Roxana Eminescu
Mémé en colère
Abonné·e de Mediapart

60 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 janv. 2021

Le Sentiment esthétique n’est pas un gros mot

Gestion de LA crise

Roxana Eminescu
Mémé en colère
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On prône un type de gestion de la crise par l’arrondissement des angles, par des stratégies  d’évitement, par l’euphémisation et/ou la banalisation de la souffrance. En poussant au refoulement, ce type de gestion crée le risque d’un retour violent du refoulé non abréagi.

Que la frénésie obsessionnelle de gagner du temps soit une réponse boiteuse à l’angoisse de mort n’est plus un secret. Comme ne l’est plus le fait que l’équivalence temps = argent, « travailler plus [vite] pour gagner plus [de temps] », en tant qu’idéal de vie, quel que soit le sens du détournement métaphorique, nous a mené à l’impasse planétaire, qui ne date pas d’hier, mais dont nous prenons un peu mieux la mesure avec la crise actuelle.

Si les tentatives d’y pallier, aussi nombreuses que variées – 35 heures, tai-chi, Sloth Club ou tricot – échouent, ce n’est pas parce que le point de départ théorique est erroné.

Ces solutions restent en fait confinées dans l’infrastructure qui les appelait à la rescousse, celle du turbo-capitalisme, et finissent donc par déboucher sur le même impératif de croissance à tout prix, retrouvant toujours leur vraie raison d’être dans l’argent qu’elles apportent aux investisseurs.

Le serpent se mord encore et toujours la queue.

Une autre solution, à chercher et à installer dans la superstructure, existe pourtant. C’est l’association de la croissance culturelle à la décroissance économique inévitable.

Remettre un peu de beurre humaniste dans les assiettes globales ne serait pas du luxe.

Envisageons une approche de la maladie de la vitesse et de son corollaire, la mort, à partir du lieu où les solutions émergent d’habitude : L’ART.

Qui pourrait en être aussi le remède.

Les prémonitions des artistes sont souvent confirmées a posteriori par la science. Ces intuitions sont un mélange de rationalité et d’imaginaire.

La découverte scientifique est, elle aussi, le fruit de la rencontre de l’imagination et de la raison.

Le positivisme et ses avatars évacuent l’imaginaire, instaurent la froideur, séparent le savoir de l’émotion. Les situations de rupture et de deuil – depuis le meurtre de masse au licenciement, au déménagement forcé et même à une fin journée de travail ou de semaine – sont des situations traumatiques. Elles mobilisent les défenses sur le mode anesthésique, de désensibilisation. L’esprit se ferme à l’interrogation et à l’expérimentation.

Exil, délocalisation,  divorce, licenciement, maladie, etc., sont autant d’avatars que des prémonitions de l’ultime finitude. Traiter la souffrance qu’ils engendrent à l’horizon implicite de la mort est certainement plus efficace que l’approche comportementaliste, toujours fragmentaire, ponctuelle, isolante, à laquelle se sont réduites toutes les tentatives ou presque.

Essayer de le faire par l’art et sur le modèle proposé par les œuvres n’est pas nouveau. C’est une voie perdue, oubliée, mais sûre, et qui n’a pas été encore vraiment théorisée ni expérimentée à une échelle concluante dans les lieux de socialisation. Les « critères scientifiques » d’évaluation de l’art ont vidé l’échange avec elle de son essence. On arpente les musées au pas de course, en écoutant dans l’oreillette les explications prémâchées. Et on trouve trop long un film de quatre-vingt-dix minutes.

Réapprendre à attendre qu’advienne la communion avec l’étant ineffable et pérenne qui perdure dans l’Œuvre nous élève au-dessus du contingent, relativise la perte de l’objet, parce que ce n’est qu’un objet. Récupérer ces valeurs perdues, ces affects proscrits dans l’univers techniciste qui nous entoure, rendre à tout un chacun, à l’instar des « élites », l’usage de ses outils de sublimation, c’est la vraie nature du partage.

C’est, concrètement, faire découvrir ce bonheur, rendre conscient le fait qu’il est toujours partagé, qu’il s’ouvre sur une solidarité autre que celle qui consiste à donner de l’argent pour des actions humanitaires rançon de notre culpabilité. Si on prend le temps de le connaître et reconnaître, ce bonheur se prolonge, reste dans un regard, dans le linge suspendu devant une fenêtre, dans « la plante verte sur le coin du bureau ».

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
L’IVG dans la Constitution française : le revirement de la majorité
Alors que La République en marche a refusé d’inscrire le droit à l’avortement dans le marbre de la Constitution durant la précédente législature, elle opère désormais un changement de cap non sans arrière-pensée politique, mais salutaire face à la régression américaine.
par Pauline Graulle
Journal — Écologie
L’industrie de la pêche est accusée d’avoir fraudé les aides Covid de l’Europe
Alors que s’ouvre le 27 juin la Conférence des Nations unies sur les océans, Mediapart révèle avec l’ONG Bloom comment les industriels de la mer ont fait main basse sur les indemnités destinées aux pêcheurs immobilisés durant la pandémie. Des centaines de navires, aux pratiques de pêche les plus destructrices pour les écosystèmes marins, auraient fraudé près de 6 millions d’euros de subventions publiques.
par Mickaël Correia
Journal
Le RN et l’Algérie : le mythe colonial au mépris de l’histoire
À quelques jours des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, le maire de Perpignan, Louis Aliot (RN), met à l’honneur l’Organisation armée secrète (OAS) et les responsables du putsch d’Alger pendant un grand week-end d’hommage à «l’œuvre coloniale».
par Lucie Delaporte
Journal — Fil d'actualités
L’Ukraine demande plus d’armes et de sanctions contre Moscou après des frappes sur Kiev
Le gouvernement ukrainien a réclamé dimanche plus d’armes et de sanctions contre Moscou aux pays du G7, réunis en sommet en Bavière (Allemagne), à la suite de nouvelles frappes russes survenues à l’aube sur un quartier proche du centre de Kiev.
par Agence France-Presse

La sélection du Club

Billet de blog
Pacification en Algérie
Témoignage d'un militaire engagé en Algérie ayant participé à la pacification engagée par le gouvernement et ayant rapatrié les Harkis de la D.B.F.M en 1962
par Paul BERNARDIN
Billet de blog
Macron s’est adressé aux rapatriés d’Algérie en éludant les crimes de l’OAS
Le 26 janvier, le président s’est adressé à des « représentants des pieds-noirs » pour « continuer de cheminer sur la voie de l’apaisement des mémoires blessées de la guerre d’Algérie ». Les souffrances des Européens qui quittèrent l’Algérie en 1962 ne sauraient être contestées. Mais certains propos laissent perplexes et ont suscité les réactions des défenseurs de la mémoire des victimes de l’OAS.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet de blog
Les taiseux d'Algérie
Dans un silence fracassant, excusez l'oxymore, les Algériens ont tu l'Algérie et sa guerre d'indépendance. Ils ne pouvaient plus en parler, des générations entières ont grandi dans le silence de leur père et de leur grand-père. Une mémoire calfeutrée derrière les non-dits omniprésents.
par dchraiti