Interdit d’interdire

Les injonctions paradoxales d’aujourd’hui vont non seulement rendre fou mais, encore, mort du COVID-19.

Interdit de vous déplacer plus loin que tel périmètre, sauf si.

Interdit de prendre le métro aux heures de pointe, sauf si.

Interdit d’obliger les Français à porter un masque, sauf si. (Les discours pandémiques, officiels ou journalistiques, s’adressent toujours aux Français. Comme si dans « ce vieux pays, cette vieille Nation, ce vieil État », il n’y avait que des Français.)

Et même une proposition d’interdire de s’assoir ou de trop trainer sans masque dans les parcs et jardins... si on les rouvre.

Les listes de motifs de dérogation sont plus longues que celle des interdits.

Il s’agit de défendre et de préserver la démocratie. Même en état d’urgence sanitaire.

Justement, parmi les synonymes d’interdit : défendu, illégal, illicite, prohibé et, enfin, TABOU.

Car c’est de ça qu’il est question.

Nous avons tous rêvé d’épouser notre mère ou notre père. Heureusement, nous ne l’avons pas tous fait, et certains d’entre nous, ceux qui n’ont pas non plus couché avec leur maîtresse de CP, avec le curé ou leur chef scout ni les ont épousés, sont devenus des citoyens et des citoyennes libres.

Car l’interdit de l’inceste est fondateur de notre espèce, et le respect de l’interdit garant de notre liberté.

Céder à toute pulsion de plaisir mène inéluctablement à la destruction et à la mort. C’est le BABA du fonctionnement de notre psychisme.

Les raisons ou plutôt les justifications de l’interdit d’interdire se font nombreuses : nous voulons sortir du confinement, nous promener partout, nous embrasser, trinquer entre copains sur les berges de la Seine ou sur les terrasses des cafés, faire du sport, dévaliser les boutiques, aller au cinéma, en discothèque, parfois même à l’école ou au travail. (Sauver l’économie reste le souci des riches.)

Bas le masque, donc !

Éventuellement – stupide compromis – le porter sous le nez, le descendre sous le menton pour en griller une, s’approcher de cette mémé déguisée en cosmonaute à Carrefour, se tordre de rire quand elle essaie sans succès de vous tenir à un mètre de son chariot à moitié vide.

Cette espèce d’adolescents a envahi les rues de ma ville.

Ils ont un âge entre 12 et 92. Les adolescents qui nous gouvernent comptent sur eux pour être élus de nouveau.

P. S.

Non, Macron ne parle pas à des enfants mais à des éternels adolescents.* C’est pire !

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*Voir le blog de Ludovic Lamant du 24 avril dernier

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