certaine, et la plupart sans doute y croient encore.

Bénéficiant de l'ignorance du peuple français, ce « bobard » doit d'abord son succès à notre désir impérieux de valoriser notre hymne, mais aussi à des arguments en apparence logiques, au faible accès aux citations historiques sur Internet avant 2013, et à une quasi-absence d’explication claire de l’expression par les historiens spécialistes, pour qui l’interprétation, jusqu’alors évidente, n’avait pas besoin d’être commentée.

Depuis 2014, tous les historiens compétents, dont Jean-Clément Martin et Pierre Serna (directeurs successifs de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française), Bernard Richard et Patrice Gueniffey ont réaffirmé l'interprétation du « sang impur » des ennemis, s'appuyant sur de très nombreuses citations, dans lesquelles le sang impur est celui du Roi, des aristocrates, des Allemands, des Vendéens…

Napoléon : « Par toute la France le sang a coulé mais presque partout cela a été le sang impur des ennemis de la Liberté, de la Nation et qui depuis longtemps s'engraissent à leurs dépens »7

Rouget de Lisle : « J'ai traversé, pur, la Révolution... »8

Cette fake news est-elle seulement le résultat, naturel, de la recherche d’une explication valorisante ? En lisant notre enquête, et plusieurs documents pédagogiques qui expliquent les autres mots de l’hymne, mais « oublient » cette expression, on peut se demander s'il n'y a pas d'abord eu une volonté de ne pas enseigner le sens historique, d'en faire ainsi un quasi « tabou républicain », afin de pouvoir ensuite introduire dans le vide de nos esprits cette théorie !

Pour les défenseurs de l’hymne, peu importait de connaître la vérité historique : sans s’imposer, le fait que cette explication soit possible, à coté de l’explication traditionnelle, faisait échapper l’hymne à toutes les critiques.

 

Une démarche évolutive et démocratique, seule à même de rassembler les Français

Constatons-le : aujourd’hui, comme depuis plus de deux siècles, ce chant de guerre nous divise au lieu de nous rassembler, et la majorité des personnalités de la société civile le critique ou veut d’autres paroles. Malgré de multiples efforts, ses paroles violentes n’aident pas de nombreux jeunes à aimer la France.
La Marseillaise
ne remplit donc pas sa fonction d’hymne national, qui est, non seulement de faire mémoire, mais d'unir un peuple en exprimant des valeurs qui font consensus !

 

En même temps, beaucoup refusent toute modification de l’hymne, au motif recevable que son Histoire, son symbole et sa musique en font un monument de notre patrimoine, mais, si on ne peut le modifier, est-il légitime de garder comme emblème un hymne aujourd’hui raciste ?

 

Entre ces deux camps, une seule voie de rassemblement est possible, et elle a été exprimée dans la phrase de conclusion du colloque consacré à l’hymne national à l’Assemblée en 2005 : ajouter des paroles à la Marseillaise, tout en gardant les paroles actuelles.

C’est pourquoi notre collectif, formé de plusieurs associations et initiatives, propose un processus évolutif et démocratique, en lançant un concours, ouvert jusqu’en juin 2019, pour ajouter à la Marseillaise un refrain et un ou plusieurs couplets. Écrites dans un langage contemporain, ces paroles devront exprimer ce que symbolise - pour beaucoup - notre hymne national : un combat pour la Liberté, l’Égalité, la Fraternité...

Ceci permettra de rappeler que, derrière la violence des mots, cet hymne, dont nous pourrions purger le mot "impur", a toujours été un appel à combattre pour toutes les valeurs de la République, et donc aussi pour l’Égalité et la Fraternité, deux valeurs qui sont manquantes dans notre hymne, comme aussi parfois dans notre pays.

Nous invitons donc les Français, et notamment les jeunes, à réfléchir aux valeurs qui comptent à leurs yeux aujourd'hui et à s'en inspirer pour écrire des paroles qu’ils chanteront certainement avec beaucoup plus d’enthousiasme qu’aujourd’hui.

Ce concours de textes poétiques, auquel l’État et tous les acteurs qui le souhaitent sont invités à participer, conduira au choix d’un refrain et d’un ou plusieurs couplets, qui seront chantés à l’école, ou dans les commémorations historiques après les paroles actuelles. Imitant de nombreux pays où l’hymne national a évolué, et renouvelant l'ajout en 1792 du « couplet des enfants », nous demanderons ensuite que ces paroles complètent officiellement les paroles de Rouget de Lisle dans l’hymne national.

Si un jour la majorité des Français le souhaite, elles pourront être entonnées dans les stades, car le sport, ce n’est pas la guerre ! C’est ce que souhaitent, comme Michel Platini, de nombreux sportifs aujourd’hui, et ce qu’exprimaient déjà l’académicien Maurice Donnay, en 1915 :

« La Marseillaise, peut-être en avait-on abusé pendant la paix ? ... on ne devrait pas la jouer dans un concours de pompes ou de natation. »9,

ou Lamartine en 1847 :

«L’hymne national, on ne le profane pas dans les occasions vulgaires...  on le garde comme une arme extrême pour les grandes nécessités de la patrie. »10 ?

 

1Même certains Anglais le reconnaissent. De toutes façons, « God save the Queen » n’est pas un hymne national, mais un hymne dynastique.

2 Dictionnaire de l’Académie française de 1776, p 640, tome I, et p.152, tome II

3 Lettre de Billaud-Varenne et Barère, membres du Comité de Salut Public, le 12 décembre 1793, à un général en mission en Vendée

4 (Culture et dépendances, 3 nov 2004)

5La doctrine de l’armée française de l’offensive à outrance, au son de la Marseillaise, n’a-t-elle pas eu davantage d’influence sur ces massacres que le fameux pantalon garance ?

6Voir notre enquête sur la fake news du « sang impur », notamment des documents pédagogiques, et la réponse d’un courrier adressé au Président de l’Assemblée Nationale www.aefmarseillaise.fr/ Qui répand cette fake news ?

7Napoléon Bonaparte, lettre écrite à son frère Joseph, le 9 août 1789

8Napoléon et Rouget de Lisle, Jean Tulard, Hermann, 2000

9 Le Figaro,1915

10Histoire des Girondins, Furne et Cie - Coquebert, 1847, p. 408-414

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