« Climat et résilience », dites-vous ?

Dans un Olympe d'aveugles, un Jupiter borgne et presque nu.

Dans Judith Butler et Frédéric Worms, Le vivable et l’invivable, PUF, 2021, pp. 35-36, Judith Butler écrit :

Le terme résilience « appartient à un vocabulaire néolibéral qui feint d’ignorer la réalité de la destruction et du malheur chez les êtres humains : ce discours a tendance à postuler à priori que les personnes ne sont jamais définitivement brisées, qu’une vie n’est jamais définitivement brisée, que la rupture d’une vie ne compromet jamais la capacité, supposée inhérente à l’être humain, de se relever et d’affirmer la primauté de la vie. Peu importe quelle version de la force vitale fonde ce discours de la résilience, il agit comme une sorte de garantie métaphysique, comme un réservoir infini d’optimisme, et constitue peut-être une forme de déni et de mensonge.

On voit bien comment se mot s’introduit dans les injonctions de la puissance publique qui sont adressées aux organisations non gouvernementales et comment il diffuse une conception de la personne qui se doit d’être flexible, influençable, indéfiniment résurrectible, alors même qu’en réalité certains types de cassures et de pertes sont proprement irréversibles et accompagnent les personnes tout au long de leur vie, détruisant jusqu’à leur sentiment d’être vivantes. Et même si elles parviennent à survivre, la survie avec l’invivable n’est pas la même chose que la résilience – non, pas du tout.

Je crains que le terme « résilience » serve à nier et à refouler la réalité du traumatisme et à attribuer trop rapidement une puissance de résurrection là où elle n’est clairement plus possible. »

(C’est la Mémé en Colère qui souligne.)

Et, au lieu de mesures sociales et institutionnelles, on fait maintenant appel à notre responsabilité individuelle pour sauver la planète. Le déluge est bien là et non pas « après ».

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